TROIS EMPEREURS EN UNE ANNÉE
sance du ministre. En entrant dans le wagon impérial, le chancelier s'inclina et baisa la main de son roi : celui-ci le releva et l'embrassa cordialement. Les anciens dissentiments tombaient devant la nécessité de l'entente. Le soir même, le train arrivait à Charlottenboui^.
Le lendemain, l'empereur Frédéric III publia deux manifestes, qu'il avait dès longtemps pré|>aré3 avec ses amis libéraux, GelTcken, Stockmar, Roggenbach el Stosch'; dans le premier, adressé par le monarque « b son peuple », il louait les actes du vieil empereur, et promettait de « continuer l'œuvre dans l'esprit où elle avait été fondée, de faire de l'Allemagne le rocher de la paix, el d'entretenir, d'accord avec les gouvernements alliés et les organes constitutionnels de l'Empire el de la Prusse, le bonheur du pays allemand ». Le second manifeste, adressé au chancelier impérial, couvrait de remercîments et de bénédictions « le fidèle et courageux conseiller, qui a donné des formules aux desseins politiques du grand empereur cl assuré leur succès », et le déclarait Il indispensable au pays »; mais il esquissait un mode de gouvernement, constitutionnel, libéral, fondé sur le droit du peuple au bonheur, le respect des minorités et la tolérance des convictions religieuses, qui n'était point dans la pratique du chancelier de fer; nulle phrase ne contredisait la politique de Bismarck, mais tout s'en écariait. L'idéal de Frédéric 111 reposait sur la libre entente du pouvoir et du peuple ; le gouvernement de Bismarck était d'autorité.
L'empereur et le chancelier commencèrent de suite leur tftche commune; singulière collaboration, où 16 maître ne pouvait exprimer sa volonté que par signes ou par écrit, où le serviteur apportait la force que donne vingt-cinq ans de