‹ Bismarck et son tempsChapitre 167 sur 270 · I[. Kohi. Bismarck Reseiien, t. li, p. ISâetsuiv · texte numérisé non relu

I[. Kohi. Bismarck Reseiien, t. li, p. ISâetsuiv

LK CONOÉS DH BKRLIM iSI

d'assurance, d'entente définitive entre les deux souverains, de telle façon qu'une attaque dirigée eontre l'un des deux Empires fût repoussée par les deux forces CMnbinëes* ». Ils convin» rent de préparer ctiacun son projet de traité, puis de seretrouver à Vienne pour rapprocher leurs deux textes, et rédiger l'acte définitif. Andrassy quitta son puissant ami pour exposer ces négociations à son souverain et solliciter le consentement de celui-ci au nouveau traité. Bismarck se disposait à demander au vieil empereur un pareil acquiescement, lorsque soudain un coup de théâtre se produisit. Le 29 aoAl, Guil- •laume télégraphia à son chancelier a c|ue le voyage è Vienne était impossible actuellement, même si Varsovie terminait favorablement ' ». C'était un brusque retour A l'amitié russe. Quelques didicultés s'étaient élevées entre la Russie et l'Autriche au sujet de la frontière bosniaque. Une commisàon internationale fonctionnait à Novi-Bazar pour la délimiter, et le délégué allemand s'y rallia presque constamment aux propositions autrichiennes. Le tzar y vit un parti pris de malvoilloncc à l'égard de son gouvernement, et s'en plaignit }>crsonnellement à son oncle, l'empereur Guillaume, dans une lettre de termes amers. « Est-il digne d'un véritable hwnme d'Etat, écrivait-il, en faisant allusion à la rivalité de Bismarck et Gortschakoff, — de faire titrer en balance une brouille personnelle, quand il s'agit de l'intérêt de deux grands Etats faits pour vivre en tMmnc intelligence, et dont l'un a rendu A l'autre, en 1870, un service que, d'après vos propres expressions, vous diwez n'oublier jamais * ».

I. Andrassj ABiamarck, 1« seplembre 1379, Cette lettre a 6ti comnuni- (]nto psr te cbsBCttlMT aDemaDd (• finsch qui l'a publiée, loe. cit.

■i. L'empereur Guillaume su secri'taire d'Elal de Balow, Î9 aotltlSTS. Ahi gitmarcà* Briefwechtel. p. SU.

3. Le tair Alexandre II a l'empereur Guîllaiime, 3,15 août 18TS. Pnbli* pur H. Kohi. Wegivtiser darek Bamaixks n Oedanktn iind Srin/ivrim-

Et le ton du document était tel qu'on y pouvait lire sans erreur une menace de rupture '. Très ennuyé de cet incident autant de famille que de politique, le vieil empereur résolut d'envoyer le maréchal de ManteufTel auprès du tzar, à Alexandrowo, pour y préparer une entrevue personnelle des deux souverains et parents; cette démarche n'était point faite à l'insu de Bismarck *, mais ne pouvait susciter son enthousiasme. L'habile MauteuCTel prépara les voies, et, le 3 septembre 1879, Guillaume arrivait à Alexandrowo.

L'entretien y fut cordial et les explications fort longues '- Après quelques récriminations réciproques, le tzar regretta, les termes un peu vifs de sa lettre, l'empereur afiirma l'innocence de son gouvernement, el les deux monarques se séparèrent après les protestations de la plus affectueuse solidarité.

Cet incident, fort désagréable à Bismarck, l'avait confirmé dans se pensée que l'alliance avec l'Autriche était nécessaire h sa politique, et il avait communiqué au comte Andrassy le texte de la lettre du tzar, dont l'empereur Guillaume lui avait envoyé copie. Mais l'entrevue d'Alexandrowo rendait difficile le nouveau projet d'entente austro-allemande. « Cette

gtnt, p. 168 et Buiv. Traduit in pxtcnso par Audler. Le Prince de Bismarck, p. 383 el suiv.

1. Les tamiliers cte Bisnierck ont ajoulé que deux lettres avaieot suivi, loTijours croissantes d'irritation, et tous les biographes de Bismarck ont accepté cette version desiroia lellres. lisenible résulter des lermesineines du mémoire de l'empereur Guillaume (in/V'û n. 3) qu'une seule lellre autographe a é\é écrite par le (zar, el le prince de Bismarck, Peniiêi el Souvenirs, t. 11. p. £99, ne parle enelTet que d'une lettre.

2. C'est une erreur de Blum, Biamarck und seine Zeil, I. V, p. !8e, d'aOirnier que Bismarck ignora ce voyage de MantcuiTel. L'empereur en avisa son chancelier par lélëgrammc du Î9 août J8T9. Aus Bismarcks Britfviec/tsel, p. S£1.

3. L'empereur Guillaume à Bismarck, 10 suplembre 1679. Important document communique par Bismarck â Busch etpubhé par celui-ci au tome III de ses Tageliuchblaller.

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démarche me déplut », déclare sans ambages te prince 6e Bismarék, car le vieil empereur, ramené ft l'amitié russe, ne pouvait qu'être hostile ô une alliance austro-allemande dirigée contre l'Empire des Tzars. « Ma conscience s'y oppose » écrivait-il à son ministre. Pendant trois semaines, les lettres et les télégrammes se croisèrent entre le souverain et son chancelier; Bismarck avait adressé à son maître un rapport de soixante pages « pour y discuter toutes les éventualités possibles ' » ; l'empereur >- répondit par un long mémoire où il exposa l'entrevue d'Alexandrowo et les avantages de l'alliance russe; Bismarck réphqua par des assurances pacifiques, le traité avec l'Autriche n'aurait rien d'agressif à l'égard de la Russie; Guillaume objecta les conventions antérieures avec ie cabinet de Pétersbourg. Et Bismarck était si peu certain du succès, qu'il faisait appel à tous ses appoints : il mandait à Gastein M. de Mittnacht, président du Conseil wurtembergeois, le prince Glovis de Hohenhohe, Ulysse de la diplomatie, qu'il envoyait auprès de l'empereur Guillaume pour le rallier à la bonne opinion '. Et déjà il parlait de sa démission^, tandis que l'empereur menaçait de son abdication *.

Le plus précieux secours vint à Bismarck dans l'appui du prince héritier. Frédéric-Guillaume était favorable à l'aUiance autrichienne, qu'il avait déjà entrevue en 1866 lorsqu'il avait approuvé Bismarck dans sa politique de ménagement. Il parvint à ramener son père au projet du chancelier*, et, le 20 septembre, Bismarck annonçait à Andrassy qu'« il avait

i. Bismarck A AniJrassy.3 septembre IH79,

!. L'empereur Guillaume k Bismarck. ISscptpmbre 1879.

3. Piince Cloïis de Hohenlohe. Denkwûrdigkeilen, I. Il, p. 27*.

i. Hi(tnactit.£rinrwrun^«7ian Bismarck. Neue Folge. p. 17.

S. Phitippson, Daa Lebtn Kaiser Friedriclia II!, p. 335.

.,Googlf

reçu tleson gracieux Maître pouvoir de conclure une alliance défensive entre l'Autriche-Hoogrie fit l'empire allemand, sans conditions, avec ou sans limite de durée' ». Le chancelier allemand quittait de suite Gastein et se rendait à Vienne. H y tîonférail longuement avec l'empereur François-Joseph et le comte Andrassj', mais sans pouvoir encore signer l'acte d^inilif : car l'empereur avait de nouveaux scrupules ci craignait que l^smarck ne rèvâl une coalition de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Angleterre et... delà France conli'ela Russie*.

De retour à BerUn, Bismarck s'assura de l'assentiment de ses collègues; tous étaient favorables au projet de traité; le refus de l'empereur eùl amené leur retraite unanime. Le 29 septembre, le chancelier résolut d'envoyer auprès de son Lô Baden-Baden, le comte Stolberg, pour poser l'ultimatumck^^tiaiice. L'empereur résistait encore. «Je ne puis pas commettre un "pSr-silsafiLe de déloyauté », écrivnit-il le 2 octobre ^. Mais sou fils était aussi venu A Baden, et emporta sa décision. 11 céda, en maugréant, « très eniiuyé, répétant sanscesse qu'il s'élait déshonoré en prenant celte dAçision^ ». Bismarck sauta avec rapidité sur ce consentement maussade, pour mettre son monarque en présence d'un acte irrépoiçble. Le 7 octobre IS'ïfi, le comte Aiidrassy et le prince de ft^ss signaient ô Vienne le traité d'alliance \

« Se promettant solennellement de ne jamtùs donner une tcn-

1. Bismarck â Andrassy. 20 septembre 1879. Aiu Biamarek» Briefuitchfel. p. 528.

!. ['rjiicc Clovis de ilolienlohc. DenkmSiiIigkeilen, ii septembre 1879. t. II. 1). 277.

3. L'empereur GuillaiiniG à Itiamarck, i octobrel879. Dans les docUmenls publiés umnmi- lil îles Tagebue/tlilalUr àe Busch.

*. i.e [iriiite FrÈdtriu-GuiHaume & Bismai —

'■>. Les journaux onicieux du Berlin el du tt)8S le texte de « IraiiÉ qui est Iraduitau

LE CO?<GRfCS DE B1':RLIN tSS

dance agressive ft leur accord purement défensif », — y élaitil écrit dans le préambule, — les deux empereurs concluaient « une alliance de paix et de défense réciproque ». Si l'un d'eux était attaqué parla Russie, l'autre serait tenu de venir à son secours « avec la totalité de ses forces militaires ». Si l'un d'eux était attaqué par toute autre puissance que la Russie, son allié observerait à son égard « tout au moins, une neutralité bienveillante », qui se changerait en action directe si la Russie intervenait dans la guerre. Le traité devait être tenu secret, mais si, malgré les promesses faites à Alexandrowo, les armements de la Russie devenaient menaçants pour l'un des alliés, le tzar serait avisé que o toute attaque dirigée contre l'un serait considéri^e comme dirigée contre les deux ».

Ainsi fut signé l'acte qui marquait une évolution complète de la politique allemande. On n'en peut douter, ce fut une faute de' Bismarck, et qui profita à la Franco. Le chancelier impérial abandonnait une alliance qui remontait & plus de soixante ans, que lui-mêmo avait étroitement serrée dès son arrivée au pouvoir, qui lui avait été favorable A souhait en des moments difficiles de sa vie politique. Le nouveau traité était fructueux à l'Autriche, qui se heurtait à la Russie dans la péninsule dos Balkans'. Mais il dénouait, et à jamais, l'alliance des trois empereurs ; la Russie était amenée ix chercher une nouvelle amitié et elle ne pouvait la trouver qu"à Paris. Ainsi était rendue dès lors nécessaire el inévitable l'alliance franco-russe ; Bismarck tenta d'y opposer en 1884 le traité de « réassurance » avec la Russie, trop faible lien pour empêcher un rapprochement infaillible. Il chercha i> y remédier par la Triplice, l'alliance de l'AIlemagpne, do

^ Digtizec.yGOOgle

l'Autriche et de l'Itatie, combinaison artiRcielle et qui n'est que pour un temps. Le tzar Alexandre II avait dit juste : pour la première fois dans la brillante carrière de Bismarck, la passion personnelle était intervenue dans son action poli- Uque.

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