‹ Bismarck et son tempsChapitre 201 sur 270 · TrailÉde Francfort · texte numérisé non relu

TrailÉde Francfort

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autre manière, avec une ironie et une finesse que l'âge avait glacées en ne laissant que la brutalité. Le discours ne porta point, non plus que les six autres où Bismarck reproduisit son double geste, vers la frontière pour montrer le péril français, et vers la porte du Reichstag, pour annoncer la dissolution. Sans cesse sur la brèche, MM. Richter ei Windthorst fouillèrent de leurs traits acérés le lourd raisonnement du chancelier.

Le 14 janvier, l'amendement StaufTenberg, qui substituait le triennal au septennat, fut voté, par 186 voi.\ contre 154 ; le centre, les libéraux et progressistes, les Polonais, les Guelfes et le Votksparlei s'étaient unis pour rejeter le projet du gouvernement; à cette majorité de 32 voix, il fallait ajouter 28 abstenants, les Alsaciens-Lorrains et les démocrates, hostiles même au triennat, adversEÛres résolus du gouvernement ; celui-ci était donc en minorité réelle de BOvoix.Immédiatementaprèsce vote, Bismarckdonnalecture d'un message impérial qui prononçait la dissolution du

La lutte électorale s'engagea de suite ; elle fut courte, mais plus ardente qu'elle ne t'avait jamais été ; jadis Bismarck avait revendiqué pour le gouvernement le droit d'intervenir dans les élections ; il en usa, el de trois manières différentes : par l'action directe sur les électeurs, et il invita ses fonctionnaires à ne rien omettre de ce qui pourrait amener le citoyen à « bien » voler; — par les' manœuvres aux frontières et il trouvait dans un turbulent adversaire le plus imprévu et le plus précieux collaborateur ; les journaux allemands proclamaient la patrie en danger, et dans un article retentissant, avec ce titre tapageur " Sous le tranchant du couteau », la Post annonçait que le général Boulanger, maitre de la situation en France, hfttait fébrilement ses arme-

Hatt». - Biimicck. m. — 3t

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mentspourenvahirBOudainrAllemafi^ne' ; — parl'infliieneede Rome enfin, et les élections de 18ij7 marquèrent la réconciliation définitive de l'Alleniagne avec la curie. Des négociations s'étaient engagées pendant le mois de décembre et en grand jnystèrc entre Bismarck et le Vatican sur la base d'un contrat d'échange : de nouvelles concessions à l'Eglise moyennant l'appui de la papauté dans le combat parlement taire. A la veille du grand débat de janvier, le cardinal secrétaire d'Etat, M"' Jacobini, avait adressé au nonce du pape AMunicb une lettre destinée aux chefs du centre et oîi il était écrit que « le Saint-Père désirait que le centre appuyât de toutes façons possibles le projet de septrainat mibtaire^ » M.Windlborst et ses amis étaient alors trop engagés dans la lutte pour modifier leur attitude. Mais le cardinal Jacobini renouvela ses « indications » pendant la période électorale, et exhorta les électeurs catholiques ù épargner le gouvernement impérial et réserver leur fureur contre les démocrates, ennemis de la religion et de ta société. Cette intervention modifiait le résultat du scrutin, sinon ses chiffres : les candidats cathoUques n'étaient plus pour le gouvernement des adversaires farouches et intransigeants, mais des voisins de mauvaise humeur.

Les élections du 21 février marquèrent une défaite de la gauche : les démocrates perdaient une douzaine de sièges, les progressistes et leurs alliés, une cinquantaine ; le centre restait intact, le parti national-Ubéral gagnait 48 places, les conservateurs modérés 14* ; l'Alsace-Lorraine n'avait élu que des protestataires. Le gouvernement obtenait une majo-

i. Die Fost, de Berlin. 1" février 1887.

3. Ces documente dans le tome XTV des ÙUcourt de Bismarck, p. US et

3. Chiffres d'après Oiieken. Dos Zeilaller des Kaùei-s Wilhelm, l. It,

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DIX ANNÉES DK POLITIQUE EXTERIEURE Sïl

rite un peu bigan-ée, mais où il pouvait réunir une coaiilion, un cattell favorable à ses projets. Pour la première fois depuis- 1871, Bismarck avait au Rcichslag sa majorité, fidèle, personnelle. Il s'empressa de réunir le Reichstag pour lui présenter le projet de loi militaire : en deux jours, après un court exposé du minisire de la Guerre, sans intervention du chancelier, quoiqu'il fût présent aux débals, le projet fut voté par 223 voix contre 40; sept députés du centre, seuls, avaient été fidèles à l'invitation du Sainl-Pére, tt3 s'étaient abstenus avec leur chef, M. Windthorst. Le ^uvernement avait partie gagnée.

Il semblait que cette victoire dût ramener la tranquillité en Allemagne et sur ses Irontières*. .Un dernier incident éclata, plus violent que tous autres, comme à la lîn des orages un ultime coup de tonnerre fait trembler la montagne.

Le commissaire spécial de Pagny-aur-Mosclle, M. Schnoebelé, était en relations fréquentes de service avec son collègue allemand d'Ars, M. Gautsch. Il avait reçu de celuici une invitation è conférer sur la frontière le 20 avril 1887 ; il s'y était rendu, et, en attendant le fonctionnaire allemand, il avait dépassé de quelques mètres le poteau indicateur, lorsqu'il fut assailli par deux argousins sans uniforme; très vigoureux, M. Schnœbelé put revenir de quelques pas en arrière, mais ses agresseurs parvinrent à le terrasser, le garroter et l'emmener. Annoncée "à Paris par un télégramme de l'agence Havas, cette arrestation souleva dans toute la France un cri d'indignation. L'enquête du Procureur général de Nancy, un magistrat d'envei^ure, M. Sadoul, établissait que M. Schnœbelé^' avait réussi à regagner le sol français :

I. A Parie, ta Bourse avait marqué cd Irnls semaines une baisse de Irois francs sur la rente française, Zi'vort. Histoire de la Troisième Republiqw!!.t.in,p.itt. (F. Alcan).

il y avait eu violation de lerriloire ' ; même à prendre la thèse allemande que M. Schnœbelé avait été arrêté sur terre lorraine, on devait reconnaître qu'il y avait été attiré par une lettre du commissaire impérial, lettre retrouvée à Pagny, et c'était un guet-upens.

Le ministre du quai d'Orsay, M. Flourens, transmit à son ambassadeur à Berlin, M. Herbelte, une note exposant cet irréfutable dilemme et réclamant la libération immédiate de M. Schnœbelé. Une semaine entière, Bismarck se déroba : les renseignements nécessaires à sa décision n'étaient point arrivés, l'arrestation du fonctionnaire français avait été ordonnée par la Haute Cour de Leipzig à l'occasion d'une procédure de haute , trahison dirigée contre un Lorrain, M. Klein, il fallait attendre la (in de l'enquête de justice; et, pour éviter des questions embarrassantes, il chargeait son fils de recevoir à sa place l'ambassadeur français. Le comte Herbert de Bismarck avait du zèle, non du tact, il parlait ferme, maïs sur un ton cassant : il agit maladroitement, jusqu'ft n courroucer* » l'empereur Guillaume. Tous les rapports de police ne prévalaient point contre le raisonnement du cabinet français; le 28 avril, le chancelier remit à M. Herbette une note d'union hautainement correct, constatant que M. Schnœbelé avait été arrêté sur le sol allemand, mais après invitation qui valait sauf-conduit: il était donc remis en liberté'.

Ainsi prit fin un incident qui faillit entraîner les pires conséquences : après l'énervemenl produit par la campagne électorale en Allemagne, par la campagne boulangisle en France, la moindre brusquerie eût amené la guerre : le calme du vieux Président Grévy, habilement secondé par ses

1. Rapport de M. Sacloul dans le journal Le Temps du 15 avril 1SS7.

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