filum. Faml BUmarck vndieine Zeit, t. V, p
t. Sa nominalion ne fut déSnilive qu'après le Congrès de Beriin.
5. Bismarck au ReichsUlg,£tt fëvrier1878. Discours, t. VII. p. 16i. .
6, It<N)naBlanckcnburg,17avriH877.RaotuD?nh()Sr(fJffAaitm,Ulli,p.4Se.
Un double attentat brusqua le retour définitif de Bismarck à ses vieux amis.
g III
Le 11 mai 1878, en pleine après-midi, l'empereurGuillaume parcourait en voiture les Tilleuls, lorsqu'un passant se détacha de la foule et tira sans l'atteindre deux coups de revolver sur le vieux monarque; le criminel était un jeune homme de vingt ans, Max HOdel, ferblantier de son métier et un peu braque de caractère, tantôt socialiste démocrate et tantôt socialiste chrétien, qui avait accompli son coup d'éclat par amour du bruit, de la Révolution cl de la Pologne '.
Bismarck était à Friedrichsruh; il ne se dérangea point pour si peu, mais il télégraphia dès le lendemain à Berlin de rédiger un projet de loi contre les socialistes. Lothar Bûcher, qui connaissait la démocratie pour en avoir été, prit sa plume la plus forte ; il accumula les interdictions de journaux et de sociétés « qui poursuivent le but de la démocratie socialiste », il multiplia les peines et les interventions policières : ce texte préparaît des procès d'opinion et autorisait toutes les rigueurs de la fantaisie administrative. Le Reichstag en délibéra le 23 mai ; le double événement des débals fut l'intervention contradictoire de Bennigsen et de Moltke. Le leader du parti libérai s'éleva avec force contre toute mesure d'exception, et défendit éloquemment le principe du droit commun, égal pour tous. Le vieux maréchal, représentant de l'extrême droite, traça en traits noirs le portrait du révolutionnaire, « abime de dépravation et de. scélératesse », et demanda aux députés de ne pas contraindre le gouveme-
1. Voyez ses écrits el déclarations dans Blum. Doi deuliche Reich Mur Zeil
Bitmarcii, p. 268 et sulv.
ment à « réprimer à main armée les excès violents' a. Ces deux discours marquaient nettement la situation parlementaire el le saut de Bismarck vers la droite de l'Assemblée ; cap Bennigsen, son allié de la veille, attaquait aujourd'hui ses propositions ; et Moltke, jadis adversaire politique du chancelier, en était maintenant le défenseur. Le 24 mai, le Reichstag rejeta le projet de loi à une énorme majorité, par 241 voix contre 57-
Bismarck fut vivement irrité de cet échec; la vengeance ne larda point.
Le 2 juin, par une belle après-midi de dimanche, le vieil empereur traversait de nouveau les Tilleuls en voiture, lorsque deux coupade feu retentirent; Guillaume s' affaissa, rouge de son sang ; il avait été très gravement blessé par un docteur en philosophie, Charles Nobiling, un exalté du parti démocrate. L'émotion fut d'autant plus vive qu'on croyait l'empereur frappé à mort ', et dans toute l'Allemagne retentit un cri de colère, de douleur et d'indignation. Dans le parti gouvernemental, les ptufi modérés réclamaient « l'anéantissement du nihilisme et de la démocratie sociale' ».
Bismarck rentrait d'une promenade dans ses bois de Friedrichsruh, lorsque le conseiller Tiedemann lui annonça la nouvelle de l'attentat. 11 resta un moment immobile de stupéfaction, puis, frappant avec force le sol de son bâton, il s'écria : « Maintenant le Reichstag sera dissous ^ » Dès le lendemain, il rentrait à Berlin.
1. Ces dUcoura el ceux des in[niB(res Hofmann et Euleaburg. dans Uahn, Fûnl Bigmarek, t. III, p. 397 et Buiv. i. Le conseiller de Langenbeck 6 Roon. 8 ]uin 1S7S.
3. HaoteulTel â Guillaume, 3 juin 187S. Keck. Feldmanckall E. von Manteafftl, p. 25!.
4. Unruh. Erinnerungtn, p. 3S&. On a prêté au chancelier ces paroles : ■ Nous allons malatenant écraser les libéraux à la muraille. Jusqu'à en
Les jours qui suivirenl furent de terreur blanche. Le conseil des ministres, réuni sous la présidence de Bismarck, résolut d'appeler le prince Frédéric-Guillaume à la lieutpnance du royaume ', et Bismarck se rendît auprès du souverain blessé pour obtenir un consentement que son état de santé rendait inévitable. Le 5 juillet, Frédéric-Guillaume prenait le pouvoir dans des conditions étranges, presque tragiques : ce prince, indépendant et libéral, recevait des réactionnaires une autorité qu'il ne pouvait, ne devait exercer qu'en faveur de la réaction ; il était contraint à gouverner avec ses adversaires, à combattre ses amis; son libéralisme n'aboutissait qu'à un aulorilarisme de brutalité ; son indépendance pliait au gré de l'homme de fer.
On décida des mesures de rigueur ; les vieux prêtres de la déesse Réaction y- poussaient férocement. « J'adresse un énergique appel à votre habituelle énei^ie, écrivait Roon ; le chaos est à son comble ! Votre main ferme au gouvernail ! l'excès du mal produira le remède ' ! » Bismarck s'empressa de mettre à exécution ce qui avait été le premier cri de son cœur : le 11 juin, le Reichstagest dissous et la période électorale commence immédiatement, courte et ardente ; le chancelier a bien promis grâce aux libéraux modérés ', il est dépassé par ses serviteurs, s'il ne les excite sous main ; les journaux officiels ou officieux tombent à drus arguments sur les libéraux, les accusent d'avoir entraîné le gouvernement, — pauvre enfant, — dans le kulturkampf, de pactiser avec
Taire une bouillie, u II a prolesié qu'il n'avait point prononcé ces mois. Bismarck. Petuéea et Smvenirs. l. II, p. Si!.
1. Bismarck a fait do cetl« réunion du conseil un récit fanlalsisle dont laraueselèesldémontrécpar M. \'h\\\pp6on. Dai Ltben KaUer Fritdrickslll, p. SU.
ï. Roon à Bismarck.? juin 1878, Boon. DenkviBrdigkeilen, t. 111. p. 453.
3. Proclamation publiée par H. Kohi. Bitmarck Jahrbuch, l. 1, p. 97 et
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les socialistes, avec Hodel et N'obiliug ; le parti nationallibéral, d'opinion libre-échangiste, est convaincu d'arracher le pain au pauvre Michel ; et les fonctionnaires de tous grades interviennent dans les élections comme au beau temps du conflit'. Le pays, déjà surexcité de peur par les attentats, — c'en est le fatal effet, — se jette dans les extrêmes, et les modérés mordent la poussière. Aux élections du 30 juillet, les libéraux perdent 32 voix ; ils ne sont plus désormais que 107 ; les deux partis conservateurs comptent 115 membres; le centre catholique, 94 ; les progressistes sont 27 ; les Guelfes, Polonais, Alsaciens, 36 ; les démocrates et leurs alliés, 14 '. Pour gouverner avec celte mixture parlementaire, Bismarck devra réaliser une nouvelle combinaison : l'alliance du centre et des conservateurs. Ce sera le jeu de sa politique jusqu'à ses dernières années.
Dès la réunion du Reichstag, en septembre, la rupture semble proche entre le gouvernement et les libéraux ; ceuxci, furieux de l'opposition ministérielle et de leur propre échec, ont le cœur plein de haine, — le mot est du doux prince de Hohenlohe'; leur colère se manifeste lorsque le chancelier dépose le nouveau projet de loi sur les socialistes. C'est le développement, avec une grande extension ', du précédent projet, et l'on donne à la police le droit d'interdire toutes associations et tous imprimés a qui servent des tendances démocrates, socialistes ou communistes, dirigées vers la destruction de l'État existant ou de la société actuelle ». Au premier abord, les libéraux parurent disposés à rejeter la proposition ; le centre n'était pas encore gagné à la poli-