Biiunarck au ReidisUg. tS novembre l&Sl
c'est le début de sa nouvelle politique financière '. Il s'y lant^a vivement, en homme de combat.
Mais la lutte était dirficile, car il y trouvait pour adversaires ses alliés du jour, et pour partisans ses adversaires. Cela n'était point pour rebuter ce grand ami des paradoxes. Ses collaborateurs financiers, Delbrflck, Caraphausen, Achenbach, demeuraient fidèles à l'école de Manchester ; successivement, ils quittèrent le pouvoir. Ses alliés dans le Kulturkampf, gensdu naf io/ia^-/ièera/el progressistes, représenlaiwit les grandes villes, l'industrie, le commerce, ils étaient naturellement opposés aux monopoles d'État et aux droits prohibitifs, partisans de la liberté en économie sociale comme en politique; il les abandonna; au commencement de 1878, lorsqu'il fut, et très sérieusement, question de l'entrée de Bennigsen aux affaires, les pourparlers échouèrent parce que le leader libéral refusait de participer au monopole du tabac. La rupture avec le parti national-libéral après le rejet de la loi contre les socialistes et la dissolution de juin 1878, ramena définitivement Bismarck à ses amis de la droite.
Les conservateurs et les députés du centre représentaient l'agriculture allemande. Pour combattre l'importation croissante des bestiaux et céréales, ils étaient favorables au système proteclionniste; d'ailleurs ils acceptaient les monopoles d'Etat; à ce double point de vue, ils étaient les partisans naturels de Bismarck dans sa nouvelle politique fiscale; le chanceUcr ne manqua point de les y rallier. Par les mesures contre les socialistes, il rassura les conservateurs; par les adoucissements successifs aux lois de mai, il apaisa les membres du centre. Jadis, à ses débuts, il avait dit que la politique est comme une chasse au marais, où le chasseur avance dès
I. Brodnitz, Bismarci nalioiialukonomische -ItKckauungen, p. 32 el suiv.
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qu'il a trouvé une butte solide pour poaer son pied. II prit désonsais son appui sur la droite et le centre.
Le combat s'engagea, sur une première escarmouche, au coniniQncement de 1878. Le budget de l'Empire exigeait de nouveaux subsides ; sur l'invitation du chancelier, Camphausen, encore ministre des Finances prussiennes, rédigea trois projets de lois, préparant de nouvelles ressources au budget allemand par un imp6t sur les cartes à jouer, une taxe sur les valeurs de Bourse et les loteries, une élévation des droits sur le tabac ' ; ce dernier projet devait naturellement soulever quelque tempête, car nul n'ignore la faveur de la « fée Nicotine a en Allemagne. Camphausen, qui défendit le projet au Reichstag comme délégué du conseil fédéral, éleva par avance certaines objections à la création possible du monopole sur le tabac. Bismarck lui succéda à la tribune, et, sans craindre de découvrir son collaborateur, vivement, crânement, il lança sa proclamation de foi monopoliste. « Je crois, dit-il, qu'il n'est pas inutile de déclarer ouvertement que le but où je tends c'est le monopole, et que j'admets le projet actuel comme mesure de transition. En quoi consiste donc le côté séduisant du monopole ? En ce que, après avoir indemnisé (tes gens qu'il dépossède), le lise peut se trouver en possession des avantages que le marchand et le fabricant de tabac retirent de leur clientèle, avantages qui sont actuellement aussi grands peut-être qu'en aucune autre branche, parce que décider du goAt en fait de tabac est chose assez arbitraire... Le monopote est donc le but auquel je tends *. »
Il n'était pas difficile de relever la contradiction des deux ministres, et nul n'y manqua. Aussi, malgré une réconcilîa-
I. Poachlnger. Fertl Bitmarck ait Volisœirlh, 1. I, p, 104. î. Biemarck au Rcirtislag, a février 1S78.
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lion ft la Iribunc qui mit des larmes aux paupières de Camphausen ', le ministre des Finances se retira et Bismarch- prit en M. Hobrecht un collaborateur plus souple, moins théoricien, el d'ailburs épbémère^. Le Reîehsttig n'admit point la plus forte imposition du labac.
La bataille reprit Tannée suivante; mais Bismarok la prépara soigneusement h l'avance. Auk mois do novembre et de décembre 4878, il adressait au Conseil fédéral deux longuc» léllres où il exposait tout son nouveau système économique*. « Co qui vient pour moi en première li^o, y était-il écrit, c'est l'intérêt de la réforme financière ; diminution de la chaîne des impôts directs au moyen de l'augmentation des recettes de l'Empire qui reposent sur des contributions indirectes... Dans la plus grande partie de l'Allemagne, les impôts directs ont atteint une hauteur qui surchai^e le oontribuablo,.., qui niine la situation économique des classes moyennes. L'augmentation des recettes indirectes permettra d'alléger ces impôts trop lourds. L'élévation des droits de douane est d'aîlleure exigée par la situation de l'Allemagne. Tant que la plupart des pays auxquels nous avons à faire pour notre trafic, s'entourent de barrières de douanes, et que leur tendance A surélever ces barrières se manifeste davantage, il me paratl justifié et commandé par l'intérêt économique de la nation de ne pas nous laisser arrêter dans nos projets Onanoiers. » A sa demande, le Bundesrath décida la création d'une commission pour la revision du tarif douanier, qui travailla dans le secret, tout imbue d'esprit protectionniste.
Dans la solitude de Friedrichsruh^ où il passa thiismois
1, Blum. Fam Bismarck imd seine Zeit, l. V, p. 371 .
i. M. llobrechl. premier bourgmeslre de Berlin, qui apparrenail au parti national-libéral, se relira en 1879.
3. Ces iellres, dos lï novembre et 15 dôrembre 1878, sonltrarihilesau tome Vin des Discours de Bismarck {M. 9oV^, p^ 17* et sutv.
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d'itivor, Bismarck mit au point ses desseins. A la rentrée du Reichstag, lé 12 février 1879, le discours du Trôno- annonçait le prochain dépdt de projets de lois chargées de" créer de nouvelles r'ossources pour l'Empire, de supprimer les impôts tes plus onéreux, et' de proléger l'activité économique du pays. Peu de jours après, à propos dU' nouveau traité de commerce avec l'Autriche, le chancelier exposait à grands traits sa politique financière et it terminait par ces mots : <( Je prévois que sur ces questions de grands combats, des luttes de fond, vont être engagées. Geia est inévitable; Le combat nous occupera pendant des années, mais j'espère' qu'il nous mènera au salut, au bonheur, à la prospérité de notre pays '. » Bientôt, d'ailleurs, la commission des douanes avait terminé ses travaux, le Conseil fédéral adopta son projet de tarif « sans discussion sérieuse" », et h gouvernement impérial le déposa a» Reichstag en avril.
La future loi était destinée autant à créer de nouvellesressources à l'Empire qu'à proléger l'agriculture et l'industrie nationales. De là, deuK ordres de dispositions qui reçurent un accueil différent ', Bien que combattus par quelques chambres de commerce et les municipalités des grandes villes, les droits protecteurs avaient l'approbation de la majorité des agriculteurs et des industriels, et devaient rencontrer l'appui des conservateurs, du centre et môme de quelques progressistes (Bennigsen) ; les droits fiscaux soulevaient les susceptibilités particularistes du centre : il était d craindre que cet important parti s'unît aux progressistes et aux libéraux pur rejeter Tensemblo du projet ; il fallait
1. Bismarck au Reichatag. 23 février 1879. ï. l>role8talion du grand-duohè d'Oldenbourj;.
3. Poisson, /.a pMtique douanière ttt l'Bmpire allemand, Tl. Annales des Scienct^g poliliqueG du IS julllel I9U3.
donc n^ocier, transiger, user de compromis, toutes choses où Bismarck excellait.
Le 2 mai 1879, le chancelier ouvrît la discussion générale par un grand discours, un des plus importants de sa carrière oratoire. Il s'y posa en homme d'affaires, préoccupé uniquement des besoins du jour et, non des théories spéculatives. <f Notre chirui^e', dil-il, a Tait depuis deux cents ans de brillants progrès, la science médicale n'en a fait aucun par rapport à l'organisme intérieur du corps humain, où l'œil humain ne peut pénétrer. 11 en est de même pour la formation oi^oique des États. Les doctrines abstraites de la science me laissent à cet égard complètement froid ; je juge d'après les expériences dont noua avons été témoins. Je vois que les pays qui se protègent, prospèrent ; je vois qae les pays qui sont ouverts, rétrogradent. » Et il demanda au Reichstag d'abandonner le libre-échange, « noble idéal bien digne de l'honorable songerie allemande », pour la protection, seule capable de défendre les intérêts nationaux. Après six jours de débat, la Chambre renvoya devant une commis^on les droits fiscaux (tabac, alcool) et certains droits protecteurs (coton); elle accepta de discuter immédiatement la plupart des droits de douanes (bois, grains, fer, etc..,) qui furent votés dans le courant de mai après de nouveaux discours de Bismarck.
Pendant deux mois, la commission du Reichstag délibéra sur les droits fiscaux, et il apparut que le centre était maître de la situation. Le chancelier le rallia par voie de concessions, autant financières que poUtiques ' : on convint
t. Le détail Je ces discussions et des intervenlians de Bîsmarcii daoB Poschinger. Fûral Bitmarck ob Volikwirlli, t. I, p. SBT el suJv. Diicourt de Bismarck (éd. Boll). t. Vlll. Poisson. La politique douanière de l'Allemagne,
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que le produit àe TimpAt du tabac ei des droits de douane serait reversé cliaque année par l'Empire aux Éfats pour tout ce qui dépasserait 130 millions de marcks; le ministre des Cultes, M. Falkj directeur du Kulturkampf, fut sacrifié ', suivi dans sa retraite par ses collèges des finances et de l'agriculture, MM. Hobrecht et Friedenthal, du parti libéral. Et, le 12 juillet 1879, le Reictistag vota le nouveau tarif douanier à une majorité de cent voix, « Permettez-moi de vous en remercier, dit Bismarck pour conclure, et d'espérer que les divergences d'opinion qui se sont produites dans ces discussions ne seront pas durables, que les tâches qui nous attendent dans l'avenir, vraisemblablement à l'entrée de l'année prochaine, nous trouvent prêts à nous metti-e à l'œuvre commune avec des forces unies et dans un esprit de concorde. »
Ces débals, ces votes eurent un double résultat. Us marquèrent, d'une part, la rupture définitive de Bismarck avec le parti nation at-libérat, sa réconciliation avec les conservateurs, ses arrangements avec le centre. Les gens de droite, déjà ralliés au chancelier par ses combats contre les socialistes, l'avaient sans cesse appuyé dans sa politique de protection économique. Les libéraux s'étaient scindés, et peu après se divisèrent en deux groupes ; les uns, — les fidèles en la foi libertaire, — s'unirent aux progressistes pour former avec les démocrates et les représentants des nationalités rebelles l'opposition intransigeante ; les autres se constituèrent en un nouveau parti, le Reichspartei, tout dévoué à Bismarck, Le centre avait pour la première fois « pris une part positive dans la législation de l'Empire ' » ; mais, avec