Billot. La France et f Italie, p. 58 et sulv
LV'moUon fui profonde en Italie, répercutée au Parlement, et, pour sauver le cabinet, le comte de Robilant Ht allusion à la tribune de la Chambre aux négociations encours. « Du verdict que le Parlement prononcera aujourd'hui, dit-it, dépendra en grande partie la question de savoir si TUalie sera encore demain une grande puissance, en état de faipe valoir ses intérêts vrais, supérieurs. » 11 obtint une majorité, mais si faiblu qu'elle ne lui donnait qu'une médiocre outorité ; il donna sa démission puis resta provisoirement à la Consulta, pour terminer ses négociaijons avec l'Allemagne et l'Autriche. Mais, amoindri à l'extérieur par le désastre de Dogali, à l'intérieur par la crise politique, M. de Robilant ne pouvait plus affecter envers ses deux alliés « le détachement dont il se prévalait, quelques mois auparavant, pour rehausser la valeur de son concours et dicter ses conditions » . Il accepta donc le maintien de l'ancien contrat, et, vers le milieu de mars 1887, Bismarck signait fi Berlin avec les ambassadeurs d'Italie et d'Autriclie-Hongrie l'acte qui prolongeait la Triple Alliance jusqu'à 1892 : les termes de 1882 élaient précisés et donnaient au contrat un caractère d'alliance plus intime.
Le 17 mars, le Beichsanzeiger de Berlin annonçait que l'empereurGuillaume avait conféré au comte de Robilant le grandcordon de l'Aigle Noir : nul ne s'y méprît ; cette aune de ruban était un cadeau pour la fête du contrat de garantie internationale.
Cet acte ne devait point demeurer sans additions ; une bonne police d'assurance comporte des n avenants », mais les intéressés ne sont point tenus d'en publier les termes, et les trois alliés ont gardé le secret de leurs écrits : quelques indiscrétions ont néanmoins (iltré. Pour revêtir le pacte d'une forme plus solennelle, des engagements verbaux furent passés entre le roi Humbertet l'empereur Guillaume, d'après lesquels
Digtizec.yGOOJ^Ic
DIX ANNÉtCS DE POLITIQUE EXTliitlKDRE SU
ces deux monarques s'engageaient sur leur parole d'honneur à demeurer fidèles à l'alliance ; l'empereur François-Joseph s'associa plus tard à cet engagement et les trois souverains échangèrent des lettres autographes pour le contresigner'. En octobre 1887, M. Crispi, devenu ministre très puissant de la monarchie italienne, se rendit à Friedrichsruh où il passa trois journées en, conciliabules avec Bismarck*; les deux hommes d'État résolurent de préciser encore les termes de la Triple Alliance dans des protocoles militaires qui fixeraient les divers cas d'intervention armée et les ciiarges qui en résulteraient pour chacun des contractants. Un officier d'étatmajor italien voyagea pendant l'hiver de 1887-1888 entre Borne, Berlin et Vienne pour rédiger et signer ces conventions '. La tension des rapports de la Russie avec l'Allemagne et l'Autriche modifia la portée de l'alliance qui fut dirigée autant contre l'Orient que contre l'Occident. 'Enfin l'Angleterre accéda, avec prudence et dans une mesure réservée, à l'accord des irais puissances continentales.
L'Italie et l'Angleterre avaient depuis plusieurs années partie liée dans le bassin de la Méditerranée ; le cabinet de Rome avait appuyé les revendications britanniques à la conférence internationale de Paris pour le canal de Suez en 1885 et l'Italie ne s'était installée à Klassouah que sur le consentement de l'Angleterre. Le gouvernement italien demandait davantage ; U aurait voulu que le cabinet de Saint-James accordât à la Triple Alliance une accession fort désirée par Bismarck : ainsi se fût réalisé le rave du chancelier allemand, legroupement autour de l'Allemagne de toutes les puissances.
1. Hanscn. Ambassade à Paris dit baron de Mohivriheim. p. 91 et suiv.
3. M. Crispi arriva le 1" oclobre a Friedrichsruh, ri'ofi il partit 1c 3. H. Kohi. Bismarck Regeslen, t. Il, p. 4iî. Cf. CiHipi bei Bismarck, traduit de niaUeD(18ai|.