‹ Bismarck et son tempsChapitre 163 sur 270 · MiUnaclil. Urinneruagen an Bismarck, p · texte numérisé non relu

MiUnaclil. Urinneruagen an Bismarck, p

Lb: CONGRÈS DE BERLIN 439

celîer allemand recevait l'Europe. Droit, sang^lé, immense, it accueillait chacun avec cette politesse de bon (on, un peu condescendante, qui transformait l'homme des forêts en homme des cours. A ses c6tés, se tenaient ses deux lieutenants, le prince de Hohenlohe, ratatiné, l'œil froid, le sourire intérieur ; M. de Bûlow, rasé, poli, onctueux comme un ecclésiastique '. Et les diplomates arrivaient : les Anglais, lord BeaconsReld, te corps courbé et appuyé sur une canne, le regard Ra et souple, ' la lèvre railleuse ; lord Salisbuiy, lar^, tenace, sûr de iui-méme; lord Odo Russcil, agréablement optimiste, d'allures élégantes et abandonnées. Les Français, M. Waddington, la physionomie ouverte et calme, de caractère loyal ; le marquis de Saint- Vallier, qui cachait sous le sourire d'une exquise douceur les tortures d'une ntaladie impitoyable, esprit souple, détié, pénétrant ; M. Desprez, K premier commis » delà Carrière, rompu à tous les précédents et* toutes les difficultés. Les Autrichiens, le comte Andrassy, figure tourmentée, œil de feu, pétillant d'intelligence et d'énergie ; le baron Haymerlé, solide érudit, et le comte Karolyi, ambassadeur très agréable à la cour de Beriin. Les deux Italiens, le comte Corti, laid autant qu'intelUgait, pétri de verve autant que de bon sens* et son satellite, le comte de Launay, jouant le rdle des « utilités » aimables. Les belligérants, enRn : les Russes, d'abord, et à voir le vieux prince GortschakofT, cassé, écroulé dans son fauteil à cMé du prince de Bismarck, tète et corps dressés, on suivait leurs carrières diverses et le sort différent de leurs pays depuis le

t. Comte de MoQy. Souvenirt d'un diplomate. Le Congrès de Berlin. Revue des Deux Mondes des 15 octobre el 1" novembre IBOl. Prince Ciovia de Hohentohc. Denhoûrdigkeilen, t. Il, p.Sîl etsniv. Le souvenir de cette réunion est Skë par un (^rand tsbIeBu actuellement à l'hMel de ville de BerilD.

t, HKlnachl. Neue Eiinnerungtn an Bismarck, p. 11.

temps où le chancelier russe prolégeail d'une amabilité hautaine le jeune ministre de Prusse à Pétersbourg ; le comte SchouwalofT, véritable représentant du tzar, confident de son mailre et aimé de Bismarck, d'une éloquence habile et d'une action souple ; le comte d'Oubril, bon vivant et fin conseiller. Les représentanls de la Porte, enfin, choisis comme par dépit et défi : Sadoullah, un bey quelconque ei insignifiant; Caratheodory', Grec de race et de religion, non sans intelligence, mais sans autorité ; Mehemet-AIi, deux fois renégat au\ yeux des Allemands, comme Prussien de Magdebourg et musulman converti, vaillant soldat, mais intrigant de mœurs douteuses, la n bêle noire » de Bismarck.

Cette brillante assistance ainsi réunie et après un co»irl passage au buiïet', lieu d'asile et terre neutre, les diplomates passèrent dans la salle de leurs réunions et s'assirent gravement autour d'une grande table, le Président, chanceber allemand, au mibeu, un peu à droite. « J'ai, pour le moment, quelque inclination vers ce côté-là », avait-il dit en riant. Après quelques paroles de bienvenue et de remerciement, Bismarck lut une courte allocution pour exposer le but de la réunion : « Soumettre l'œuvre de San-Stefano à la bbre discussion des cabinets signataires des traités de 1856, assurer d'un commun accord et sur la base de nouvelles garanties ta paix dont l'Europe a besoin ^ » La rédaction de ces phrases n'avait point fatigué son imagination : le tout était d'être anodin et d'oublier que lui-même n'avait point convoqué les signataires de 1815 et de 1856 aux traités de

1. Carallieudory el Mehemet. arrfiés par un accideiil de bateau, ne parurent qu'6 la deuxiËme sëanœ.

S. Prince Clovisde Hohenlobc. DeniuiUrdigAeilen, l. II, p, 232.

3. LcB protocaleBdu CongrCe soni publiés in extenso et en français dans Hahn. Farai Bitmarck, 1. III, p. 131 eUuiv.

LE CONGtŒS DE BERLIN t4t

Vienne, de Prague el de Francfort qui avaient bouleversé l'Europe.

Parmi lea t^raves queations qui s'oCFraieiiiau Congrès, la plus grave était l'avenir de la nation bulgare'- Le traité de Sap-Stefano avait taillé en pleine chair ottomane une telle écharde, allant du Danube à la mer Egée, mettant ces vastes territoires sous la protection plus ou moins déguisée de la Rjlââif) coupant en deux les provinces laissées à la Porte, — que c'en était par là fini de la domination turque en Europe. C'était bien l'espoir de la Russie ; mais l'Angleterre ne voulait point d'une telle solution. L'accord passé à Londres à la fin de mai n'avait pas réglé suffîsammenl cette question primordiale. Bismarck, homme de prompte action, eût voulu l'attaquer dès la première séance*, mais aux primes paroles échangées entre les délégués de la Russie et de l'Angleterre, l'antagonisme parut tel, qu'il devint indispensable de retarder le débat de quelques jours, temps nécessaire aux conversations de salon pour mûrir en apartés la transaction.

Les représentants de TAngleterre, de l'Autriche el de l'Allemagne se mirent d'accord pour rectifier l'œuvre ,de San-Stefano en restituant la Macédoine è. la Porte, en créant la principauté bulgare, et en attribuant un régime spécial cl autonome à la Roumélie orientale. H semblait que la Russie acceptât cette organisation, et, le 17 juin, le problème revint en délibération. Ma\a \ijf^fia\\»hury, qui développa la pro|)osi-

i . Les débats du Congrès ont été analyEës de main de maître par M. de MoOy. qui était au Congrès même cliargë de la rédaction des protocoles. On en rapprocher» lea correspondances contemporaines du Time». M. de Blowitz. représentant de ce journal â Paris, s'était rendu â Berlin dans l'espoir derecevoir quelques indiscrétion u : déçu les premiers joura.it s'en plaignit d voU haute et amére, de Taçon a ce que son cri parvint Jusqu'au chancelier. La dâceptlon de rhabilejournalisle fut de courte durée. Blowitz. My Itemoirt (1903), p. 128 etsulv.

1. l'rince Clovis de Hohenlohe. DenkwUrdiglieilen.i.. Il, p.!30.

lion acceptée daiia la oouliaae. déclara avec un dédain v qu'il fallait rendi'C ft la Turquie une indéarnAmiCe rchtive, « sans anéantir entièreoieot ka rfmiiMn de la guerre ' » . Les Russes boadireul et protestèrent contre ces paroles avec taot dlndigaBliiHi, que l'on renvoya encore la question «ux marchandages des couloirs.

A ce moment, lord Beaconsfîeld usa d'un stratagème de la diplomatie, vieux el toujours sûr. Il feignît la rupture, prépara sa valise, et télégraphia au chef de gare de Cologne afin de coramander un train spécial pour Ostende. Immédiatement avisé, Bismarck se précipita auprès du noble lord : « M. Disraeli, dit-il en regardant son interlocuteur en pleins ^eux, les points posés par vous représenteot-ils vraiment l'ultimalum de l'Angleterre à la Russie. — Ouï, répondit fermement l'Anglais. » La question était tranchée. Et lorsque le secrétaire du tord entra dans le salon, il trouva les deux hommes en conversation sur le mauvais élat des pavés de ta Wiltielmstrasse '. Lord Beacons&eld ne partit ptùnt. Deux jours après, le Congrès alf^pilm' '° gimallfin hiilgm-ft et les 'Russes cédaient: sans mil dmit^», Riamaiv.lj; »vait pressé sur eux, persuadé que le départ des Anglais annonçait la ruptitfc des négociations et la guerre entrft » In baleine et l'éléphant ».

Le 22 juin, en effet, lord Salisbury donna lecture des nouvelles propositions anglaises, qui reproduisaient les anciennes diuis leurs grandes lignes. Au nom du gouvernement russe, le comte Schouwaluff déclara tes accepter, avec deux légers amendements ; le prince Gorischakoff n'asùsiait point à la séance, malade, le cœur brisé de cette concession.

Page 1