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LA DÉPÊCHE O'EMS. LA DÉCLARATION DE GUERRE

la pureté de ses intentions en écrivant à l'empereur des Français une lettre personnelle; et saisissant une plume, le ministre français esquissa lui-même le canevas decette épltre : « En daignant autoriser le prince Léopold de Hotienzollern à accepter la couronne d'Espagne, Sa Majesté le roi de Prusse n'avait pas cru heurter les intérêts ni la dignité de ta nation française. Elle s'associe à la renonciation du prince de Hohenzollem el le fait avec le désir et l'espoir de voir disparaître dès lors tout sujet de dissentiment entre nos deux gouvernements, u M. Emile Oilîvier, qui parut à la fin de l'entretien, approuva les termes de la missive ; tout en prolestant avec douceur, le baron de Werther emporta l'autographe du duc, qui servit de base à sa dépêche oflicielle '.

Il s'agissait de tenir M. Benedetti au courant de ces exigences, sinon nouvelles car elles avaient déjà été esquissées, au moins précisées et aggravées. Le duc de Gramont résolut de consulter l'empereur, et partit pour Salnt-Cloud. Leur entretien est demeuré secret : deux jours avant, Napoléon avait annoncé qu'il se contenterait de la renonciation du prince Léopold' ; mais il était affaibli de corps et d'esprit, maniable à qui lui parlait en dernier ; il fut, pendant ces journées de juillet, sous l'influence discrète de l'impératrice, qui n'entrait pas aux conseils, mais exerçait la sûre pression des entretiens intimes. Lorsque Gramont le vint trouver. Napoléon ne prit point avis de M. Emile OUivier ni de ses autres conseillers, il s'en rapporta à la parole de son ministre des Affaires étrangères; après le départ du diplomate, quelqu'un parla avec plus d'ardeur encore ; car M. de Gramont reçut dans la soirée de nouveaux ordres, qui haussaient encore le

1. Le baron de Werther au roi de l'nisseà Ems, 12 juillel ISTO. Duc de Gramont, La France tl la Pruste avant la guerre, p. liO et suiv. i. H. VlmercaU au roi Victor-Emmanuel, 10 juillel 1870.

ton des exigences. Aiasi fut lancée la demande de garanties, d'où sortit la guerre.

Dès son retour de Saînl-Cloud, le duc de Gramonl télégraphia A M. Benedetti pour lui annoncer le refus définitif des princes de Hohen7^1Iern. «Pourque cette renonciation produise tout son elTet, ajoutait-il, il paraît nécessaire que le roi de Prusse s'y associe, ^ nous donne l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature. Veuillez vous rendre immédiatement auprès du roi pour lui demander celte déclaration, qu'il no saurait refuser, s'il n'est véritablement animé d'aucune arrière-pensée. » Ce télégramme parvint à M. Benedetti dans la nuit.

Le 13 juillet, dès le matin, l'ambassadeur se rendit auprès de l'aide de camp de service, le prince de RadziwiU, pour solliciter audience du roi. Guillaume était sorti, M. Benedetti se mit ft le quérir, et le rencontra dans le pare, au coin d'une allée désormais historique, désignée aujourd'hui par une plaque commémoralive '. Avec prudence, en " s'attachant à l'atténuer dans la forme », l'ambassadeur français s'acquitta de sa difficile mission. Surpris de cette demande, « nouvelle et inattendue », le roi « se refusa absolument à y acquiescer. Vous me demandez, dit-il un engagement sans terme et pour tous les cas; je ne saurais le prendre. » 11 ajouta qu'il attendait la réponse officielle du prince Antoine ; dès qu'il l'aurait reçue, il en donnerait personnellement connaissance à l'ambassadeur de France. L'entretien se termina dans les formes de la plus correcte politesse'.

1. Le roi venait de lire un nuniâro 3))ëcial de la Gatette de Cologne, annonçant la renonciation dit prince Antoine, el il avuil chargé Abekcn Ue reineUre la feuille â M. DencilcUi. Celui-ci profita de l'occasion pour accoster le roi. Abeken. Kin «chlîchlet Leben, p. 375.

2. Til-légrammes et rapporls de M. Benedelli. i3 jujilel 1870 et ses observalions personnelles. Ma Miuion en Prume, p. 371 et Buiv.

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Ëo réalité, le roi ctoil irrité des nouvelles demandes de la France : son mécontentement redoubla peu après. Au milieu du jour, Abeken reçut le rapport de Werther, où étaient exposées les exigences du cabinet français ; stupéfait, il porta la dépêche au comte Eulenburg, et tous deux se rendirent auprès de Guillaume. Fort embarrassé, Abekea expliqua à son monarque qu' o il avait reçu une dépêche de Werther, mais qu'elle ne pouvait être montrée au roi de Prusse ; certainement, Bismarck ne le ferait pas. — Bien, répartit le souverain, alors admettez que nous sommes pour quelque temps des personnes privées ». Et il lut le rapport où on lui demandait une lettre d'excuse '.

Son dépit fut vif. « A-t-on jamais vu pareille insolence, écrivit-il sur le moment même. Je dois donc paraître devant le monde entier comme ie pécheur repentant d'une affaire que je n'ai point dirigée et que l'on met hors du débat. Devant de teUes prétentions, Werther aurait dû abandonner la place et renvoyer ses interlocuteurs à Bismarck* ». Irrité, il modifie ses décisions ; au lieu d'accorder à M. Benedelti une seconde audience, il lui envoie son aide de camp, le prince Aadziwill, pour l'informer que « le roi est obligé de refuser cal^oriquement de s'engager dans une nouvelle discussion BU sujet des engagements et assurances pour l'avenir ; ce qu'il a dit le matin est le dernier mot dans cette affaire, le comte peut s'en tenir absolument à ces paroles^ ». El, sur son ordre, à trois heures cinquante, Abeken ték'graphie à Bismarck une dépêche qui devait être historique.

Le chancelier fédéral avait reçu dans la journée, et proba-

1. Abeken. Ein scltlichles Leben, p. 37i. Hi'Cil du roi Guillaume an comte Sigra. Mémoires de Sigra. Giornale d'Italia, 3 juitlel 1907.

S. Le roi Guillaume à la reine, 13 juillet 1870. Onckcn, Unser Helden- Imiter, p. 191.

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