Bismarck au Reichsiag, 5 mai
S. Bismarck fi la Chambre des (Ji'piilês pnisstens. I& janvier I8TS.
POLITIQUE U'AFFAIRËS 459
great old man était dans sa bouche dédaigneuse le« professeur » Gladstone. Car toute abstraction lui était élrangère ou hostile ; son école, c'était la vie et non la lecture des livres ou des actes ' ; il était changeant comme l'cjïistenee même et, jusque dans sa vieillesse il modifia ses opinions au gré des événements. «J'aichangé de système économique, confessait-il avec une joyeuse franchise. 11 n'y avait pas moyen que je ne changeasse pas. Mais j'ai été fidèle à ceci : l'unitication de l'Allemagne sous l'ht-gémonie de la Prusse. Tout le reste
Jusqu'aux premières années de l'Empire, il avait été un vigoureux partisan du libre-échange et des impôts directs. 11 était d'une génération élevée h l'école de Manchester, et il admirait l'organisation financière qui avait permis le relèvement de la Prusse. La Constitution de 1871 avait créé deux sortes de recettes d'Empire, les unes provenant des douanes, impôts de consommation, postes et télégraphes, les autres nées « des quotes-parts des États fédéraux particuliers proportionnées à leur population ». (Article 70.) Dans le régime de hbre-èchange et d'impôts dircctsalors en cours, les quotesparts devaient Être les ressources principales de l'Empire.
Les débuts de la nouvelle Allemagne furent une période de splcndide développement. Les victoires de 1870-1871 ouvrirent uncèresnns exemple de prt^rès industriel et commercial^. Les miUiards français apportaient en Allemagne un (lot d'ai^ent qui paraissait inépuisable. L'Etat multipliait les
1. SclUBoller. Ktei- Brie/'e ilber Birmareki loeiaipoiUuche umd eotktwirUchaftliche SlMting. dans le recueil Schmoller, Leni et Uareks. Zu Bimarek* GedOcIttniia. p. It el suiv.
S. Busch, Tagebuchblatter, t. III,Ï3 février IST9.
3. G. Blondcl. L'tssor économique de rAllemagne,î' Édition (1899), p. 10. PoiBSOQ. La politique douanière de l'Empire allemand. I. Annales rfe.s Sciences politique*, mai 1903.
commandeç, les usines se développaient ou se créaient partout, le commerce intérieur cl extérieur s'accroissait chaque jour, les finances publiques étaient excellentes. Mais à ces années grasses succédèrent les années de disette. En 1874, une crise grave sëvit dans l'industrie du fer, née de la surproduction et de l'envahissement du marché anglais ; le malaise s'étendit à d'autres industries, aux banques, au commerce général ; même l'agriculture fut en gène, concurrencée par les importations de Russie ; les plaintes furent générales ; les finances de l'État s'en ressentirent.
Les ministres de l'économie nationale, Itzenplitz, DelbrQck, demeuraient fidèles au régime du libre-échange, mais Bismarck les abandonna. Il ne le fit pojnt par conversion dogmatique', mais par esprit de pratique et expérience de choses vues. Hors d'Allemagne, il voyait la résurrection merveilleuse delà France, écrasée dans une guerre désastreuse, en proie aux dissensions intestines, et se relevant de vive manière par une politique protectionniste ; il voyait les États qui avoisinaient l'Empire allemand, la Russie, l'Autriche, la France, adopter des droits protecteurs, et « fermer leurs portes alors que l'Empire allemand devenait le dépôt de toutes les surproductions de l'étranger' » . En Allemagne, il voyait le cultivateur écrasé de charges, incapable de lutter contre les importations de Russie ou d'Autriche, « produisant plus de grains qu'on n'en consomme et fort en peine de l'écouler' », Gcntil-
1. M. Andier, Le prince de Bismarck, p. S)8, estime que le chancelier fut amené à sa conversion économique par la lecture des économistes. Liai, Wagner, dans ses soirées solitaires de Varzin. Mais le proresseur Schmoller. qui fut en relations personneilesavec Bismarck, a fort justement . noté qne le ministre ■ ne voyait dans les théories que des abstractions sans valeur el des conceptions erronées; l'expérience pratique lui était tout ï. Zu Bismarcks Gedàchtniss. p. là et suiv.
S. Bismarck au Rcithsiag. 2 mal 1879.