‹ Bismarck et son tempsChapitre 18 sur 270 · M. de Beust âii baron de Mimch ù Berlin, 6 juillet · texte numérisé non relu

M. de Beust âii baron de Mimch ù Berlin, 6 juillet

*. M. de Beust au prince de Metternich, 11 juillet 1870, cl lea documents ci lés par Beusl, Mémoii-es t. Il, p. 311 etsuiv,

5. Le général Picury au duc de Graniont, les T, 9 et H juillet 18

6. M. Mercier de Lostendc au duc de Graniont, 7 juillel 1870.

iS BISMARCK

de l'affaire d'uoe manière convenable'. » La diplomalie n'a point d'autre raison d'être que de trouver ces « manières convenables », mais M. de Gramont n'avait d'un diplomate que l'habit: il ne sut attendre; le ministère de la Wilhelmstrasse ne voulait point parier, prétextant que la candidature était une affairede famille ; le ministre français résolut de ne^ s'adresser ni au candidat ni6me, ni à son père, mais à son cousin, le roi Guillaume. Ainsi faisait-il toujours davantage de l'affaire Hohenzollern un débat entre la France et la Prusse : il n'était pas possible d'entrer plus complètement dans la politique de Bismarck.

Le 7 juillet 1870, à onze heures quarante-cinq du soir, le duc de Gramont télégraphiait à M. Benedetti à Wildbad, de <t partir pour Ems * ». L'ambassadeur devait obtenir de Guillaume cette c réponse catégorique » : le gouvernement du roi n'approuve pas l'acceplation du prince de Hohenzollern et lui donne l'ordre de revenir sur celte détermination prise sans sa permission. H était interdit à M. Benedetti de voir le prince de Hohenzollern, « l'Empereur ne voulait faire aucune démarche auprès de lui' ». Ce voyage précipité rappelait celui de 1866 ; à ce jour comme alors, M. Benedetti intervenait à la dernière heure dans une affaire mal engagée et perdue par avance; il y mit du soin, de la prudence, de l'habileté; il crul aboutir, mais les ordres de son mint.stre rendaient vains ses efforts et impossible son succès.

1, M. Merci» (le Lostende nu duc de Uramont, 7 Juillet I8T0.

8. It semble résulter des inslruclîoiis données par le duc ù M. Benedetti (|uc celui-ci avait offert lui-nienie ù son ministre de se rendre 6 Ems. .M. Bentdeiti n'a pas reproduit dans son ouvrage laleltre ofi il faisaîtcettc propos ilion ,

3. Le duc du Uramont d M. Bencdelli, T et 9 jiiiilel ISTO. Benedetti, Ma Mixtion en Priiaae, ji. 319 et suiv.

LA CANDIDATURE HOHENZOLLEHN

M. Benedetli parvint à Ems le 8 juillet, en même temps qu'un attaché de cabinet qui apportait les instructions de son chef ; le même jour, l'ambassadeur de la Confédération de l'Allemagne du Nord à Paris, M. de Werther, était arrivé auprès du roi. Guillaume allait ainsi connaître par deux voies difTérentes les intentions du cabinet impérial.

Le roi Guillaume n'avait été qu'un tiède partisan de la candidature HohenzoUcrn, dès son début ; en février 1870, le mémoire deson ministre ne l'avait point séduit; il avaitd'abord engagé son jeune cousin à décliner la couronne d'Espagne, et, s'il avait modifié ensuite son opinion, il ne l'avait fait que sur lea vive» instances de Bismarck et du prince royal; au mois de juin, encore, il n'avait donné son assentiment (t qu'après de longs combats ' «. A ce moment, il croyait à une négocialion lente et prudente, qui permettrait de ménager la France et d'éviter un conflit qu'il ne désirait pas; il ne connaissait pas les manœuvres de Bismarck et ne se doutait pas de ce que déguisait pour l'astucieux ministre la candidature du prince Léopotd *. 11 fut surpris de l'explosion de la bombe espagnole'; M. de Werther l'informa de l'élat d'Ame de Gramont et des ministres; M. de Solms, conseiller d'ambassade à Taris,

I. Wcrthern. General von Vei-ieii, p, 8*. Il semble que Versen ait Wnu ce délai! du prince royal.

i. E. Uarcks. Kaiser Wilhelnt I. p. a9l)-2!JS. Ces) l'opinion gënéralemcnt admise, M. 0. Lorenz, au contraire, n'admet pas que ies affaires aient ëlâ conduites par Bismarcli et soutient que le roi a diriftâ habilement la nAgocialion avec Benedetti pour en Taire sortir la guerre. Kaiier WiUtetm uni die Beyrùndung deê Reicks, p. S61. Mais nous avons déjà d'à que. Boos l'inllaence du ftrand-duc de Bade, M. Lorenï exagère le rôle du roi Guillaume.

3. Le roi Guillaume à la reine, 5 juillet 1870. Oneken, Unwr Ileldeniaiter, p. ISS.

lait jour par jour, presque heure par heure, sur les )ns des journaux, la phraséologie de l'empereur, la ion de In population parisienne'; il traita donc avec calmement etagitauprès des pnncesde Hohenzollem 3 battissent en retraite. Il faut le reconnaître, il ne ii du roi ni de l'ambassadeur français que la quelisât : la guerre vint d'ailleurs, illet, l'entretien s'engagea entre Guillaume et Bene- ! fond même du débat ^; Benedelti lui exposa « l'état créé par la candidature du prince Hohenzollern..., qu'elle avait causée en France,-.., la vive préoccuelte avait suscitée dans d'autres pays, en Angleterre it. — Le roi, ajouta-t-il, peut conjurer toutes ces

Le prince de HohenzeUern ne peut accepter la d'Espagne sans y avoir été autorisé par Sa Majesté;

le détourne d'une pareille entreprise, et les alarmes tt emparées des esprits cessent à l'instant même ». i répondit de façon « dilatoire » : il s'agissait d'une famille, lui-même n'avait donné son consentement à ! cousin que comme chef des Hohenzollern, non li de Prusse, et, s'il ne pouvait user de son autorité ■miner Te prince Léopold à retirer la parole qu'il avait 1 s'abstiendrait de l'en détourner. « Il avait avisé Antoine de l'émotion causée en France » par l'acde son fils et l'avait « interpellé » sur ses nouvelles

: il n'y avait qu'à attendre sa réponse^.

Guillaume i. la reine, 7, 10 juillel ISTO.

Irelioii et les suivants sont parTailcmcnt connus par les nom-

rammcs ou rapports de Bencdellî et les leltrcs du roi b la reine ;

ent que sur des points Uc détail ; il importe seulement de résu-

nversalions.

îdelti au duc de (iramoni, lÉlégramme. rapport et lettre person-

uillet 1870.

LA CANDIDATURE HOHKNZOLLERN

Celte réponse parvint h Guillaume le lendemain, 10 ji Le « cousin de Sigmaringen » était « très agité »; il tn diCQcîle de retirer spontanément la candidature de aor surtout en l'absence de Léopold qui voyageait dans les tyroliennes; lui-môme désirait que la rupture [rompiren du roi, chef de la famille. Cela n'était point pour sati Guillaume ; il dépêcha à Sigmaringen le colonel Sti qui était en séjour ft Ems, avec une lettre où il expos prince Léopold les nouvelles alarmantes de Paris et 1' raait qu' « il acquiescerait avec joie à une rupture pari.' ».

Le duc de Gramont s'impatientait de ces retards ; cl jour, il écrivait cl télégraphiait à M. Benedetli pour le pi d'obtenir « une réponse décisive », Cette hàtc avait deu sons : d'une part, la population parisienne était irrita chambre nerveuse, la presse abondante en fanfaronnade: coups de crosse dans le dos, nous contraindrons les siens à repasser le Rhin» s'écriait Emile de Girardin — « forcerons la main au gouvememement », ajoutait un ai Sous ces excitations, l'opinion publique s'exaltait, le go nement se déclarait débordé, sans comprendre que luî-i avait déchaîné ce mouvement par sa proclamation du 6 ji « Nous ne pouvons plus attendre », écrivait le duc de Gn à M. Benedetli*.

D'autre part, le ministre était inquiet des apprêts mili de la Prusse; il savait que le gouvernement berlinois 1 ses préparatifs et craignait qu'il gagnât sur la France temps précieux ».

I. Le roi Guillaume à la reine, 10 et 11 juillet 1S70. 3. Voyez tes nombreuses citationa de Giraudcait, La virile sur tt pagne île IB7U, passim.

3, M. de Gramont à M. Benedetli, 10 Juillet 1870.

Sur les instances de son chef, M. Benedetli se rendit, le 11 juillet, auprès du roi, qu'il avait simplement rencontn.^ la veille sur la promenade. Il luicxposa« l'impatience du Sénat et du Corps Législatif et l'obligation où se trouvaille gouvernement de l'empereur d'y satisfaire m ; il lui demanda donc l'autorisation d'annoncer au quai d'Orsay que le roi « inviterait le prince de Mohenzollern ft renoncera sa candidature »; cette déclaration siiJlirait « pour calmer toutes les appréhensions ' » . Le roi se retrancha derrière ses précédentes explications; îl n'était intervenu que comme chef de famille,il avait prévenu ses cousins de la nouvelle situation, il ne pouvait qu'attendre leur réponse : le prince Léopoid devait rentrer dans la journée à Sigmaringen ; les Hohenzollcm enverraient certainement leur réponse le soir même ou le lendemain. Tout en répétant ces anodines déclarations, le roi comprenait la gravité du moment. 0 Dieu veuille, écrivait-il à la reine, que les Hohenzollern voient clair »; dans la journée, il renvoyait Werther à Paris et appelait par télégramme Bismarck auprès de lui.

La petite cour de Sigmaringen était dans une vive inquiétude. Le prince Aiitoine était « très impressionné de ia tournure que les choses prenaient à Paris ' » et trouvait que cette agitation préparait un mauvais début au règne de son fils en Espagne : <1éj^ la situation intérieure du royaume rendait difTicile toute administration, ce serait pis encore si le nouveau monarque apportait la guerre comme don de joyeux avènement. D'ailleurs le roi Guillaume ne dissimulait pas son opinion ; la France veut vraisemblablement la guerre, écrivait-il; si le prince Antoine obtient de son fds le retrait de sa candidature, lui-même, comme chef de famille, donnera son acquies-

1. H, de Bcncdeltî b M. de tiramoni, télégramme el rapport du tl juilet 1870.

î. Le roi (iiiillaume à la reine, il juillet 1870.

.yGoOgIf

LA CANDIDATURE HOIIESZOLLKBN 47

cément à cette reDoncîatioo, coiame il l'avait domié quelques semaines auparavant à l'acceptaliou du prince'; et le colonel Straotz envoyé par Guillaume, communiquait la correspoodance ollicielle, en dépeignant k situation sous son jour le plus ooir. £a outre, celte affaire devenait dangereuse pour fe second des HohenzoUern, le prince de Roumanie : -son agent à Paris, Strat, avait anxieusement internée leducdeGramontet le Diinistre oe lui avait pas dissimulé que l'irritation de la France contrôles Hobenzollern se tournerait contre le prince Charles^; Stral savait l'opinion roumaine très Tavorable ù la France, le prince Charles risquait donc sa couronne et l'agent roumain se dépêcha vers Signiaringen pour engager le prince Antoine & une sage retraite. Enlin, d'Espagne aussi arrivaient des conseils de prudence : Prim et Serrano décidaient d'envoyer au prince Léopold un agent qui lui exposerait a dans les formes les plus courtoises toutes les considérations qui rendent dûsirablc la retraite de sa candidature " ».

Ces diverses raisons agirent sur le prince Antoine. Le 12 juillet à midi, sans attendre le retour de son fils, comprenant l'urgence de sa décision, il télégraphiait A Prim et à l'ambassadeur espagnol en France, il annonçait ofllciellemenl à Strantz qu'il retirait au nom du prince Léopold sa candidature au Irdne d'Espagne . « Les complications qu'elle parait rencontrer, mandai(-il h Rrim, la situation pénible que les derniers événements ont créée au peuple espagnol » n'assureraient pas BU suffrage desCorlès <i la sécurité et la spontanéité sur lesquelles mon fds avait compté ». C'était la fin de la candidature Holienzollern.

Il sembla h beaucoup que c'était également la iin du débat.

1, Auidem Leb'en Kônîg Karls von Rumiïnten, l. H. p. 101.

t. Au* dem Lebeit Kônig KarU.loc. cit.. |i. 99, lOt.

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