t'nruh. Erinnerungen, p. 35S
raux au pouvoir. Bismarck songeait, dès lors, à une réoi^anbation économique de l'Empire, en faveur des agrariens, par voie de monopoles el de mesures protectionnistes. Le parti libéral était plutûl inspiré des doctrines de Manchester et il était à prévoir qu'il s'opposerait à la politique financière que râvaii le chancelier. L'accord était donc impossible entre Bismarck, l'homme d'autorité et de protection, et Bennigsen, le partisan des libertés économiques et parlementaires.
Toutefois, ce désaccord ne parut point insoluble sur le moment même, et, au lendemain du départ de son hôte, Bismarck dicta d'un jet, pendant cinq heures d'horloge, un rapport au roi sur ses négociations avec Bennigsen et te développement des relations parlementaires depuis 1871 ' : la conclusion était favorable à l'entrée de Bennigsen, seul, au ministère prussien de l'inléneur. Mais le titulaire de ce poste, Eulenburg, n'avait nulle envie d'être ainsi débarqué; il s'adressa directement au roi, et, prenant prétexte des articles de journaux relatifs au voyage de Bennigsen à Varzin, il exposa au monarque, convaincu par avance, le danger de remettre le pouvoir aux libéraux, suppôts de la Révolution, de Satan, de Belzébulh, et autres démons ennemis des Hohenzollem. Indigné, Guillaume s'empressa d'écrire à Bismarck, pour lui témoigner son mécontentement de ces négociations mystérieuses et tenues à son insu, sa répulsion envers Bennigsen qui, tout capable « qu'il soit, déclarait le souverain, n'irait pas avec la marche paisible et conservatrice de mon gouvernement ' a, Bismarck comprit d'où venait le coup, et, en mai^ de la lettre du roi, il écrivit rageusement à l'adresse d'Eulenburg ; « L'hypocrite ! »
I. TIedemann. PenOnliehe Erinnerungen an den Fûrtlen Bîtinorck, p. 29, décembre 1877.
S. Guillaume 6 Bismarck, 30 décembre 1S17. Kaûer Wilhelm lund Bisnutrek, p. in et Buiv.
La combinaison était bien compromise; elle échoua définilivement en mars 1878. Ace moment, deux vacances étaient ouvertes au ministère prussien, pour la place d'ËuIenburg, alTaibb, pour le poste de Campbausen, en disgrâce. Bismarck avait de grandes diflicultés pour rem[^cer ces deux partants, plusieurs hommes d'Etat déclinèrent ses oi&es, Delbrâck, qui fut sondé, ne voulait entrer que dans un cabinet libéral'. Les négociations reprirent entre Bismarck et Bennigsen, le i" mars 1878, au palaisdu Reichstag. Le chancelier avait annoncé le dépôt d'un projet de loi créant le monopole du tabac; le député libéral déclara qu'il; était hostile ; d'ailleurs Stauffenbei^, compagnon de Bennigsen, avait récemment demandé qu'on modifiât, dans la constitution prussienne, l'article qui permettait la levée desimpôts sans budget et qui avait faciUléle grand conflit de 1862 à 1863 ; ainsi, le parti Ubéral se heurtait à la politique tout ensemble parlementaire et économique du gouvernement. La rupture était définitive.
Cette rupture eut une influence décisive dans l'évolution de Bismarck : elle le rapprocha des conservateurs. L'appui lui manquait à gauche, il le chercha à droite. Il était découragé; il pensait encore à la retraite*. II était malade; arrivé le 14 février 1878, à Berlin, il partit le 17 avril pour s'installer h Priedrichsruh. Pendant les deux mois de son séjour dans la capitale, il se rendit à plusieurs reprises au Reichstag et intervint dans les discussions de la loi sur le remplacement du chancelier : fatigué et lassé, il voulait régulariser ses absences en laissant à sa place un suppléant, a pour la totalité de ses fonctions ' », et ce débat lui donna l'occasion d'ex- ])03cr au Reichstag le développement constitutionnel de
1 . MidJiacht. Erinnenmgen ■an Bismarck, tteue Folge, p. li. t. Busch. Umer Reichakantler, t. Il, p. 358.
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l'Empire', en luttant contre toute organisation d'un parlementarisme allemand, en défendant « ,les droits constitutionnels du Bundesrath et de ses suprêmes mandants" ».
Lors de ces débats et dans les soirées parlementaires de la VVilhelmslrasse, on put noter les amabilités échangées entre Bismarck et les conservateurs. De vieux amis fâchés depuis six ans, rentraient en grâce et même le vieux Klcist-Retzow, qui n'avait pas tari en brocards sur le junker renégat, s'asseyait joyeusement à la copieuse table du chancelier, son parent'. Loin d'admettre Bennigsen et ses amis au conseil des ministres, Bismarck remplaçait le comte Eulenbui^ au ministère de l'Intérieur par son cousin, le comte Bolho Eulenbui^, et Camphausen au ministère du Commerce par M. Maybaeh; les deux ministres étaient de bon teint de droite. Le comte Udo Stolberg, qui avait facilité le rapprochement de Bismarck et de ses anciens fidèles, recevait la suppléance du chancelier', M&me avec les catholiques du centre, le changeant homme d'État entrait en coquetteries que facilitait ia mort de Pie IX. Il apparaissait comme certain que les socialistes feraient les frais de cette évolution politique, car Bismarck était inquiet des progrès du parti démocrate et tonnait contre « ces f^tateurs qui trompent les masses laborieuses par de fausses espérances et provoquent l'agitation, le mécontentement, la perturbation du commerce et de l'industrie paisibles * •. Et le bon camarade Roon entonnait un chant d'allégresse sur le retour de l'enfant prodigue*.
1. Bismarck au Reichstag. S mars et T mars 1S7S. Discours, l. VU, p. ISJ
i. Bismarck au roi de Baviëre, 89 juin 1S7T.