‹ Bismarck et son tempsChapitre 162 sur 270 · Horsl Kohi. Bismarck Begeile». I. II. p. Ul · texte numérisé non relu

Horsl Kohi. Bismarck Begeile». I. II. p. Ul

la Russie en sorlil renouvelée, « C'en est lini, écnvail-îl, des eSbrts du prince GorUchakoff et d'autres politiciens anti-allemandspourtraiterà notre détriment avec l'Autriche ou plutôt avec la France, et pour discréditer l'Allemagne dans la pensée du peuple et de l'armée russes'. » L'empire des tzars senUrait mieux désormais le prix « de la neutralité bienvaillante » de l'empire allemand.

Cependant les Russes forçaient les passes des Balkans, ils débordaient dans la Roumélie orientale^ ils parvenaient en vue de Constantinople qu'un coup de main leur eût livrée. Mais brusquement ils s'arrêtaient . les hommes d'Etat n'osant donner l'ordre d'avancer, le grand-duc Nicolas craignant d'assumer la responsabililé de la prise de la Ville Sainte S tous redoutant l'intervention de l'Angleterre et de rAulriche. Ces scrupules et ces craintes étonnaient Bismarck. « Il n'y a qu'un moment dans les choses, disait-il plus tard ft ce sujet ; il faut le saisir '. » Mais la Russie n'élait point dirigée par sa poigne brutale et audacieuse. L'aigle noir ne flotta point au portail de Sainte-Sophie. Le 3 mars 1878, la paix était signée à San-Stefano. aux portes mémaa de Constantinople. •

Avant même d'être signé, ce traité excitait la jalousie des rivales de la Russie. Dès le 16 janvier, lord Loftua remettait aujrinçy (iortachakoff une note pour exposer n que

1 . Bismarck b l'empereur Guillaunio, tl aoûl 1877. Kaiser Willielm l ami Bàmarcii, p. 273.

S. Les Rutsea devant CciitlantinopU (par un aide de camp du grand-duc Nicolas). Pevue de Paris du IK juillet 1891.

3. Comte de Moily. le Congri» de Berlin. Rmu* du Deux Monde» du 15 octobre 1901, p. 738.

LE COriGRp:S DR BERLIN 431

tout traité cwiclu entre les gouvernements de la Russie et de la Porte^ affectant les traitéade i8S6 et de J87l, devrait être un traité européen et rie serait pas valida sana ratwentimftnt des puissancesquiontétépartiesàcestraités». Poursp joindre & cette réclamation, l'Autriche avait un motifspécial, sa convention de janvier 1876, qui avait donné à la Russie libre champ dans la péninsule des Balkans, mais avait réservé l'opinion des puissances étrangères sur lerésultat delà guerre; le comte Andrassy adressa donc aux six grandes cours une note où il proposait la réunion, à Vienne, d'une conférence pour « établir l'accord de l'Europe sur les modifications qu'il deviendrait nécessaire d'apporter au traité ' ».

Cette pe rspecli ve n'était point pour déplaire k RJHmarcIt. L'intérèl de son pays étant au maintien de la paix, il était tout pacifique, et la réunion d'une conférence lui semblait de naturel adoucir l'âpreté des revendications internationales: si elle ne pouvait empêcher une nouvelle guerre, elle pourrait la restreindre. « Nous, tout au moins, nous resterons en paix», écrivait son fils sous son inspiration*. 11 pensa utile de proclamer ces vérités au monde et revint le 14 février de Vîirzin à Berlin pour donner au Reichstag un cours de politique internationale allemande. Ce fut une magistrale leçon, un des plus amples discours du chancelier. Sur l'interpellation de M. de Bennigsen, Bismarck exposa à larges traits la répartition des races dans la péninsule des Balkans et l'état des négociations entre la Turquie et la Russie. Puis il aborda les points à soumettre « à la future conférence ». « Ce qui sera un changement apporté aux stipulations de 18S6, di(-il, aura

4. Ces divers documents dans le livre de H. d'Avril. Négoeiatietu relative) au Irailéde Berlin, p. i7S et siiiv,

i. Comte Herbert de Bismarck au comte Holnslein. î2 fKrier I87S. Aua Bismarcks Briefuecltsel, p. 510 et suiv.

sans doute besoin de la sanction des puissances signatjiires ; si cette sanction n'est pas donnée, il ne s'en suivra pas nécessairement une nouvelle guerre, mais il en résultera une situation que toutes les puissances européennes ont des raisons d'éviter, je dirais volontiers : un embourbement de la question. » La Russie ne peut arracher leur consentement par la guerre aux autres puissances; elle peut tenter de s'en passer; mais alors d'autres puissances essayeront de « contraindre la Russie & plus de concessions... Pour prévenir de telles éventualités. continuait Bismarck, l'idée de la conférence a été proposée par le gouvernement austro-hongrois, et nous l'avons adoptée, les premiers, je crois, avec empressement... Si l'on nous demande de formuler dès maintenant notre programme, ce serait là plutôt de la politique de presse que de la politique d'État..., car nous donnerions à tous ceux qui trouveraient que ce programme leur est favorable, une sorte de prime pour être intraitables. De plus, nous rendrions presque impossible pour nous, à la conférence, ïc rAle auquel s'attache la plus . ■haute valeyr, celui de la médiation, parce que chacun, ayant à la main le tnenu de la politique allemande, pourrait nous dire : la médiation allemande peut aller jusque-là, elle peut faire ceci, elle ne peut faire cela. Jouez la carte allemande, abattez-la sur la table, — et chacun saura comment il doit s'arranger en conséquence ou quels détours prendre... Je ne suis pas d'avis que nous ayons à suivre la voie napoléonienne, et que nous voulions être, je ne dis pas même l'arbitre, mais seulement le maître d'école en Euro pc . . . Notre r61e est plus ^^ mnrtpqip^ jt; pip Ip fipnirv^ comme r.p\\}j H'iin honnête courtier/~ qui veut mener réellement l'affaire ft hnniip fin ',^

Ce discours, mélange heureux de dextérité hardie, d'aban-

don, de ramîliarilé pittoresque', où s'eachevétraient les conseils de prudence à la Russie, les encouragements à l'Autriche, une discrète réserve des forces allemandes, cette harangue était un programme de candidature présidentielle à la Conrérence. Il convenait en effet à Bismarck que la réunion à Berlin des plénîpotentioires européens consacrât définitivement ta puissance de l'Empire allemand ; les victoires de 1871 n'avaient point été disculées par l'Europe, Ipg tni-fM Ac \n Russie devaient être soumis ft une critique sévère; c'était la revanche du chancelier allemand sur la diplomatie russe, ^ Médiateur à l'apparence impartiale, n honnête courtier m. Ib ministre allemand dominait en quelque mesure les hommes d'Etat des autres pays. Au Congrès de Paris succédait le Congrès de Berlin. Le gouvernement autrichien avait trop d'intérêt à se concilier l'appui de son puissant voisin pour ne point devancer les désirs de Bismarck : Andrassy pro[)Osa ta réunion des diplomates dans une viUe allemande, et, le"! mars, M. de BUlow annonçait que son gouvernement « s'était décidé à accepter que Berlin fût te siège du Congrès * ».

Trois mois s'écoulèrent encore, en pourparlers et en inquiétudes. Quelques jours durant, tout était au noir. Le cabinet anglais avait déposé au Parlement une demande de crédits pour le rappel des réserves, lord Salisbury et le prince Gortschakofî échangeraient des promemoria menaçants. Brusquement, le bleu revenait dans le ciel politique, et le gouvernement de la reine congédiait le Parlement de Westminster sur des paroles de paix. Le cabinet russe crut nécessaire de consulter le grand augure et le comte Schouwaloff fut dépêché le 20 mai à Fricdrichsruh pour proposer une alliance de ta

1. De Mazadc. Chronique de la Revue des Deux Mondes du I" mai 18T8. i. Circulaire allemande du 7 mars ISTS. Livre Jaune, p. 13.

USMARCK

Russie et de l'AUemagne '. Sublîl de flair, habile en flatteries, le comte russe sacrifia son chef pour contenter B^giaCûk^ « GortschakofT est ud animal », dît-il. Bismarck ne le contredit point, maiâ ne se laissa point prendre à ces paroles dorées : il déclina avec politesse la proposition russe et se retrancha derrifere la difficulté de choisir entre la Russie et l'Autriche, si l'alliance des trois empereurs ne se maintenait pas. L'entretien fut cordial, car les deux hommes étaient liés d'amitié, mais le diplomate russe comprît que son gouvernement ne pouvait compter qu'avec beaucoup de réserve sur i'appui de l'Allemagne. 11 était donc indispensable de s'entendre amiablement avec l'Angleterre : & la fin de maij^ Schouwaloffet Salisbury esquissaient un plan d'entente entre leurs deuxjfpnvqriif"'^"'*'

Le momeatétait mûr pour la réunion du Congrès : le 3 juin, le gouvernement allemand envoyait son invitation officielle.

Le 13 juin 1 878, l'animatioa était grande dans la WUbeLmstrasse. Entre les cordons de police qui maintenaient militairement la foule, les carrosses des ambassades amenaient les représentants de l'Europe au palais Radziwill, contigu à la chancellerie impériale et qui lui avait été récemment annexé. Dans un grand salon du premier étage, Bismarck accueillait les délégués des sept puissances appelées aux délibéralions : malade pendanl tout le printemps, tordu de douleurs, incapable de présider deux journées de délibérations % il avait reçu, soudain et comme en 1870, le coup de fouet des grandes responsabiUtés ; l'attentat contre l'empereur avait jeté l'AUeniagne en plein combat politique, et le chan-

1. l'rince de Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. II, p. 165, £Se. C'est par erreur que le prince, p. ÎSS, donne pour cause de ce voyage le dësir des Russesqueie Congre s fût réuni à Berlin. Il Était décidé depuis s' quelea diplomaUsse rÉuniraient dan* la capitale sllemande.

Page 1