Prince de Bismarck. Pensées et Souvenirs, I. Il, p
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DtX ANMKl^S DE POLITIQUE EXTÉRIEURE 517
Les négociations traînèrent pendant tout l'tiiverde 1 883-1884 entre Berlin, Vienne et Pétersboui^ ; elles étaient plus que diflîciles, caria nouvelle combinaison était manifestement contradictoire à la Triplice du centre ' ; l'Aulriche n'entrait qu'avec un enthousiasme restreint dans une alliance avec un voisin qui était le plus dangereux rival ; et la Russie marquait quelque méfiance envers ces amis qui s'étaient alliés contre elle-même. Bismarck usa de ses arguments les plus fins : le danger des complications en Orient, la nécessité d'une entente sur les aFîaires des Balkans, la turbulence de la République fraAçaise et sa politique de « revanche », péril permanent pour la paix européenne ; il parvint à évincer à Pétersbourg les élèves de de Gortschakoff, adversaires de la toute-puissance allemande, et les amis de l'entente avec la France '. Le 21 mars 1881, les représentants des trois Empereurs signaient une convention secrète et engageaient leurs gouvernements à une neutralité bienveillante pour le cas où l'un d'eux serait attaqué par une autre puissance : ce traité était conclu pour trois années, de telle façon qu'il venait & échoir en même temps que la Triple Alliance.
C'était un coup de maître, car Bismarck était ainsi parvenu à grouper autour de Berlin les trois grandes cours du continent : le traité de 1883 avait assuré & l'Allemagne le concours <le l'Autriche-Hongrie et de l'Italie contre toute agression de ses voisins de l'Ouest ou de l'Est; par te traité de 1884, il réussissait à se prémunir contre l'éventualité d'une coalition franco-russe, dont sa prévoyance devait être, jusqu'au bout, hantée comme par un cauchemar^. Ainsi, l'Empire allemand avait un allié de premier plan, l'Autriche, rivée à son sort
4. Klein-HUtingen. BUmarck und leiite Welt, t. Il, p. Si4. i. Hamburger Nachrichlen, Si octobre 1S96. 3. Billot. La France ei Vllalie, 1. 1, p. 39.
par une double chaîne, deux alliés de second rang, la Russie ■el l'Italie; si l'un de ces moindres amis venait ft manquer, l'AUeniaguc demeurait assurée de deux alliés. 11 ne reslait plus à Bismarck qu'à gagner la plus indépendante des nations, l'Angleterre; il s'y efforça', sans y parvenir entièrement.
Ce traité de 1884 ramena pour te moment la bonne intelligence entre les cours de Russie et d'Allemagne. « Les cboaes s'améliorent à l'Est », écrivait l'empereur Guillaume avec satisfaction dès le mois de janvier'. Elles continuèrent à demeurer bonnes toute l'année, et Bismarck résolut d'eu proliter pour donner à la convention du 21 mars la solennité d'une ratification parles trois empereurs réunis en personnes. Dès 1883, il avwt été question de cette entrevue'; le projet n'avait pu réussir ; il devenait naturel après la réconciliation diplomatique ; il fut rappelé au tzar en mai parle prince Guillaume de Prusse, qui s'était rendu ft Pétersbouix pour une solennité de cour; il aboutit en automne. Le 14 septembre 1884, l'empereur Guillaume et Bismarck quitlaient Berlin et rejoignaient le lendemain à Skierniewice le biar Alexandre et l'empereur François-Joseph, qu'accompagnaient pareillement leurs chanceliers. Pendant trois jours, monarques et ministres échangèrent des visites et des portraits*; Bismarck eut une longue audience du tzar, qui lui donna les assurances les plus pacifiques. Et le ton général fut de cordialité : on confirma le traité du 21 mars, sans d'ailleurs signer aucun acte nouveau, et l'on convint de défendre en commun Je « principe monarchique' », — ceci pour la République
l.Jnfra. ])- 53Î el suiv.
i. L'cni[>eri.-ur Gutltanme â Bismarck, 9 Janvier iSgi. Xainr Wilkeïn I une/ Bitjtxarci, p. 3â3.
3. Prince de Hoheniohe. DenkwUrdigieilen. t. II. p. 343. *. H. Kohi. Biamarcli Regetlen, t. II, p. ÎS7. o- L'riace de IlolieiiluliL'. Denkvanligkeiltn, t. li, p. 3B2.
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DIX AN.NKES Uli POLITIQUr; EXTKRIlitIRi; S19
française. Le 17 septembre, en rentrant à Berlin, Bismarck pouvait envisager avec calme l'avenir de son Empire : la a réassurance » était aussi solide que « l'assurance ».
Cet enchevêtrement d'alliances maintenait Bismarok à la première place dans la politique du monde. Pendant cinq -années, il demeura sans conteste l'arbitre de toutes les grandes questions de la diplmnalie : aucune ne se traitait alors Bans son intervention oHicielle ou occulte ; il serait nalî de constater qu'il les dirigeait pour le plus grand bien de l'Allemagne, pour grouper plus étroitement autour de l'Empire^ les peuples et les rois, pour isoler plus comjilètement la seule nation qui ne recherchât point son alliance. Entrer dans , le détail de ces négociations serait long autant qu'inutile : il n'est possible ici que d'en caractériser les princi- ' pales.
En Extrême-Orient, un petit État renaissait d'un sommeil de longs siècles : en quelques années, le Japon s'adaptait aux mœurs européennes avec une intelligence et une souplesse singulières. Un diplomate japonais, subtil flaireur des dissensions de la Russie et de l'Allemagne, sondait le grand homme, un soir d'intimité; dans le brouillard de la vaste pipe à fortes bouffées, le petit Nippon parlait de la réorganisation de son armée, passait à l' alliance franco-russe, et brusquement lançait ces mots : « Si Votre Excellence se décidait un jour à flanquer un grand coup de poùig dans la porte occidentale de la maison russe, nous autres Japonais pourrions peut-être allumer un petit feu S la porte de derrière. » Bismarck regarda longuement l'audacieux sans lui répondre : mais, trois jours après, il mandait le Japonais à la Wilhelmstrasse et le priait, à son retour d'un prochain voyage à Tokio, de « rapporter une proposition sous forme d'un plan étudié à fond. Je pourrais, ajoutait-il, éventuelle-
ment m'en occuper alors de plus près' ». Au retour du diplomate, Bismarck n'était plus chancelier.
En Afrique, la naissance des colonies allemandes avait éveillé les susceptibilités anglaises ; on a vu * le soin de Bismarck à les rendormir. 11 ne manquait point d'encourager les expéditions de la France, capables tout ensemble d'occuper les énerves françaises et d'exciter les craintes anglaises. A certains égards, les intérêts de la France et de l'Allemagne étaient communs, et cette analogie parut lorsqu'en février 188i l'Angleterre conclut avec le Portugal un traité qui mettait le Congo sous sa surveillance '. Bismarck contesta la valeur de cette convention, et, d'accord avec le gouvernement français, réunit à Berlin en octobre 4884 la conférence qui assura le libre commerce sur le Congo. Cet acte eût pu le brouiller avec l'Angleterre ; il agit dans ta question d'Egypte de façon à se réconcilier avec elle. Pendant de longues années cette question fut agitée dans les chancelleries et les ParlemenL>i, pleine de difficultés, mettant en conflit les intérêts de la France et de l'Angleterre * ; le bombardement d'Alexandrie par la (lotte anglaise, l'occupation de rt!)gypte, la prise de Khartoum, tout excitait la rivalité de la monarchie britannique et de la République française. Bismarck se défendait fort d'intervenir, même par ses conseils' ; mais cette rivalité n'était point pour lui déplaire, car elle isolait encore la voisine récalcitrante, et amenait l'Angleterre à désirer l'amitié allemande. « Considérons avec tranquillité,
i. Ollo von Goltherg. Denkwlirdlgkeilen von bekannten Japaneien dans le StaaU Zeiiung de New-York, juillet IMS.