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Bismarck au Reichslag, 8 mai

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DE GAUCHE A DROITE fSt

bien lentement », disait avec mélancolie le prinee de Hohenlohe'.

Pourtant, au commencement de 1880, le mouvement s'aflirma vers [a réconciliation ; le 24 février, un bref papal, conçu dans le mystère et qui fit scandale dans la Rome noire ', reconnut dans une certaine mesure le devoir des évéques prussiens de notifier certaines nominations au ^uvemement royai [Anzeigep/licht^]; c'était là une concession menue, mais habile, sans bassesse, mais féconde, dans l'esprit, sinon de l'Égliseromaine, au moinsdu Christ. Son résultat fut immédiat. Dans un communiqué oiÏÏciel, lemînisière prussien salua le bref papal « <iomroe un nouveau signe des sentiments pacifiques dont est animé le Saint-Siège et la première expression concrète de ces sentiments ». Et, pour répondre à cette opportune concession, le cabinet prussien déposa au Parlement prussien un projet de loi, qui constituait une première atteinte aux lois de mai : le Parlement sans modifier encore la législation de combat, était invité à accorder au gouvernement un pouvoir discrétionnaire pour suspendre dans leur application les dispositions les plus sévères des textes antérieurs : c'était le réfpme du bon plaisir dans l'application de la loi, et ce pouvoir ne devait, sauf quelques exceptions, être accordé au gouvemcment que pour deux années. Le projet gouvernemental fut l'objet de discussions passionnées, la commission le trouva trop vague et lui fil subir de laides amoindrissements ; le ministre de l'Intérieur, M. de Puttkamer, dut intervenir à plusieurs reprises pour le défendre et il ne fut voté par la Chambre des députés qu'à la majorité de quatre voix, — celles des ministres, — par 206 contre 202. Promul-

1. Prince Clovia de Hohenlolie. Dtnhwardigktiten, t. li. p. tS7. î. Wiermann. Oetchiehte de» Kulturkampfe», p. 110 et suiv. 3. Blum. D(u deulsche Heicha sur Zeil Bitmarcka. p. 38S et 3SS.

gué le 11 juillet 1881, il devint, selon un terme passé dans le langage du temps, la » première loi de paix ».

Ce ne fut encore qu'nne paix armée; ni le gouveroement royal, ni les partis prussiens, ni la curie romaine ne dëaarmaient. M. Windtborst ne larda pas à déposer à la seconde Chambre une proposition comportant de nouvelles modilications aux lois de mai ; il ne parvint point à la faire accepter par les députés prussiens, mais, en 1882, il obtint du Reichstag l'abrogation de la loi allemande du 4 mai 1814, relative à des mesures de police envers les eccléfûastiques récalcitrants. C'était un signe des temps, mais Bismarck se refusa pour le moment à se soumettre b l'initiative du centre catholique : le Bundesrath allemand rejeta la proposition Windthorst et le gouvernement prussien se contenta de demander pour deux nouvelles années la continuation, l'extension plutAt, du régime discrétionnaire inauguré en 1880'. La loi du 31 mai 1882 permettait notamment de dispenser dans une lai^ mesure les candidats à la prêtrise de l'examen d'Étal.

En même temps, les négociations se poursuivaient ^itre le Vatican et Berlin, difficiles, entrecoupées, si variées et nombreuses qu'il n'est point possible ici d'en retracer tous les détails *. Après maints voyagesde di|^omales prussiens A Rome et de monsignori en Allemagne, les relations officielles furent reprises entre les cours papale et impériale, et le ministre de Prusse près le Vatican, M. de Schlo^er, esprit délié, de belle humeur, familiarisé depuis longtemps avee les choses et les personnes des congrégations romaines, réussit h préparer la voieù de nouvelles concessions'.

1 - (iCrardin. Les lois polilico-religieuseii en Priuse. BulUlin de la Société lie l.éyitlalîon comparée, 1886, p.7i,

1. On Iroiivera di's documents relalifs b ces négociations dans- Schailc, (teschiehle des Kullurkampfe* in Prtusaen (1883).

3 Lerebvre de Bëhaine. Lém XIII et te printe de Binnarck It. La nrissk>n

DE GAUCHE A DROITK tO

Peadmit l'biver de 1882 à 1883, les déclarations pacifiques senmltiptièrenl dans les discours du trône, les brefs du pape, la correspondance diplomatique. Le gouvernement prussien résolut de faire un nouveau pas vers la réconciliation en sup- [MÎmant partie de cet Anzeigepfitcht dont Léon XJU avait si opportunément reconnu partie en février 1880; la loi du 11 juillet 1883 libéra les évoques de la nécessité de notifier les noms des candidats ecclésiastiques au gouvernement qui pouvait s'opposer à leur consécration définitive. Et désormai.s chaque année apporta quelque nouvelle pierre à l'édifice de conciliation' : m décembre 1883, le prince ivyal de Prusse rendit visite à Léon XIII; en 1884, le Conseil d'État pnisàen était reconstitué pour admettre parmi ses membres les évëques d'Ërmeland et de Fulda ; au commencement de I88S, les archevêques de Posen et de Cologne, piliers de la résistance en Prusse, se retirèrent de leurs sièges otï s'assirent des prêtres d'opinion modérée et d'allures loyalistes; à la fîn de 1885, un conflit ayant éclaté entre l'Allemagne et l'Espagne à propos des Carolines, Bismarck, avec une ingéniosité spirituelle et presque amusante, aollicila la médiation du pape et se soumit respectueusement à sa décision : dans le musée de Bismarck à Scbônhausen, un portrait de Léon XIII marque le sceau de celte réconciliation.

Désormais les lois de mai, dans leurs dispositions çfÀxcières et de contrainte, n'avaient plus d'objet : le21 mai 1886, ua texte, voté après de longues discussions, les émouseaît jusqu'à leur enlever tout caractère d'armes guerrières. Les catholiques, Windlhorst en tète, s'étaient associés à l'œuvre du gouvernement, et l'année suivante, sur l'invitation même

de M. de SchlCter à Rome de 1883 a 1S85. )1[. L'arbitrage des Carolines. La 6n du Kullurkampf, Htvut des Deux Moniles des 1" juin et 1" Juillet

du souple Léon XIII, te centre s'abstenait de voter conlre le septennal militaire '. Le Kulturkampf s'était lentement enlizé, Bismarck ne s'engagea point dans le kulturkampf pour libérer l'esprit moderne, lutter à outrance contre le cléricalisme romain, et n'abandonner la bataille qu'après avoir terminé par une éclatante victoire l'antique guerre de la pensée libre contre la irligion d'autorité : il ne combattait pas pour des idées, mais pour des réalités. Il avait vu dans la fraction catholique, parti politique autant que relî^eux, un péril pour l'unité nationale à peine reconstituée ; il redoutait qu'il se formât dans le grand État allemand un petit État clérical ; il fonça sur les députés et les prêtres qui risquaient de compromettre son propre ouvrage. Il aperçut, après cinq ou six années de bataille, les inconvénients de ce combat elles nouveaux dangers qui en résultaient pour le triomphe de ses desseins : la coupure du peuple allemand en deux partis, l'exagération desmesuresde répression, l'hostilité du parti conservateur ft son égard, l'avènement des libéraux au pouvoir, la prochaine formation du régime pariemcnlaire. La peur d'un mal l'avait amené à ce qu'il tenait pour une abomination'; en combattant l'autorité ecclésiastique, il menait à la liberté politique, et ses alliés étaient tous des libéraux ou des progressistes. 11 attendit son heure ; elle lui présenta en 1878 une double occasion de réagir : les attentats contre l'empereur, qui éloignèrent la boui^oisie allemande du parti libéral par crainte des anarchistes, — l'avènement de Léon Xlll, intelligent, souple, conciliant, qui lui assura la paix avec les députés ' du centre. Aprèsavoirgouverné pendant sept ans avec les libéraux et les progressistes contre les conservateurs et les catholiques, il gouverne désormais avec ceux-ci conlre ceux-là.

1, Infra, |j. S3I.

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S I. La guerre busso-tubouk. Insurrections en HerKégovine. Les intérêts des puissances européenne:^. Situation de l'Allemagne : neutralité difficile ; discrète sympalhic envers l'Autrifhe. — Extension du mouvement révolutionnaire. Conversations de» chanceliers ; mémorandum de Berlin. — Les atrocités en Bulgarie : les démarches du tzor. Télégramme de Livadia et instructions à Schweinitz. — Visite de Salisbiiry à Berlin et discours de Bismarck — Conférences de Constantinople ; arrangement austro-russe, — La guerre : réserve de Bismarck. Les Russes devant Constantinople. Traité de San-Stefano.

% II. Le congres db Bbrlin. Exigence austro-anglaise d'une conférence internationale. Acquiescement de Bismarck. Uiscours du 19 février 1878: L'honnête courlier ; candidature présidentielle. — Trois mois de pourpalers. Schouwaloiï à Friedrichsruh et k Londres. — Invitations au Congrès. — La réunion du 13 juin 1878 : les diplomates. — Les premières phrases. — La question bulgare. Difficultés et discussions, l'n stratagème. Les trois tronçons. — La Bosnie et l'Herzégovine. — Les petites nations et les aiïaires d'Asie. — Les conversations privées : Chypre et la Tunisie. — La signature et le traité.

S III. L'alliakce iusTRo- allemande. Belntionsde l'Empire allemand avec l'Autriche et la Russie: effets du congrès; irritation et défiance des Russes. — Mécontentement de Bismarck. — Campagne des Grcnzboten contre la Russie. — Opposition de Guillaume. — Bismarck et Andrassy à Gastein : projet d'alliance. — Lettre d'Alexandre à Guillaume. L'entrevue d'Alexandrowo et ses conséquences. — L'intervention du prince Frédéric-Guillaume. Acquiescement de l'empereur. — Bismarck à Vienne : nouveaux scrupules de Guillaume. — Délibération des ministres et acceptation délinilive de l'empereur. — Le traité du 7 octobre 1879 et ses conséquences.

Au cours de l'été de 1875, l'afi^talion devint vive dans la péninsule des Balkans ; c'est une vieille formule de la Carrière de rappeler que le sol de la péninsule est d'origine volcanique et n'en a point perdu le caractère. A cette époque, V*

les secousses furent violentes et les insurrections en Herzégovine permirentde prévoir un choc prochain etgénéral des ^^ Turcs et des chrétiens dans l'Europe orientale. Chacune des y grandes puissances réfléchissait à ses intérêts : sauf unc,^ toutes avaientà défendre en Orient des droitsou des ambitions; la Russie se posait comme la protectrice naturelle des chrétiens oppressés par les Turcs ; l'Angleterre convoitait la route des Indes, l'Egj'ple, la domination dans la Méditerranée orientale ; la France se souvenait de sa suprématie traditionnelle dans le Levant, de l'influence sur les musulmans algéri^s d'une guerre de race et de relifi^on ; l'Italie poussait vers l'Albanie et les lies le talon de sa botte ; l'Autriche confinait aux régions révoltées, prête h les pacifier et même à les conquérir.

Seule l'Allemagne était dépourvue d'intérêt immédiat en Orient; mais elle était amenée ft considérer les besoins de son commerce et de sa politique générale. Vingt années auparavant, la Prusse, puissance de second plan, avait pu se désintéresser complètement de la question d'Orient, et la Confédération germanique n'avait point agi par incapacité naturelle. Maintenant l'empire allemand, la grande forée de l'Europe centrale, devait proléger ses nationaux en Turquie, défendre les intérêts de son commerce, développer la « Clôture » allemande, e(,sans s'abandonner à la poussée vers l'Orient, au Drang nach Oaten que préconisaient certains de ses publi-

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cistes, il ne devait » se tenir à Véeari plus longtemps que les antres ' »,'que pour intervenir à son heure, fia situation politique était difficile, en suite du conflit de ses deux alliés : la R usai e et l'Autriche avaient des intérêts contradictoirea, toutes deux poussant une pointe vers Çonstantinonlo. visant à exercer une influence décisive dans la péninsule des Balkans. allant ainsi & un choc inévitable. Or l'Allemagne était l'alliée de chacune de ces adversaires : il lui serait difficile de demeurer indifférente si elles entraient en lutte. « Rien ne serait plus danyereux pour nous, écrivait Bismare^ p.n i H1&. qu'un conflit entre l'Autriche et la Russie'. » Une double politique s'Imposait donc au cabinet de Berlin : restreindre ta lutte aux mers et aux montagnes de l'Orient, copaerver une stricte neutralité « par embarras d'opter entre ces deux voisins qui nous sont intimement alliés' ».

Pendant les deux premières années des agitations orientales, Bî^narck dirigera celte politique d'indifTérence avec son habituelle souplesse, et en la motivant sur l'absence d'intérêts allemands au Bosphore. « G>)mme la question orientale n'intéresse pas l'Allemagne, disait-il un soir à ses hâtes, j'aime mieux me taire à son sujet'. » Mais, déjà, dans le conflit éventuel de l'Autriche et de la Russie, il a fait secrètement son choix ; car le cabinet de Pélersboui^ lui a échappé en 1875, il a même été à l'adversaire et une grande colère en est restée au cœur du chancelier allemand. « La Russie a commis là une faute, disait-il dès décembre 1875, et si elle cherche à devenir toute-puissante, l'Autriche sera là pour la

1. Bismarck au roi Louis 11 de Bavière, i Juin IST6. t. Bisnarclc au ctunte MOnaler. 6 juillet lS7fl. Aus Biainareli» Briefwechlet, p. 188.

3. Bismarck au roi Louis 11 de Bavière, 3 juillet IS7S. t. Blum. Filrsl. Bismarck und seine Zeil. l. V, p. S7S.

mettre en échec', a La guerre d'Orient, qui a0aiblissait cette infidèle amie, n'était donc point pour lui déplaire, et il lui convenait que l'Autriche, l'honnête et fidèle Autriche, en tirât bénéfice : ce bienfait n'était point perdu, car en se lour> nant vers l'Orient, le cabinet de Vienne se détournait de l'Allemagne, se consolait de défaites remontant à dix années et renonçait par celte action nouvelle à tout retour au passé.

Pendant l'hiver de 1875-1876, les troubles ne firent que s'accroitre dans la péninsule des Balkans ; les puissances étrangères réclamaient des réformes; le sultan multipliait les promesses, mais, ainsi que le dit un proverbe de l'Herzégovine, « un firman ne vaut pas l'écorce d'un haricot », el les iradés demeuraient lollres mortes. L'insurrection s'étendait à la Bosnie et à la Bulgarie ; la Serbie remuait ; les populations turques s'agitaient ; le 7 mai, l'assassinat des consuls allemand et français & Salonique soulignait tragiquement la gravité du désordre.

Acetteépoque, l'empereur AlexandrcétailattenduàBerlin; GorlschakofT devait l'accompagner ; Bismarck crut utile de délibérer sur les affaires d'Orient avec les deux chanceliers de Russie f\ d'Aut.rir.he^ et le 5 mai 1876 ïl demanda au comte Andrassy ■ de se rendre à Berlin ; le ministre autrichien y accourut dès le 10 mai, — ce détail est significatif, — ■ avant son collègue de Russie, et de suite s'entretint longuement avec Bismarck pour convenir de l'accord à conclure. Le tzar et le prince Gortschakoff arrivèrent le lendemain, et les H et 12 mai les trois chanceliers tinrent de longues conférences, où ils Rédigèrent une longue note pour rappeler leurs précédentes réclamations, en formuler de nouvelles,

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exiger un nouvel armistice en faveur des provinces insultées el ajouter celte menace que « si Le but proposé n'était pas atteint dans un délai de deux mois, il deviendrait nécessaire (l'ajouter à l'action diplomatique la sanction d'une entente en vue de mesures efficaces qui paraitraient réclamées, dans l'intérêt de la paix générale, pour arrêter le mal et en empêcher le développement ». Tel futle « mémorandum de Berlin h, et les trois chanceliers résolurent do le soumettre à l'approbation des puissances étrangères à sa rédaction.

Le 13 mai, les ambassadeurs de France, d'Angleterre et d'Autriche se rendirent â ta Wilhetmslrasse sur l'invitation de Bismarck. Le prince GortschakofT "y présida, non sans quelque pompe', une façon de conférence où l'on donna lecture aux nouveaux arrïvés du texte adopté par les trois chanceliers. Les ambassadeurs de France et d'Italie, tout en objectant l'absence d'instructions, firent pressentir l'approbation de leurs gouvernements'. Plus froidement, lord Odo Russel déclara qu'il « en référerait'. » Les trois chanceliers insistèrent sur la nécessité d'une prompte réponse :les ambassadeurs promirent toute diligence. Dès le lendemain, les cabinets de Paris et de Rome adhéraient au mémorandum ; six jours plus tard, la cour de Londres refusait net sa signature.

Pendant l'été de 1876, les troubles, les pillages el les massacres ne firent que s'aggraver dans la péninsule des Balkans, et ils atteignirent le comble de l'horreur par ces « atrocités en Bulgarie a que stimaglisa en paroles de feu la voix puissante et habile de M. Gladstone. Dès lors^ l'intervention de la Russie semblait fatale. En juin, le tzar avait eu une nouvelle

t. Prince de Bismarck. Peniées el Souvenir», t. tl, p. lis.

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