‹ Bismarck et son tempsChapitre 16 sur 270 · Werlhern. General non Versen, p · texte numérisé non relu

Werlhern. General non Versen, p

■B. Pirala. llialoria contemporanea, l. III, p. 393. Sybel. Die Begrilndang, . VII, p. 380.

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temps dans le climat malsain de Madrid ; on renvoya donc l'affaipe en novembre, ainsi qu'on eût fait d'un projet de loi sur le curage du Manzanarès. Cette explication parait invraisemblable et elle a été très justement contestée '. Si Prim accepta la dissolution des Corlès au moment même où leur réunion devenait indispensable, c'est qu'il voulut gagner du temps ; il connaissait l'hostilité du gouvernement français à t'avènement d'un Hohenzollem au trâne d'Espagne, peutêtre avait-il deviné dans les paroles de Bûcher une menace pour la France et un danger pour l'Espagne ; il espérait fléchir Napoléon en conversant avec lui à Vichy, où il comptait faire sa cure annuelle en même temps que l'empereur ; le consentement obtenu, l'afiaire pourrait être reprise sans danger.

Mais ce retard de trois mois élait un coup droit à la politique de Bismarck, qui tendait à préparer dans le mystère ce que le roi Guillaume appela « la bombe espagnole u. La divulgation de la candidature HohenzoUern, au contraire, forçait le gouvernement de Madrid à prendre une décision et produisait l'explosion désirée. Bismarck prit-il part ô cette divulgation ? On la lui a attribuée, on ne prêle qu'aux riches et ce procédé serait dans son faire habituel, mais il n'y a point ici de certitude absolue'. Une autre explication semble plus naturelle : en arrivant à Madrid, le 28 juin, Salazar s'étonne de la dissolution prématurée des Cortès ; vainement cherche-t-il Prim, qui est en excursion aux monts de Tolède; la joie du négociateur heureux est telle qu'il ne peut dissimuler son

I. LéODardon. l'rim et la candidature HohenzoUern, p, 300 et BUiv, î. Od doit même ajouter que Bismarck n'a point tenu son ambassadeur en Espagne.* Canil/, au courant de ses intrigues, que Buclier liteii à Varein, et que BemhardI partait pour 1c Portugal. Les Reise Erinnerungen aa» Spanien du dernier ne donnent à cet égard que des indications inaurfiBantes qui seraient utilement comblées par le tome IX des Tagtbiicher, s'il parait un Jour,

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triomphe, les Espag^nols ont eniin un roi. La nouvelle transpire ; ce n'est d'abord qu'un petit vent qui rase terre, il va rinforzando, il éclate splendidement. A son retour, dans la nuit du !"■ au 2 juillet, Prim trouve à la gare de Madrid deux dépulés qui le félicitent de son heureuse négociation ; le général fronce les sourcils, froisse un gant qu'il tenait à la main : « Labeur perdu, candidature perdue^ s' écrie-Uil ! Et Dieu veuille que ce ne soit que cela. »

§IV

Le gouvernement français était dans l'ignorance de toute l'intrigue. L'empereur souffrait cruellement de la maladie dont il était depuis longtemps atteint ; le duc de Gramon^, nouvellement installé, n'avait pas relevé dans les diverses correspondances de ses agents les fils épars qui lui auraient pennis de deviner, sinon de débrouiller l'écheveau '. Et M. Ollivier annonçait à la Chambre que les vents étaient A la paix. « Le gouvemement n'a aucune inquiétude ; à aucune époque, le maintien de la paix en Europe ne lui a paru plus assuré. De quelque côté qu'il porte les regards, il ne voit aucune question irritante engagée ''. »

Cependant, (i Madrid, le représentant delà France, M. Mercier de Loslende apprenait par la rumeur publique que l'Es- pagne était en possession d'un candidat allemand et que le Conseil des minisires s'était réuni pour en délibérer ; il se rendait donc le 2 juillet auprès de Prim et percevait h quelque chose de gêné dans sa manière d'être, habituellement si

1. M. Mercier de Lostende. en elTet, ëlail assez bien reascignè sur la candidature Hohcnzollerr, eu commencemenl de Tannée lout au moioB. Aas dem Leben Konig Karls von Rumanien, t. Il, p. Gi.

t. M. Ollivier à la Chambre des DÉpuUs, 30 juio 1870. MoniUur Vniutr-

set. ISTO, II- 11^3.

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amicale ». Brusquement, le général l'entraine dans son cabinet, o J'ai, dit-il, à vous parler d'une chose qui ne sera pas agréable à t'Eknpereur, je le crains, et. il faut que vous m'aidiez à éviter qu'il ne la prenne en trop mauvaise part. » Et il Itii révèle l'affaire Hohenzollem, en lui présentant candidature et candidat sous leur meilleur jour. « Comment croyez-vous que l'Empereur prendra la chose ? » ajoute-t-il avec inquiétude. M. Mercier de Losl^nde ne lui dissimule point qu' « il n'y a pas deux manières de la prendre », et, s'atlaquant avec hardiesse et perspicacité à l'auteur réel de l'intrigue, il continue : « Oh 1 je me suis bien aperçu depuis assez longtemps que M. de Bismarck cherchait à se glisser dans vos alTaires, et vous avouerez que s'il ne croyait pas avoir beaucoup ô y gagner, il ne se hasarderait pas à jouer si gros jeu. n Prim proteste, il n'a jamais parlé politique avec M. BemhardiniavecM- deCanitz, mais il a entrevu depuis la veille la gravité de l'aventure ; il recule, épouvanté de ses conséqutmces.

L'affaire ne s'est traitée qu'un jour 6 Madrid; la question de la succession d'Espagne va désormais s'agiter entre la t'rance et l'Allemagne.

La nouvelle de la candidature Holienzollern arriva à Paris le 3 Juillet, au public, par une dépêche de l'agence Havas, au quai d'Orsay, par un télégramme de M. Mercier de Lostende, qui annonçait l'envoi d'un rapport confié h un attaché d'ambassade'. L'impression Tut immédiate ; l'opinion publique se monta et le ministre des Affaires étrangères perdit tout sangfroid. Le même-jour, le doc de Gramont communiqua cette nouvelle ft son chargé d'affaires en Prusse, M. Le Sourd, et, dans un style d^ journaliste en délire, l'invita h demander

1. Rapport de M. Mercier de Losleode A M. de tiramonl. 3 juillet ISTO.

à- la Wilhelmstrasse des explications sur celte « intrigue », ce « regrettable incident ». Tel fut le début du combat de paroles qui devait précéder le combat des armes.

Sur une communication venant d'Espagne, sur un simple télégramme, et sans attendre les détails d'un rapport annoncé pour le lendemain ', sur une afîaire espagnole, sans soumettre la question au Conseil des ministres, sans prendre l'avis du chef de l'armée', M. de Gramont engageait la France. Ses amis l'ont défendu par cette excuse que, ne voulant s'attaquer au faible Castillan, le noble duc voulait demander compte au puissant Prussien d'une intrigue ourdie contre son pays. Ses ennemis ont répondu qu'il profitait d'un incident pour assouvir de vieilles rancunes et des rivalités personnelles. La froide impartialité oblige à ces constatations : l'imprudence d'un homme d'État qui s'engageait à la minute, dans un mouvement de colère, sans attendre, sans consulter, satis réfléchir ; la légèreté d'un ministre, connaissant en personne son redoutable adversaire, averti des ambitions allemandes par tous ses agents, Benedetti, Stoffel, Rothan, avisé exactement de la force armée de la Prusse et de ses alliés, sachant que ses propres alliances se bornaient à des conversations n académiques », la folie de ce diplomate qui se lança dans cette aventure, comme un oiseau dans un piège. M. le duc de Gramont partait en guerre; la France paya.

Obéissant aux ordres donnés, M. Le Sourd se rendit le ~ lendemain 4 juillet àla Wilhelmstrasse où it ne rencontra que M. de Thile. Par sa fonction même, M. de ThHe était l'homme le plus mal renseigné du royaume : l'ignorance était son rôle, et il le jouait 6 ravir. Ce jour-là, néanmoins, il laissa

1. TèlCgraromo Mercier de Loslenileâ M. de Gramont, 3 juillet 1S70. I. Disposition du marëchal Le Bœat. Engiiéle parlementaire, l. 1, p. 41.

.yGoOgIf

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percer « un visible embarras », même quelque « émolion » ; il se retrancha derrière la n<%cessilé « de prendre directement les ordres du Roi »; il ajouta <t que le gouvernement prussien ignorait absolument tout de celte afTaire et qu'elle n'existait pas pour lui ' » ; il était ildèlc à la consigne, la candidature n'était qu'une affaire de famille, où M. Guillaume de HohenzoUern n'était intervenu qu'en vieux parent donnant conseils A des cousins de province. Quant au ministre d'Espagne & Berlin, M. de Rascon, il avait une attitude plus simple encore : il niait l'existence même de la candidature. M. de Gramonl reçut le môme jour le rapport Mercier de Loslende et le télégramme de M. Le Sourd. Vingt-quatre heures s'étaient écoulées sur la première surprise, le temps de la réflexion était arrivé ; le gouvernement prussien voulait tout ignorer de la candidature HohenzoUern ; la seule communication officielle provenait de Madrid, où l'on annonçait maintenant la convocation des Cortès pour le 20 juillet. Pourquoi M. de Gramont ne s'adressait- il à l'Espagne, au lieu de la laisser au second plan et de~mettre en vedette les ambitions de la Prusse' ? Persévérant dans sa conduite de la première heure, le ministre dénonçait la poUtique du cabinet de Berlin avec une âpreté de langage qui donnait prise ft tous les soupçons. « Nous ne pouvons tolérer une combinaison qui, en cas de guerre avec la Prusse, nous obligerait â immobiliser un corps d'armée sur la frontière d'Espagne », disail-il & l'ambassadeur d'Angleterre, lord Lyons '. « Cela

l.M. LeSourdAM.deGrainonl.i juillet 1870. M. Le Sourd à M.Rothan, lïjuillel 1870; ^othan. L'AlUinagne et VUalie en 18701671, t. I, p. 8.

S. Le journal Le Françaw du 6 juillet 1S70.

3. Lord Lyons b lord Grainillc, S juillet 1870. Voyez sur ces journées les pages de M. de La Gorce, Ibtli»re du Second Empii-e. I. VI. p. 816 ei Buiv., et PEerre Lehautcourt Hislov e de la guerre de 1870-71, 1. T. p- 220

ne se fera point, nous nQus y opposerons par tous les moyens, dût la guerre avec la Prusae en résulter », ajoulait-îl à l'ambassadeur d'Autriche, M. de Metternich '. n Si la Prusse insiste pour l'avènement du prince de Hobenzollern, c'est la guerre», écrivait-il au général Fleury*. Et à l'ambassadeur de Prusse, M. de Werther, le duc de Gramont déclarait Il catégoriquement que la France ne tolérerait pas l'établissement du prince de Hobenzollern, ni d'aucun autre prince prussien sur le trône d'Espagne*. » Et Werther de répliquer, en bon factionnaire fidèle à la consigne, « qu'il ne savait rien* ».

L'énervement est contagieux ; la surexcitation du duc do Gramont se propagea à son entourage, bientôt au Parlement, et, lorsqu'un excellent homme, modéré, pacifique, M. Cochery, déposa une demande d'interpellation, son appel répondit & l'inquiétude générale.

Dans la matinée du 6 juillet, l'empereur et ses ministres débbérèrent àSaint-Cloud sur les déclarations que le minisire des Affaires étrangères devait porter à la tribune du Palais- Bourbon, 'lel qu'était disposé M. de Gramont, la question de la guerre s'imposait) le maréciial Le Bœuf remit un état de la situation militaire et « promit » 250 000 soldats d'armée régulière dans les quinze jours, 50 000 dans la troisième semaine, 120 000 hommes de la garde mobile ensuite ; le duo de Gramont exposa les relations avec les puissances étrangères, — ce qu'on appelait les alliances, — et ses collègues

i. Le priiicc île Medcrnicli a» comlc de Beusl, 8 juillei 1870-

î. Le duc do Gramont au gf^nèral Pleiiry, «juillet 1870. La France et la Russie en 1870, d'a[>r(>s les |iapk'rs du général Fleury, p. HT.

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