‹ Bismarck et son tempsChapitre 240 sur 270 · I. L'empereur Guillaume [l A Bismarck, 33 mars · texte numérisé non relu

I. L'empereur Guillaume [l A Bismarck, 33 mars

lorsque le calme se rétablit, il ne fit plus place à l'isolement. Friedrichsruh était désormais lieu de pèlerïnage patriotique et toujours quelque association de pasteurs provinciaux ou d'anciens militaires y annonçait sa visite ; il n'était hôte de marque en Allemagne qui ne tint à s'y rendre, arrivât-il de Chine, comme Li Hung Tehang, ou de Siam, tel Chulalongkorn avec les princes Svasti el Mahisara. Et la correspondance reflétait l'amour populaire, lettres d'un industriel demandant l'autorisation de fabriquer des a mouchoirs Bismarck », d'une bonne mère de famille envoyant la photographie de ses cinq enfants, de tous les collectionneurs acharnés à solliciter des autographes. Bismarck recevait ses hôtes avec cordialité, lisait les lettres, répondait àbeaucoup, accueillait ces hommages avec une majesté -simple et familière. Robuste, droit encore, le regard puissant et scrutateur, il faisait grande figure dans son cabinet de travail pour disserter pobtique, à sa table de famille pour recevoir en seigneur, dans sa forêt surtout où il se promenait chaque jour, d'un pas lourd mais fort, s'appuyant parfois au tronc d'un arbre comme pour s'y incruster. Il était bien à sa place dans ces futaies, semblable à ces cliènes qui résistent aux ouragans.

11 paraissait définitivement réconcilié avec le gouvernement impérial, résigné à son sort de retraité, détaché des luttes d'ici'bas. L'empereur était revenu à Friedrichsruh le 16 décembre 1895, et les noces d'ai^nt de l'Empire, en janvier 1896, avaient été l'occasion de congratulations officielles à l'adresse de son fondateur. Les articles des Hamburger Nachrichtcn se faisaient plus doux, décochant des traits par habitude, mais sans dureté. Ce répit n'était que pour un temps. Le vieux lion réservait un dernier et terrible coup de griffe ô eenx qui Tavaienl évincé,

A mesure que la Russie s'éloignait de l'Allemagne, elle se

rapprochait de la France; la visite du tzar Nicolas à Paris, en octobre 1896, manifestait de façon éclatante la solidité de l'alliance franco-russe, et portait quelque inquiétude dans la diplomatie allemande. Bismarck choisît cet instant pour pousser un dernier cri de colère, comme un soldat mourant se soulève sur le champ de bataille pour un dernier appel aux armes. Le 24 octobre, les Hamburger Nachrickten publiaient, sous le titre « Le prince Bismarck et la Russie », un article où était révélé le traité de réassurance qui lia pendant six Euinées les cours de Pétersbourg et de Berlin'. « Cet accord, continuait la gazette, n'a pas été renouvelé après la retraite du prïnce, et, si nous sommes bien renseignés sur les actes de Berlin, ce n'est pas la Russie, mais le comte Caprivi qui a refusé de continuer cette assurance réciproque, tandis que la Russiey était prête. » On comprend, ajoutait l'article, que la Russie ait redouté une nouvelle coalition ft son détriment, et ne pouvant plus compter sur l'Allemagne, ait cherché uq appui dans la RépubUque française ^

.C'était un coup droit, bien porté, fi l'heure juste, et qui souleva en Europe une violente émotion. On relevait quelques inexactitudes dans l'article sensationnel, on n'en pouvait contester le fond, et les apologistes de Bismarck s'indignaient des fautes de son successeur. L'empereur se sentait atteint; le 2i octobre, le Reicfisanzeiger, journal officiel, publiait une note fort sèche sur cette violation « des plus étroits secrets d'État », qui constituait une « atteinte aux graves intérêts de l'Empire n; le gouvernement impérial ne publieraitni démenti, ni confirmation. Cinq jours après, le journal de Hambourg publiait de nouveaux détails sur le traité de 1881 et son

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