‹ Bismarck et son tempsChapitre 239 sur 270 · Prince de Hohenlohe. Dtnkwûrdigheittn, t. II, p. I · texte numérisé non relu

Prince de Hohenlohe. Dtnkwûrdigheittn, t. II, p. I

Hohenlohe, fin diplomate, parlementaire délié, avait un flair subtil pour percevoir t'optnion publique ; il entretenait depuis de longues années d'excellentes relations avec Bismarck et avait évité avec prudence de prendre parti dans la querelle des deux chanceliers. Il ne manqua point d'annoncer à son illustre prédécesseur sa prochaine visite , d'exprimer sa sympathie à propos de la maladie de la princesse de Bismarck ', el, le 14 janvier 1895, it se rendit à Friedrichsruh : l'entretien fut cordial, Hohenlohe manifesta son regret d'avoir dû prendre la chaire des affaires, Bismarck lui déclara que c'était un « devoir d'honneur », développa quelques considérations générales, et souhaita « bonne chance et courage » à son successeur. Le peuple allemand pouvait préparer sans crainte l'anniversaire des quatre-vingts ans de Bismarck,

Une personne y devait manquer, seule compagne permanente de cette existence agitée, la princesse de Bismarck était morte le 27 novembre 1894. Pendant les quarante-sept ans de leur union, elle fut une bonne épouse, affectueuse, dévouée, un peu effarouchée au début du mariage ', mais aimant son Otto chaque année davantage, active à l'entourer de sa tendresse eldeses soins discrets. Elle eut sur lui une influence profonde, non qu'elle tentât d'agir directement sur la politique, mais parce que son calme agissait sur ce caractère bouillonnant, et qu'elle lui procurait lesjoies intimes où cet homme de fer se retrempait, « Sans elle, disait-il, je ne fusse point devenu ce que j'ai été a, et c'était vrai : tes plus durs des hommes ont besoin de tendresse.

Le 1" avril 1893 marqua l'apothéose de Bismarck; dix années auparavant, l'anniversaire de ses soixante-dix ans

1. HohcDlohe à Bismarck. i6 novembre I89i. !, Cf. Stipra. t. 1, p. 305.

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nvail été déjà l'occasion d'une fètc nationale ; mais il était alors en fonctions, tout-puissant, et les réjouissances avaient rcvélu un caractère officiel, une oi^nisation administrative. En 1895, Bismarck était un vieillard solitaire, fort seulement de son passé et des services rendus ù son pays : la reconnaissance de l'Allemagne s'exprima spontanément, en toute liberté, avec enthousiasme. Elle ne fut point unanime : le Reichstag refusa de s'y associer ; son président, M. de Levetzow, lui proposa d'envoyer ses félicitations « au dernier des grands fondateurs de l'Empire » ; un député catholique déclara qu'il ne conviendrait pas à son parti de participer aux honneurs rendus & celui qui avait violé les droitsdes princes et des peuples allemands, et la motion de Levetzow fui repoussée par une majorité née du groupement des vieux adversaires de Bismarck, centre, progressistes, démocrates, et de ses victimes. Polonais, Danois cl Alsaciens. L'empereur s'empressa de protester, dans un télégramme à Bismarck, de son « indignation profonde » contre le vole de la Chambre allemande ' ; le 26 mars, il se rendit à Friedrichsruh pour conduire une parade devant le vieux chancelier et offrir un sabre d'honneur au forgeron de la nouvelle Allemagne. Le 1" avril, les délégations se pressèrent devant le chflteau,Ie8 télégrammes affluèrent, les dons les plus divers arrivèrent desrégionsles plus éloignées, bronzes allégoriques et monuments commémoratifs en nougat, diplômes de boucher honoraire et peaux de buffles américains, les discours se multiplièrent auxquels Bismarck répondit avec sa vigoureuse jovialité et le soir une colossale farandole se déroula dans le parc, où les torches dessinaient des rubans de flammes dans les sombres futaies.

Pendant des semaines encore, les délégations affluèrent, et

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