Bismarck au ReiclisUg, 31 mai 1B
l'OLlTIQUE DAPFAIHES 461
homme campagnard, cultivant lui-même ses domaines de Varzin et de Friedrichsruh, il éprouvait en personne les peines du propriétaire qui ne parvient pointa vendre se9 produits' ; à Varzin, il luttait avec difficulté contre l'importation des bois russes, flottés sur la Vislule ou le Niémen, et à Friedrichsruh il mangeait du pain russe'. Or pour lui, comme pour Sully, a labourage et pastourage » étaient les deux mamelles dupays ; « la terre, c'est le peuple, disait-il, un {«ys sans paysans est comme le roi Jean sans Terre' ». Et la ruine de la culture, c'était la faillite de l'Empire même.
D'ailleurs les classes bourgeoises et ouvrières n'étaient pas mieux partagées et les taxes directes, l'impôt des classes, pesaient lourdement sur les petits contribuables ; le cinquième des citoyens imposés ne pouvaient payer leurs contributions et encouraient les rigueurs du fisc * ; soupesant les injustices et les duretés de ce régime, Bismarck, ancien partisan des taxes directes, se convertissait lentement mais forlement au système des impôts indirects.
Il y voyait un autre avantage, la prospérité des fmances impériales ; les quotes-parts de la constitution de 187i avaient soulevé de vives protestations, car elles se répartissaient d'une manière mathématique et brutale, chargeant d'un poids égal les puissants commerçants des ports et les petits cultivateurs saxons, « Trente ou cent mille habitants de Thuringe ou de VValdeck ne peuvent payer autant que trente ou cent mille habitants de Brème ou de Hambourg »,
t. Brodnilz. Biintarcla nationaiakonomUeht Aiuchauungen, p. 39 et suiv. Ch. Benoisl. Le prince de Bitmarck, p. 4t7.
i. Bismarck au Reichslag, S7 mat 1S79.
3. Conversation de Bismarck, 16 aofll 1890. PuEchinKer, Neue X'*chgeaprdche und Irtlervievia, p. 353.
t. Bismarck au Reichstag, lî el li juin 1883.
déclarait avec force le chancelier'. Les taxes indirectes, les douanes ou les monopoles, lui semblaient rétablir au ccHitraire une juste répartition, et elles apporltiient en même temps de nouvelles ressources à l'Empire. Or, en se développant, le jeune Empire avait de nouveaux besoins, il agrandissait sans cesse son champ d'action ; le flot des milliards français avait passé, enlisé dans des travaux publics, des préparatifs de combat ou de défense, le Trésor de guerre; et le budget allemand s'enflait chaque année. Les finances des petits États donnaient des signes certains de détresse : les quotes-parts par euK verscesà l'Empire étaient si lourdes, qu'on ne pouvait encore les surcharger ; les ministres des rois et princes, réunis à Heidelbcrg dans le courant de l'été de 1878, reconnaissaicut la nécessilédc demander davantage aux impôts indirects^
Celte augmentation des douanes et impôts de consommation offrirait au budget de l'Empire les ressources nécessaires ; bien mieux, elle pourrait dépasser les besoins de l'Empire, et les excédents seraient reversés aux États confédérés, conformément à la Cliarte de 1871, pour leur permettre d'alléger leurs impôts directs. Cette considération frappait vivement Bismarck. « Je suis l'adversaire des impôts direcls, l'ami des impôts indirects, disait-il en 1878, mon idéal, c'est, non pas un Empire qui doit quêter ses contributions matriculaires à la porte des Etats particuliers, mais bien un Empire qui, tenant sous clef la principale source des bonnes finances, c'esl-à-diro les impôts indirects, soit par \à en situation de donner en retour aux Eltats pfu-ticuliers '. »