‹ Bismarck et son tempsChapitre 200 sur 270 · Supra, t. III, p · texte numérisé non relu

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de la Chambre américaine avait remplacé les paroles déplaisantes è l'oreille susceptible de Bismarck ; le grand homme ne manquait point de parler de ses « amis » d'oulre-raer.

Dans ce concert enthousiaste, une seule note détonait, un soupir de protestation poussé par la vaincue récalcitrante.

Les bonnes relations de 188i entre la France et l'Allemagne n'avaient point duré ; la chute de Jules Ferry avait marqué le début d'une ère d'instabilité ministérielle et d'inquiétude politique : beaucoup de mécontents et quelques naïfs essayèrent d'en sortir en s'attachant à la fortune d'un oitîcier blond et d'un cheval noir. L'Allemagne crut à la réalité du général Boulanger.

Bismarck avait appris avec regret la chute de Ferry ; les projets du grand « colonial » lui convenaient et il poussait la France vers la Tunisie, le Tonkîn et le Maroc', avec une ardeur qui n'a point été suivie. 11 craignit que l'abandon partiel des expéditions coloniales ne fût suivie d'une recru; descence des idées de revanche, et ses journaux s'exprimèrent à cet égard àprement. Eïn 1885, la campagne de presse s'engagea entre les deux pays avec une vigueur qui devint violence. En 1886, les progrès du boulangisme inquiétèrent le chancelier allemand ; il semble qu'il fut mal renseigné et prit les troubles des boulevards pour le mouvement de la France même. « Boulanger peut à chaque instant faire un coup d'État et alors tout briser », disail-il à son ambassadeur en France. 11 parlait couramment de la guerre comme d'une éventualité « vraisemblable ».

I. Prince de Hohenlolie, Denkwilrdiglteilen, t. II. p. ÎW, 3DI et suiv.

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délibération, le maréchal de Moilke et le ministre de la Guerre, M. Bronsarl de Schellendorff, ne manquèrent point de parler des armements de la PVance, des ambitions de la France, du danger de guerre avec la France. El les Journaux officieux prirent, un Ion à l'avenant. Vne commission délibéra sur ce projet de loi, mais elle ne put s'enlendre sur les amendements qu'on proposait d'y introduire : tout (levait donc être discuté par le Reichstag.

Parmi les députés allemand», une coalition se faisait entre le centre et les prog^ssiates sur cette formule : jeden Maitn ttnd jeden Thaler, hommes et argent, mais non pour sept ans. L'opposition acceptait l'accroissement de l'effectif et des crédits militaires, mais elle ne voulait plus renoncer pour sept années à son contrôle : d'aucuns eussent voulu le vote annuel du budget militaire ; l'accord se lit entre les leaders, MM. Windthorst et Richter, pour accepter les demandes du gouvernement en les limitant à trois années.

Cette coalition était puissante, étendue à la majorité du Reichstag. Pour la combattre, Uismarck mania l'opinion publique par des articles incendiaires, des pétitions belliqueuses, et des n informations » où le mot de >< guerre » revenait comme un glas funèbre et énervant. Puis il fonça au Reichstag sur le double antagoniste, l'adversaire politique du dedans et l'ennemi d'où Ire-frontières. Ce furent trois journées de belles luttes. Le vieux maréchal de MoltUe ouvrit les débats par une fanfare belliqueuse, répétition d'un air souvent joué : tension politique, avenir incertain, nécessité de préparer la guerre, sainteté de l'armée. « la première de toutes les institutions dans tout pays, protectrice de toutesles autres institutions, de toute liberté politique et civile, de toutes les créations du monde intellectuel et moral ».. Aui

DIX ANNÉliS DE POLITIQUE EXTÉBIEUBE âST

nomdes libéraux, M. de Stauffenberg répliqua pour demander au Reichstag de réduire à trois années le septennat demandé par le gouvernement; Puis Bismarck prit la parole.

Ce discours, le plus composé des sept que le chancelier prononça en tnws jours, ne contient guère qu'un argument' : la guerre avec la France, Après avoir raillé ses adversaires, MM. Richtcr et Windthorst, sur leur ignorance des choses mililaires, le prince rappela les grandes lignes de sa politique depuis seize ans, la réconciliation avec l'Autriche, le maintien des relations amicales avec la. Russie, puis il lança, cette petite phrase : « La question de savoir comment à l'avenir nous serons avec la France, est moins sûre pour moi ». Et il mit le feu à sa grosse artillerie : « Entre nous et la France l'œuvre de paix est difficile, parce qu'il y a depuis bien longtemps un procès historique qui divise les deux pays : c'est le tracé de frontière, qui est devenu douteux et litigieuxdepuis l'époque où la France eut acquis sa complète unité et sa puissance royale... Ce procès n'est point fini et nous devons nous attendre A le voir continuer du c6té français. Nous sommes actueUement en possession de l'objet en litige, si je peux qualifier ainsi l'Alsace ; nous n'avons donc aucun inoti/ de combattre pour cet objet-là. Mais que la France ne rêve pas de le reconquérir, nul ne peut le prétendre, nul de ceux qui s'occupent quelque peu de la presse française... Ceux qui veulent la guerre avec nous, ne cherchent en attendant que la possibilité de la commencer avec le plus de forces possible. Leur tâche c'est d'entretenir le feu sacré de la revanche... J'ai confiance dans les dispositions pacifiques du gouvernement français, de la majorité du peuple

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français, mais je- ne puis m'en bercer avec une telle assurance que je puisse dire : nous n'avons plus & craindre une guerre française. Dans ma conviction, nous avons à la craindre par Tattaque de la France : que ce soit dans dix jours ou dans dix ans, c'est une question que je ne saurais décider. » Ainsi, l'Empire est certain d'une prochaine guerre avec la France; qu'adviendra-t-îtaujour fatal ? La France est forte, son armée puissante ; il faut donc envisager l'hypothèse d'une défaite. Or « un vainqueur aussi modéré ' que l'Allemand chrétien n'existe plus au monde... Les Français nous saigneraient à blanc ». Ce serait la perle de l'Alsace, dune partie des provinces rhénanes, du Schleswig, la restauration du royaume de Hanovre, l'amoindiissement du pouvoir prussien sur les Polonais, — l'effondrement de l'Empire allemand. De ces calamités, seul le septennat peut garantir, « Sa Majesté l'Empereur ne peut désavouer l'œuvre ft laquelle il a con. sacré les trente dernières années de sa vie : la création de l'armée allemande, la création de l'Empire allemand... Si vous ne donnez pas satisfaction, par une prompte et complète adoption de notre projet, à la sollicitude des gouvernements confédérés pour la force défensive de l'Allemagne, alors nous préférerons continuer avec plus de chance de succès la discussion, en la reprenant avec un autre Reichstag que celui qu'ici je vois devant moi. »

L'argumentation était un peu grosse et lourde; elle se bornait à évoquer un péril dont l'orateur lui-même connaissmt la vanité, sur de la puissance de son armée et des trois alliances qui garantissaient son pays de toute attaque de la France ; c'était de l'éloquence à coups de poing sur le bureau ; le ministre du conflit faisait ainsi de 1862 à 1865, mais d'une

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