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Bismarrk â l'empereur Guillaume, 13 août

B. Duc de BrofcHe. La mission de M. de Gonlaut-Bii-on à Berlin, p. !5i

apporta à l'appui, le prince de Bismarck reproche encore dans ses Mémoires h l'ambassadeur français de s'être rendu à Pétersbourg « pour y préparer de concert avec le prince GortschakofTle coup de théâtre qui devait faire croire au monde que le tzar seul avait préservé d'une attaque de l'Allemagne la France sans défense ' ». 11 tentait d'implanter ainsi la légende de r « intrigue Gontaut-Biron ».

11 ne faut exagérer l'alarme de 1875 non plus que la nier. Inquiet des progrès des armements de France, l'état-major allemand désirait la guerre ; Bismarck l'a reconnu lui-môme ; à cette nouvelle campagne sur les Vosges, il voyait certains avantages, la possibilité d'écraser à jamais un adversaire récalcitrant, un utile dérivatif aux difficultés intérieures. Mais il ne voulait pmnt agir à la légère, sans connaître les sentiments de l'Europe, sans savoir si le « tête-à-téte » serait interrompu.il sonda la cour de Pétersbourg et provoqua l'alerte d'avril, comme mode de preuve expérimentale. Les démarches des cours russe et anglaise lui administrèrent la preuve chei^ chée avec une vigueur significative : il recula, car il avait tète sage, et ne risquait point une aventure où il y avait plus à perdre qu'à gagner. Mais l'événement fut gros de conséquences : la France n'était plus la méprisée de 1871, isolée du monde, sans alliances ni amitiés; le pacte russo-allemand était atteint d'une légère fêlure, qui devait grandir au Congrès de Berlin pour éclater en nette cassure au lendemain même de la chute de Bismarck.

1. Prince de Bismarck. P*ni«et tl Souwnfri. t. 11, p. 204. Il est oerUiri queie vicomte de GonUul-BiroD n'all» point en 137S à Pétersbourg. Hais. sur le dire du prince, ce voyage lOgendaire eal encore accepté par certains aaleurs, même français.

LA Fl.N OU KlTLTUIIKASfPF i ^

§ I. Les bffrts ov kultdrkampf. — Gravite du conflit. L'ardeur des partis : le centre ; le national-libéral ; le prince impérial et ses amia; les conservateurs orthodoxes et les conservateurs allemands. — L'empereur Guillaume — Inquiétude de Bismarck. Les réflexions de Varzin et l'ardeur de la lutte. Découragement et projets de démission.

§11. Les cokbihaisohs ministérielles. — Changements parmi les collaborateurs du chancelier : Thile, Delbrûck, Eulenbûrg, Cnmphausen, Falk, Bûlow. — Elections de 1877. — L'incident Stosch. Démission de Bismarck, i Jamais, n Le long congé. — Vie de famille à Varzin, — Isolement politique de Bismarck. — M. de Bennigsen ; ses négociations avec Bismarck et sa visite â Varzin ; les exigences des parlementaires ; la question économique. — Rapport de Bismarck sur l'entrée de Bcnnigsen au ministère de l'Intcrieur ; protestations d'Eulenburg; avis défa-vorablede Guillaume. — Dernières négociations avec Bennigsen et rupture. La loi de suppléance. — Le rapprochement avec les conservateurs et le centre. L'horreur des socialistes.

§ III. Les attentats et la lo[ sur les socialistes. — Attentat IlCdel. Projet de loi contre les socialistes. Rejet du Reichstag. — Attentat Nobiling : conséquences en Allemagne. Lieutenance du prince Krédéric-Guillaume. Dissolution du Reichstag : les élections. — Nouveau projet contre la démocratie : premier discours de Bismarck ; opposition et compromis; second discours de Bismarck. Vote de la loi. Suicide du parti national-libéral.

g IV. La fin iiv KULTiTHiiAMPr. — Mort de Pic IX. Léon XIII; sa lettre A Guillaume I" ; réponse de l'empereur. — Médiation du comte Holn3tein:M«'AloysiNasella. — Marches et démarches — Négociations de Kissingen. — Rapprochement économique avec le centre ; visites de Windthorst à Bismarck. ~ Chute de Falk-

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Mouvement de réconciliation. — Bref papal du 24 mai t880 el concession prussienne : la première loi de paix. — Proposition Windthorsl. — Nouvelles négociations avec le Vatican et reprise des relations diplomatiques. — Lois ultérieures et concessions réciproques. La réconciliation.

SI

Le Kulturkampf durait depuis qualre ans, et chaque année il s'était étendu, aggravé. Né comme àTimproviste sans que fiismarck même en eût compris d'abord la signification et la portée, il s'était affirmé comme le conflit de deux esprib, de deux écoles, de deux Allemagne. Il s'était étendu à l'Empire tout entier, dont il avait profondément troublé la vie et l'unité. Sur les douze évêchés de la Prusse, huit étaient vacants ; six évéques étaient déposés en vertu des lois de mai, deux étaient morts el n'étaient point remplacés. Le prince-évôque de Dreslau s'était réfugié en Autriche ; le cardinal Ledochowskt, sorti de prison après un long internement, s'était sauvé à Rome, et dans Rome même, craignant que son pays demandât son extradition au gouvernement italien, il s'était enfermé dans le Vatican ; l'archevêque de Cologne se cachait dans une petite ville de Hollande, et, pour rendre visite à ses coreligionnaires de Munich, il se dissimulait sous les haillons d'un colporteur. Pour n'avoir point élu un représentant au lieu de leur évéque destitué, les vicaires de Mfinster subissaient des peines de trois mois à deux ans de prison. La plupart des diocèses étaient désorganisés et quatre cents cures sens curés'. Le clergé avait répondu à ces mesures par une pression instante sur les consciences ; plus d'une fois, l'absolution avait été refusée à des hommes ne voulant

1, Wiermann, Geachichledes Kiillurkampfs, p, 183 el auiv.

pas obtempérer aux directions dictées au confessionnal lors des élections'. Et plus le conflit durait, plus il s'aggravait, dangereux, insoluble.

Les partis politiques bouillaient de colère et d'animosilé réciproque. Le centre catholique, fier de son accroissement aux élections de 1874, redoubLiit d'énergie dans ses défenses et ses attaques sous la direction de son subtil chef, Windthorst. — Nous représentons, disait-il, le tiers de ta population et des électeurs de la Prusse, et ce tiers est écrasé non par la majorité du pays ou par le monarque lui-même, mais par une minorité de brouillons et une poignée de fonctionnaires sans scrupules. — Avec une merveilleuse habileté, le parti proclamait son loyal dévouement à la maison de HohenzoUern, pour détacher l'empereur de ses ministres, et se déclarait conservateur, toul en luttant d'accord avec les socialistes-démocrates .

Le paKi national-libéral n'avait pas moins d'ardeur au combat ; aux élections de 18*74, il avait obtenu 56 sièges de plus que le centre ; il avait profité de son succès pour obtenir des lois d'incontestable progrès ; il était le maître de la situation parlementaire et se croyait désormais le maître de l'Allemagne. Heureux de voir Bismarck en rupture avec ses anciens amis, les junker, il s'efforçait, — l'expression est du prince même, — « d'élargir la rupture et d'enfoncer dans le chancelier l'aiguillon plus profond encore*. » Cette joie au triomphe le perdit ; il n'était point as-sez fort pour acca- |)arer le gouvernement, et il tomba par excès d'indépendance.

Aux côtés du kronprinz, se groupaient quelques libéraux,

1. Lefebvre de Behaine. LéonXIU tt le prince de Bitmarck. I, Premiires iiégocittlions. Rtvue tUs Deux Momies dti i" iiiiirs 1891, p. iit; S. Prince de Bisinarch. l'enséeitt Souvenirs, t. If. p. ISS.

D,9:zea.,GOOg[f

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gens de grande inletligence plus que de forte volonté, esprits très modernes, épris de liberté, et déjà on annonçait la formation d'un ministère Gladstone, à l'inslar des cabinets anglais, où M, de Stosch, chef de l'Amirauté, jouerait le rôle de premier sous la direction du prince héritier*, frédéric- GuiUaume s'était ft ce moment rapproché de Bismarck par crainte des ultramontains, qu'il tenait pour plus romains qu'Allemands, a Un Parlement, disait-il, où s'asseoient cent députés que l'on doit considérer non comme des Allemands mats comme des adversaires, c'est le plus grand malheur et le plus intolérable de tous'. » Au printemps de 1875, il avait eu un long entretien avec Bismarck sur le Kulturkampf, et, s'il n'avait pas approuvé tous les détails du combat, il en avait agréé la direction. On pouvait donc croire à l'avènement de ses amis politiques. Mats le destin de ce prince était étrange et tragique : pendant cinq mois de suppléance, il fut contraint de gouverner en féroce réaction, et son règne fut un supplice de trois mois.

Malgré ses défaites et ses désillusions, le parti conservateur reprenait courage à la lutte. L'évolution de Bismarck avait indigné ses vieux compagnons de lutte : les uns, Thadden.Gerlach, Senill-Pilsach, étaient devenus des ardents ennemis ; les autres, trop liés à sa personne pour le combattre, étaient attristés de sa politique et Maurice de Blanckenburg refusait à deux reprises sa collaborolion à l'œuvre satanique. En vain, pour les conserver dans son orbe gouvernementale, Bismarck avait-il remis à Roon la présidence du Conseil prussien i le fidèle camarade n'avait tenu qu'une année, puis s'était retiré, presque passé à l'adversaire. Et

1. Les DenhcBrdigieilen de Stosch n'ont malheureusement été publiés que lusqu'en 1872, arrèléa A ectle date « par ordre ». t. PhilippGon. Dos leben Kai$er Friedrich» III, p. 3Î0,

le parti réactionnaire en avait reçu un coup d'espérance ; pluiâ que Jamais, il s'était enfoncé dans son particularisme prussien, dans cet a esprit junker », méfiant de la nouvelle Allemagne'. Le combat contre le catholicisme l'inquiétait, car il redoutait le tiiomphe de l'incrédulité et le désastre de sa propre orthodoxie. La Gazette de la Croix, le vieil organe de Bismarck, brûlait l'efTigie de celui qu'elle avait adoré, et menait conti% lui une telle campagne que le renégat en rugissait d'indignation à la tribune '. Et les exagérations de ces cléricaux protestantsétaienttelles, qu'elles effarouchaient certains de leurs partisans ; un groupe se détachait du parti réactionnaire, dans l'été de 1876', pour se rallier sur les deux idées de conservation sociale et de développement national, et formait le parti conservateur-allemand ((fei(/scAAon*erua(ï«), adversaire tout ensemble du kuUurkampf et de la « clique des junkers*. »

Le vieil empereur était attristé de ces luttes ; il n'osait résister à son puissant chancelier, et son cœur était avec les conservateurs. Très orthodoxe, il redoutait l'esprit du siècle, qui soulHait dans le camp national-libéral, et l'impératrice, amie des évéques, presque ralliée au catholicisme, de goût sinon de dogme, incitait son époux à une résistance qu'il se permettait seulement dans les conversations à portes closes. 11 se plaignait doucement en présence du discret prince de Hohenlohe. « J'ai fait beaucoup de concessions, disait-il. En voilà assez. Il est maintenant temps de s'abstenir de ce libéralisme'. »

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