Blum. Fûi-sl Biamarckund seine Zcil. l. V, p. Ï
5. Prince Clovis de Holienlohe. Denkv.<ardigkeUen, t. Il, p. Î2Î.
Bismarck étail inquiet ; il n'avait point foi dans le succès, et, pour la première fois de sa vie, il hésitait sur la voie à suivre. En s'engageant dans le kuKurkampf, il n'avait point prévu la gravité du combat, les dangers qui en résultaient et pouvaient compromettre l'unité nationale, qu'il tenait pour son œuvre. La défection de ses amis de droite lui était amèrc ; avec eux, il avait remporté la victoire, et, contre eux, il risquait d'amoindrir le résultat de cette victoire. « Pour les nerfs d'un homme arrivé ft l'âge mûr, a-t-il écrit plus tard, c'est une dure épreuve de rompre brusquementavec tous ou presque tous ses amis et connaissances, et de cesser les relations entretenues jusqu'alors. » Homme de prompts succès, il rencontrait des résistances auxquelles il n'était point habitué, il doutait de lui-même, et cette incertitude lui semblait « d'un effet mortel ». Tel le lutteur de la ballade, ceint d'une lourde cuirasse et sa forte dague à la main, est décontenancé et s'affole dans une lutte contre des fant6més qui fuient ses coups et le vainquent par leur insaisissabilité même. « L'erreur, — il écrivit presque mon erreur, — m'apparut clairement quand je vis des gendarmes prussiens, braves gens, mai^ maladroits, courant en faisant sonner leurs éperons et en Irainant leurs sabres derrière des prêtres souples et agiles à se dérober par de fausses portes et des alcôves'. »
Pendant ses longs séjours de Varzin, tantôt au coin d'un bois, isolé dans la nature, tantôt près de son feu, abîmé dans ses réfIe.xions, il soupèse longuement les raisons de continuer le combat et les motifs d'engager la retraite. Loin des luttes parlementaires, il incline à revenir à ses anciens amis, et souvent quelque visite d'un vieux camarade le confirme dans cette impression. Dès le mois d'octobre 1874, il parle do
1. Prince de Bismarck. Pensées et Soutenîrn, t. Il, p. I5i el suiv., 1»j
« signer un armistice '» ; un an plus tard, Blanck^bui^ croit « à la chute des ministres libéraux et à la fin du r^me parlementaire. Comment ce but sera-l-il atteint, ajoute4-il, c'est pour moi et je crains pour Bismarck même une énigme mystérieuse* )y. Mais ce ne sont là que des opinions de Varain : rentré à Berlin, son tempérament combatif reprend au galop en présence de la dialectique vigoureuse de Falk et dans l'ardeur même de la lutte'.
A cettfi incerlilude, se joint la fatigue physique, son mal de nerfs qui le travaille sournoisement. Dans la politique extérieure, il rencontre un nouvel ob^cle et son premier échec : le gouvernement russe à jeté au travers de ses plans une sourde menace. Et ce double mécompte est tel qu'il pense à se retirer, à tout abandonner pour reprendre la vie du gentilhomme campagnard qui fit le bonheur de ses jeunes années ; k partir do 1874, dans ses entretiens et dans ses Ictti'cs, le mot de démission, Entlassung, revient sans cesse comme le leit moiiv de son découragement. Il est sincère quand il demande sa retraite à l'empereur en mai 487S *; et il part pour Varzin, incertain encore de son avenir, hésitant à conserver le pouvoir, toujours mordu au cœur par la pasnon do l'autorité.
Cette inquiélude, cette instabilité se manifestent dans la
1. Prince Clovis de Uohenlohe. Denkwardigkeiten, 24 octobre 1ST4, à
î. Maurice de Blanckenburg b Roon. après un séjour 6 Varzin. oclot)rcl8TS. Roon. Denkwilrdiglieiten.t.m. (4* édition), p. tJ3. Des le mdsâe iiiui 1H71, Blanckenbiirg cruj'ait a les jours de Palk complès i>.
3. t Quand flismarck parie du Kulturkampf, racontait Andrassy en 187Î, Hi-s yeux s'injectenl. ses paroles se précipitent, il parie du pap« comme il'ijii datif^'r public, un révolutionnaire, un anarchiste. » Souvenirs de M. L. von Uœiy. Neug Freie Presse. 85 novembre 1906.