‹ Bismarck et son tempsChapitre 165 sur 270 · Busch, Tagebuchàlailer, t. III. 3 mai 1SSI · texte numérisé non relu

Busch, Tagebuchàlailer, t. III. 3 mai 1SSI

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dington, qui se continuèrent en août par un échange de notes et permirent, trois ans après, l'expédition de Tunis et !e traita du Bardo'.

Cependant te comitéde rédaction avait terminé son œuvre et M. Desprez buriné le texte du traité. Le 13 juillet i$78, les plénipotentiaires se réunirent une dernière fois dans la grande salle du palais Radziwilt pour signer et sceller l'acte sorti de leurs délibérations. Le comte Andrassy exprima à Son Altesse Sérénissime le prince de Bismarck la plus chaleureuse gratitude de la haute Assemblée, et le chancelier allemand répondit par quelques paroles volontairement banales sur «: l'esprit de conciliation et la bienveillance mutuelle » des plénipotentiaires. Puis tous se séparèrent en échangeant des congratulations et des photographies.

Dans ce partage de l'Empire ottoman, toutes les puissances, sauf deux, avaient obtenu quelque morceau, et même tes neutres obl«naientChypre, la Tunisie, la Bosnie et l'Herzégovine. Presque seule l'Allemagne n'en tirait aucun avantage matériel : merveilleuse habileté de Bismarck, car quel dép^t de charbon ou quelle ile eût valu pour l'Allemagne ta situation qu'elle avait alors? La Russie était en échec ; l'Autriche, entrée dans l'orbite de 1' .Allemagne, était repoussée vers l'Orient ; la France était engagée dans de nouvelles voies où elle devait trouver de nouvelles gloires ; rilalie, mécontente de son « schicm >i était prête à une alliance qui lui offrirait compensations ; la suprématie de l'Anglelcrre était contestée à Gonstantinople et ne devait plus gêner l'influence que l'Allemagne voulait exercer en Orient. Dans le compte général des profita et pertes, le chancelier gagnait sans risque. Et son existence

1. p. H. X. iDEslournellcs de Conslanl.) La puliliqae franfaise en Tuniïi«, le prolecloral et se) origines, p. 78 el suh'. l'opiers posthumes de Jules Ferry, dans le Matin du ïi avril 1903.

de combats et de conflits dtail couronnée par une grande scène de paix '.

Le Congrès de Berlin avait marqué un changement de t' Allemagne dans ses relations avec les deux Empires, ses voisins et amis : elle s'était rapprochée de l'un, éloignée de l'autre.

Bismarck tirait le naturel bénéfice de la sage modération qu'il avait si difficilement imposée en 1866 & son roi et aux généraux prussiens ^ Habilement épargnée après Sadowa, FAutricbe avait résisté aux invites de la France en 1870, et cédé aux séductions de l'Allemagne en 1872. L'acquisition de la Bosnie et de l'Herzégovine t'avait définitivement réconciliée avec son vainqueur ", en recouvrant à jamais la vieille plaie de la défaite par le baume d'une conquête sans péril. La fraternité du sang et d'un passé commun avait réuni de nouveau les deux peuples dans la communauté des intérêts ; Bismarck était populaire à Vienne pi:e8que autant qu'è Berlin. Désormais il peut compter sur l'Autriche comme sur une alliée inséparable, et l'union avec l'Autriche sera jusqu'à sa propre 'chute la pensée dirigeante de sa politique étrangère*.

1. Ce sont tes cooclusioiiB de la belle élude de M, de Moiiy. Le Congrès de Berlin, lac. cit.. p. 89.

î. Bar la sttuation politique de l'Allemagne après le congres de Berlin voirie discours de Bismarck au Hcichslag, 6 février 188K. Deulschland und Ruisland aeit dem Berliner Congresi. dans \c Bismarck Jahrbuch, l. I, p. 1Ï3 et suiv. Bismarck und RusaUtnd. EitihtiUungen ùber die Betiehungen Deutschamla und Russland von ISjfl bis keute. Berlin. 1887, ouvrage anonyme dû a Robolsky.

il. Hîttoacbt. £r jnnerun^ïn an Bitmarek. StueFalge, p. tO.

4. Prince Clovis de llohenlohe. DenkwUrdigkeileit, t. Il, p. 4S7 et suiv. Cr. H. J. Zur Geichickte dêê deulech-œalfrreichischen Bûadnistte.

L'amitié avec la Russie s'était tout au contraire refroidie au Congrès de Berlin. Bismarck, caractère de passion et de rancune, n'avait point pardonné au cabinet de Pétersbourg son geste de 1875 en faveur de la France : ses propos, seslettres, ses Mémoires' ne tarissent pas en récriminations contre les diplomates slaves et en particulier contre GortschakotT. C'est peut-être le premier signe de sénilité de ce puissant esprit. Cependant les hommes d'Etat, de Russie n'avaient point abandonné la traditionnelle entente avec la Prusse, el, à la veille même du Congrès, le comte Schouwaloff proposait au chancelier allemand la conclusion d'une alliance ofTensive et défensive entre leurs deux pays. Mais, au Congrès de BerUn, les plénipotentiaires russes avaient été froissés de la conduite du chancelier allemand h leur égard, de sa nervosité qui inquiétait même ses collaborateurs, et de sa politique hostile à leurs propres intérêts. Bismarck s'est représenté dix années plus tard comme ayant joué en 1878 « le rôle d'un quatrième plénipotentiaire russe' w; les délégués de Pétersbourg ne pensaient point ainsi et murmuraient la fable de certain ours et d'un pavé. L'œuvre de San-Slefano avait élé fort atteinte à Berlin, les diplomates russes ne dissimulaient point leur mécontentement et faisaient remonter au président du Congrès la responsabilité de leur mécompte.

En Russie, l'opinion publique n'était pas moins irritée contre l'ingrat voisin . La Prusse avait profité,et laidement, delà neutralité russe en 1864, en 1866, en 1870-71 ; la Russie n'avait obtenu en contre-partie que le modeste appoint du traité de Londres ; et, à l'heure de payer généreusement sa dette de reconnaissance, la cour de Berlin s'était déi-obée, — telle était

t. l'rincc de Bismarck. Ftniées el Souvenirs, (. Il, p. Îi6, 270, etc. Millnaclil, loc, cil-, p. 11.

j. Bismarck au Rrichsiag. 6 fËvrier 1S88. Discours, 1. XV, p. 108.

Digtizec.yGOOJ^Ic

la pensée russe, — et avait accordé toutes ses faveurs aux adversaires de Fétersbourg, Une guerre de neuf mois avait mené les soldats du tzar aux portes mêmes de Constantinople : un traité avantageux avait réduit à merci le Turc mécréant. Cette guerre sainte avait été rendue vaine et cet heureux traité déchiré par des diplomates présidés, conduits par celui-lft même qui aurait dû appuyer jusqu'au succès les prétentions de la Russie. Le comte Scbouwaloff, qui avait dirigé la politique de la Russie au Congrès de Berlin, tomba en disgrâce. L'armée russe hâta le renouvellement de ses efîecUfs et de son armement. Et la déception s'exhala jusque dans tesjournaux de Fétersbourg, qui n'écrivaient rien sans permission ou tolérance voulue.

Désormais, la confiance de la Russie se détourne de l'Allemagne ; les diplomates de Pélersbourg cherchent de nouvelles alliances ; l'Autriche ne leur convient plus, cor elle pousse ses ambitions vers ta péninsule des Balkans; l'Angleterre est l'adversaire naturel en Orient ; avec la France, au contraire, nul conflit n'est à craindre et déjà on murmurait dans les chancelleries que le cabinet de Fétersbourg avait fait au quai d'Orsay de nettes propositions d'alliance.

Bismarck en futinquiet, car ilredoutaitfortun rapprochement de la France et de la Russie qui prit l'Allemagne comme dans un élau. Volontiers, il eût continué l'alliance des trois empereurs, quitte à insister plus vivement sur l'union avec l'Autriche. Mais il était mis par les circonstances en demeure de choisir entre ses deux voisins : depuis un an son choix était fixé sur l'Autriche '. Cette décision imposée l'irrita et il manda auprès de lui son fidèle Busch, — le Buschleinde la campagne de France, — pour le charger de commencer dans

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