‹ Bismarck et son tempsChapitre 43 sur 270 · BluiD. Fanl Bisinarcli and teine Ztit, (. )V, p. i9j · texte numérisé non relu

BluiD. Fanl Bisinarcli and teine Ztit, (. )V, p. i9j

Ce jour, les troupes allemandes activèrent leur marche vers le Nord, eu refoulant les Français en retraite, s'attachant sur leurs pas pour enlever leurs traînards, prenant position sur les collines qui dominent la Meuse, «I jetant des ponts pour occuper les deux rives du fleuve ', L'élAt-major prussien pouvait craindre une retraite de son adversaire au Nord-Ouest vers Mézières, d'où s'avançait à sa rescousse un nouveau corps d'armée ; il installa donc solidement deux corps en avant de Donchéry, à trois kilomètres en aval de Sedan ; par une aberration singulière, ce point stratégique, clef de la retraite, n'était pas gardé ^ ; le lendemain matin, les troupes du prince royal de Prusse passèrent la Meuse et coupèrent définitivement aux Français le chemin du retour. Le roi et ses conseillers avaient suivi les mouvements des troupes allemandes, parcourant le champ de bataille de Beaumont, et pointant en avant avec tant de hardiesse qu'Abeken et Keudcll risquèrent d'être enlevés par un peloton de Français. Le soir, Guillaume et Bismarck bivouaquèrent à Vendresse, petit bourg à 25 kilomètres de Sedan. Dès lors, ils savaient l'avenir : la catastrophe des Français était « inévitable' ».

Au pied de sa vieille citadelle, le long de la Meuse, Sedan allonge ses rues droites, ses maisons hautes et serrées, ses usines et ses comptoirs. Les fortifications, construites au xvii' siècle, sont hors d'usage ^ depuis l'emploi des canons à

I. Sur la bataille de Sedan, Revue d'histoire, rédigée par l'étal-major de l'armée française, novembre 191)6 a Janvier \WI; La guérie de IB70-T1, par le Grand blal-Major allemand.

S. Une compafftiie de génie, envoyée pour le délruire, mais sans poudre ni ouIIIb, était rentrée â Sedan.

3. BuBch. Le comte de Bismarck et sa suite, p. 73. Sheridar. Personal Memoirs. t. l\, p. 399. Le 27 août, un Français qui connaiSBait bien la rêjtion, disait en nionlrant Sedan des hauteurs de la Mariée : « Voilà où notre armée ira se faire prendre, u Souvenirs personnels de M. Gabriel Monod, infirmier volontaire en 1870.

t. I^s remparts ont étù rasts depuis la guerre.

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longue portée, car au Nord comme au Sud a'élagent des collines loujoure plus hautes qui domineat les remparts jusqu'à les écraser. En face de ta ville et sur l'autre rive, la colline remonte brusquement jusqu'au bois de ta Marfée qui la couronne de ses frondaisons ; au milieu de ta pente, un champ de trèfle twrdé de quelques arbrisseaux forme une terrasse étendue, d'où le regard plonge sur la vattée, te cours serpentant de ta Meuse, la ville de Sedan, Bazeilles à l'Est, elle ciiâteau de Beltevue à l'Ouest; au Nord, les lignes ondulantes des Ardenncs ferment ce paysage gracieux et varié De ce belvédère, le roi de Prusse suivit l'effondrement de l'armée française. Pendant la nuit, les troupes allemandes avaient avancé leurs positions, et déjà elles esquissaient le mouvement double et tournant où les Français devaient être écrasés ; à l'Est, les Bavarois s'étaient avancés jusqu'à Bazeilles; à L'Ouest, les troupes du prince royal de Prusse avaient franchi la Meuse à Donchéry et inondaient la route de France ; seule ta vote du Nord était libre encore, mais elle ne menait qu'à ta frontière de Belgique. Pour écliapper à i'étouffenient, les soldais français devaient briser en quelque point ce cercle qui allait se resserrant à chaque instant; à six heures du matin, Mac-Mahon se portait vers Bazeilles, pour assister à l'allaque première des Bavarois et tenter de percer dans leurs rangs une trouée vers l'Est, lorsqu'il est atteint d'un éclat d'obus ; Ducrot, désigné par le maréchal, est pour prendre le commandementetordonnerla retraite encore possible vers l'Ouest, lorsque de Wimpffen, arrivé de la veille, exhibe une lettre du ministre le chargeant du commandement en chef, cl prescrit de foncer vers t'Est où les masses profondes des ennemis s'opposent irrémédiablement à la marche des Français. « Nous som mes 'perdus », s'écrie Ducrot; il avait la vue juste. A ce moment, le roi Guillaume et Bismarck montaient sur

lOS BISMARCK

le coteau de la Marfée ; partis de Vandresse à six heures, ib arrivaient à huit heures en vue du champ de bataille, au moment méoie où une grande batterie bavaroise ouvrait le feu contre la citadelle '. Et, de leur poste bien choisi, ils surveillaient d'heure en heure les iocidcais du combat. D'autres les avaient rejoints, les deux, conseillers de guerre, Moltkeet Roon, des princes, le grand-duc héritier de Mecklembourg, les duos de Cobourg et de W'eimar, le prince Charles de Prusse, des ofCciers étrangers, l'Anglais Walker et l'Américain Sheridan, et des généraux, des aides de camp, des conseillers de ministère, des journalistes'. Dans cette brillante assistance, nulle anxiété : les âmes n'étaient point serrées d'angoisse, comme au jour de Sadowa, car le résultat était certain ; tout au plus l'émotion d'un beau spectacle, le lancement d'un grand navire, avec un battement de cœur à l'ios-, tant où la poupe va flotter : ce bateau, c'était la nef de l'Allemagne nouvelle, que baptisait le sang de 25000 braves.

La journée s'avançait, et chaque heure marquait un progrès des Allemands ; à l'Est, Bazeilles était en flammes, llammes non de guerre, mais de colère et de vengeance ; la maison des Dernières Cartouches, criblée de projectiles, se rendait à son tour et un officier bavanus arrivait à temps pour sauver la vie aux vaincus et l'honneur aux vainqueurs; la villa Beumiann s'effondrait sous le choc des obus; les Allemands franchissaient le vallon de la Givoone et cernaient les français par le Nord. A l'Ouest, les soldats du prince IVédéric-GuiUaume s'avançaient rapidement par les ponts (le Donchéry, envahissaient la rive droite de la Meuse,

I. Lp roi Gaillatime à la reine, 1" septembre 1870. Oncken. Uiuer H«li/eiikaiser, p, Ii7.

S. Sheridan. Pertonal Memoirt, t. Il, p. iOl et i Mdller. t. i, p. U8 et suiv. Stosch. Denkϝrdigkeile

DK BEBLLN A 6EDAN 1«

retnotttaieiit au oord de Sedan pour rejoindre leurs frères d'annes. En vain Ducrot porte-t-iL contre' eux l'efbrt de ses féserves, Margueritle tombe luoiieUement atleint, Galliffet laoce sur les Prussiens ses cavaliers enivrés d'héroïsme ; sous les balles et les baiooneUes, ils tombent et se fondent, a Ah ! les braves gens », aurait dit le roi de leurs ennemis. C'était fini, le désasti'e était à son pleÏD, la débâcle commençait.

Du coteau de la Marfée, Guillaume et ses conseillers jugeaient passée l'heure du combat, arrivé le moment de la capitulation. A trois heures, le roi donna l'ordre au colonel de Broossart et au capitaine de Winterfeld, de se rendre & Sedan pour sommer la place et l'année de se rendre '. Les deux officiers descendent au trot la colline, et les rangs des Français s'ouvrent devant leur drapeau blanc. Sur le coteau, le feu s'est arrêté par ordre du roi, et, eu attendant le retour des paiiemeotaîrea, on discute tout en mangeant ; les soldats oai apporté une collation, des côtelettes, quelques légumes, du vin et l'eau d'une source ; un verre de sherry à la main, Ksmarek discute l'ampleur du succès, le nombre des prison- BÏers, les victoires du lendemain, et comme le général SheridaD suppose que l'empereur Napoléon est dans la place, le «haoceher l'intei'rompt, sceptique et goguenard : « Oh ! non, levieux renard est trop rusé pour être pris en pareil piège ; il s'est sans doute évadé sur Paris. » Mais le vieux renard avait perdu tout flair.

Un silence profond se produit, car un officier remonte au gtàop la pente, le capitaine de Winterfeld qui proclame à

1. Le roi a la reine, 1" septembre 1870. Oncken. Unier Heldenkaiter. p. liS. Aut MatMtr Friedrich* Tageiuch, 1" septembre 1B70. Duc Ernest deCobourg, ^(u»wiiuin£eA«n, (, l[l, p. 657. Sberiian, Perêonal Uemairs, L II, p. 4M. La gueire franco^lemnnde de 1870-1871 par le Grand ÉUil- Major prussien, p. 1S16.

! voix la capîtulatioD de l'empereur, l'envoi d'un général aïs muni de pleins pouvoirs. Un drapeau blanc se lève 1 citadelle pour annoncer sa reddilion. Et le colonel de âsart se précipite pour confirmer le plein triomphe, tre Majesté, Sedan capitule avec toute l'armée et Teinir qui s'y trouve. » La joie déborde, générale et sans âge; chacun félicite le roi et le roï félicite chacun. Et arck, pensant aux vieilles luttes pour la couronne, ajoute laroles devant le prince héritier de Wurtemberg : « Ce assure et affermit les princes allemands et les principes irvateurs '. »

I nouveau silence se fait, car un homme monte lentement lline, à cheval, en uniforme de général français, mais épée ; à dix pas du roi, Reille s'arrête, descend de sa ure, et, le visage grave et triste, « respectueux mais :* », tend au vainqueur la lettre du vaincu. « Monsieur frère. N'ayant pas pu mourir au milieu de mes troupes,

me reste qu'à remettre mon épée entre les mains de e Majesté. Je suis de Votre Majesté le bon frère, Napo-

Sedan le l'^septembre 1870 '. » Reille s'est retiré, le roi n fils sont isolés, trois hommes seuls les approchent, larck, Roon' et Moltke. Le chancelier Ut la lettre, qui ne nlenle pas, car il n'y est question que de l'épée de Napo- , et non des armes de ses soldats ou du drapeau de la

^e prince royal de Prusse ilans son Tagebuch, loc.cil.Ct. Gftn.von Bluiat.Taffe*uc'i6W/(er,p.93.ComleP,Hal/fel[lt,F'e(rfsuffs6rie/'e,!sepl.1870. ^es reproducUons photographiques de ce document se trouvent dxns i ouvrages allemands, notamment dans la Guerre franco-allemande 70-71, p. im.

ion nu Biné venait û'Hrc mortellement blessé. Rooni DenIcwOrdig' i, t. Il, p. 461. D'après Sheridan et le prince de Prusse, il assista noins A ces délibérations. La lettre de Doon a sa Temme n'est point mue â destination.

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France'. Tous cinq combinent la réponse; un conseiller, HaUfeldt, la rédige sous leur dictée ; un officier, d'Alten, tient sur un genou une chaise, son sabrelache sert de sous-main, et, sur celte table improvisée, le roi de Prusse écrit à l'empereur des Français : « Monsieur mon frère. En regrettant les circonstances dans lesquelles nous nous rencontrons, j'accepte l'épée de Votre Majesté, et je la prie de vouloir bien nommer un de vos olliciers muni de vos pleins pouvoirs pour traiter de la capitulation de l'armée qui s'est si bravemeol battue. De mon câté, j'ai désigné le général de Moltke à cet effet. Je suis de Voire Majesté le bon frère, Guillaume. Devant Sedan, le 1" septembre 1870. » Le général Reille redescend la colline ; le roi, son fils ne peuvent retenirleurs larmes, Bismarck ne pleure pas, il pense aux négociations, où l'impitoyable dureté est son domaine, il veille au départ de Gu&taume qui disparaît au galop loin des discussions où il ne faut pas qu'il soit. Et l'ombre du soir, l'ombre douce et fine de septembre, descend lentement sur ce spectacle, des villages en flammes, 5.000 cadavres, 20.000 blessés qui gémissent douloureusement.

Au pas lent de leurs chevaux, Bismarck et Moltke descendent la colline et la roule de Mézières ; ils débattent les conditions de la capitulation, et leur accord est parfait, il ne faut point ménager les vaincus qui ne pourraient accepter avec résignation leur défaite. La nuit est noire lorsqu'ils s'arrêtent au bourg de Donchéry ; dans la grande rue, une maison bourgeoise étale sa façade blanche et ses volets verts, demeure paisible d'un médecin de campagne, où sera disculée la reddition de cent mille soldats et d'un empereur ^

1. C'est la remarque qu'il Gt peu d'beures après aux généraux d.- Wimpflèn et de Casieinau. Busch. Tagebuchbldller, t. I, p. 157. t. C'est par erreur que le général prince Bibceco, Belfort. Reims ei

A neuf heares, arrive le général de WirnpfTen ; en vain a-lil voulu se soustraire à ce pénible devoir en of^nt sa démission de commandant en chef, ses frères d'armes ont protesté qu'en présentant au matin sa lettre de service il s'étah obligé à diriger l'armée même dans sa capitulation et il a dû s'incliner devant l'ordre de son maître. Le général Faore, son chef d'état-major, le général Castelnau, représentant personnel de l'empereur, d'autres officiers l'accompagnent.

Quelques hommes s'asseyent devant une table, Bismarck et M(4tke d'un c6(é, WimpITen et Castrinau de l'autre, nn oflicier allemand, Nostitz, sténographie les paroles qa'ils échar^ntV Le général de Wimpffen expose que son désir personnel était de continuer la Intte, mais rerapereur a exigé la cessation d'un combat sanglant ; il demande que l'armée française puisse se retirer avec armes et bagages dans une province Française sons l'engagement de ne plus servir eo^re les armées allemandes pendant la durée de la guerre. Nfeia Mottke répKque net et court : « Tonte l'armée sera prisonnière de guerre. » WimptTen s'indigne, cite des précédents, Mayence, Gènes, L'Im, se débat. Bismarcii akws intervient : « C'est la France qui a déclaré la guerre, dit-il. L'Allemagne défflre le prompt rétablissement de la paix ; noos ne devons donc négliger aucun moyen de diminuer la durée de la lutte et l'un des plus efficaces est de priver la France d'une armée importante. . , Aussi , après en avoir déiil>éré, noos 8V(hi9 décidé que nos conditions seraient celles-ci : votre armée déposera les armes et sera conduite prisonnière en Allemagne, n Le

Sedan, p. 170, a Écrit que ces premières négodstiouB curent ^eu a« cbdteau de Bellevue.

i. Récit de Mollke dans ta Guerre fratico-aUemande de 1870-187i, p. J220; de Wimpffen dans son livre sur Sedan, p. Ï39 et suiv. ; de Bismarck, dans Buscb, Tagebuchbldlter, t. r, p. 1B5 el suiv. Ces récits concordent ft peu prés, les mots dllltrent, [e sens est le même.

général de Castelnan (éjecte que l'empereur n'a rendu son épée au roi que dans l'espoir d'une capîtulatitHi honorable. • Quelle épée, réplique Bismarck ; celle de la France ou celle de l'eropereor? — Celle de l'empereur. C'est assez. — Eh bien ! di( virement MolUie avec un sourire de contentement, il ne peut être question d'autres conditions, n

Bismarck renchérit : a On pourrait disenter sur d'autres bases si vous avies un gouvernement durable et solidement étaMi '. Mais êtes- vous sûrs d'avoir demain le gouvem^nent que vous avez aujourd'hui et pouvez-vous répondre que celuilà ratifiera nos conditions. » Sur un point seulement, les deux Allemands cèdent ; les officiers français pourront se retirer dans leurs îayers en engageant leur parole de ne plus servir pMidant la guerre ; pour le reste, les Prussiens sont intraitables ; avec sa rude franchise, Bismarck découvre sa dureté de demain, sa volonté d'exiger une indemnité de quatre millisrds et ta cession de l'Alsace el de la Lorraine allemande, m seule garantie pour nous, dit-il, car la France nous menace sans cesse et il faut que nous ayons, comme protection stdide, une bonne ligne stratégique avancée », Et comme WimpfTen se révolte à nouveau, parte de reprendre te combat, Moltke l'interrompt pour Itù proposer de pn»nener un oRicier Français dans les positions « d'où il peut brûler Sedan en quelques heures * ». Puis il ajoute : a Dès demain au point du jour nous recommeneenms le Ten. » Bismarck allonge cet uhime délai jusqu'à neuf heures du matin. Et l'entretien se termine aiptis minuH, sans échange de signatures, car WimpfTen veut consulter les autres générau.x français, mais

1. BiBmarcfc et ses coiueiUerB élaient renaeignËs sur l'opinioi) publique en France aiisti Ueo que le goaTcrnemenl impérial. Abeken. £tn tcMiehte»

1. Bibmev. B^fort, Suim» et Sidan, p. 173, à'»pi6t une note d'an <^cier de l'âlat-major de Wlmpffen.

avec une conclusion forcée : déjà Holzfeldt traduit en français les clauses de ta capitulation.

Bismarck dormait encore, lorsqu'il est réveillé par son domestique, Engel, qui lui crie qu'un général français est à la porte. C'est Reille qui demande à parlerau nom de Napoléon. L'empereur, fauteur de tout cela, avait passé la nuit à la souspréfecture en songeries douloureuses. A l'aube, il se décide à rejoindre le roi Guillaume pour obtenir de lui de meilleures conditions; il part à cinq heures en voiture vers Donchéry, et s'arrête à deux kilomètres du village ; il envoie Reille quérir Bismarck, et le chancelier s'empresse à cheval, en vieille casquette et grandes boites ' ; il rejoint Napoléon qu'entourent Casteinau, Reille, Moskowa, quelques officiers; se voyant seul, le junker de Schjinhausen exquisse un geste à son revolver, l'empereur s'étonne, l'homme des cours se ressaisit, et, à pied, casquette h la main, s'.tpproche de l'impérial vaincu : « Je salue, dil-il, Votre Majesté comme je ferais à mon roi. » Us se regardent un instant, l'empereur l'oeil vague el lointain, le ministre le regard dur et droit; Fontainebleau, Biarritz, Paris avaient été leurs étapes, & chafune, l'un avait grandi, l'autre était descendu; dans cette claire matinée d'automne, ils se retrouvaient une dernière fois sur la grande route du destin.

L'empereur exprima le désir de voir le roi. Mais Bismarck lie voulait pas que cela fût, car Guillaume aurait pu céder sur quelque point et tout devait rester inexorable. Le chancelier répondit que son maitre était à Vendresse, à vingt

I. Rapport de Bismarck au roi, i septembre 1870. Hatin-FUrgl BUniarck, t. II, p. 109 et 8uiv. Bismarck a sa femme, 3 septembre. RËcits de Bismarck à. Busch, TagebuchblaUti; t. I, p. 158 el suiv. ; à Sheridan, Personal Memoin, (. [|, p. 406 et suiv.; â W. Russel. Sfy diary during Ihe latl :/ieal war, p. iW et suiv. ; au prince de Uolieniolie, Denkwûrdigktilen , l.|[, p. £D1.

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hilomètres de distance ; Napoléon demanda quelle décision était prise à spn égard et où il devait se rendre ; Bismarck répliqua qu'il ne connaissait pas ta région et proposa de conduire le souverain à sa maison de Donchéry ; Napoléon acquiesça et les deux hommes cheminèrent vers le boui^.

A cinq cents mètres du village, deux maisons dominent la route, chélîves demeures de paysans ou d'artisans. Napoléon s'arrête devant la seconde, et s'enquiert si l'on y peut entrer ; Bismarck-Boblen va la visiter, et trouve ouvert le logement du tisserand Fournaise ', ij ordonne de nettoyer une chambre et revient dire que c'est là une pauvre maison ; l'empereur la préfère ainsi et monte avec Bismarck le court sentier qui mène de la route au seuil ; par un méchant escaher en échelle, tous deux parviennent dans une salle que meublent quelques chaises, un buflel, une table en bois blanc ; ils s'asseyent et la conversation s'engage, pénible, coupée de longs silences. L'empereur déplore cette guerre, il ne l'a point désirée, ditil, il y a été contraint par l'opinion publique ; il espère obtenir pour son armée des conditions plus douces, le droit pour ses soldats de conserver leur hberlé en déposant les armes ; mais Bismarck répond que cette question est du domaine exclusif des militaires ; Moltke a été prévenu, il parait mémo un moment et repart pour s'entretenir avec son roi. Bismarck ajoute qu'on peut délibérérec dès maintenant sur les conditions de la paix ; mais Napoléon objecte à son tour qu'il est prisonnier et ne peut prendre de décision à cet égard, le gouvernement de Paris seul en a le droit. Après trois quarts d'heure, l'empereur désire respirer le grand air; tous deux

I. Noie de M. Fournaise, remise à l'auteiir: M. Pouraaise n'occupait qa'uDC partie de la maison ; son Trërc et un autre ménage habitaient le Teste. Cf. Comte P. Hatzfeldt, Feldiugsètiefe,t septembre 1870.

HiiTtii. — Biuiurik. IH. — B

deflcendent et s'aBseyent au jardin surdescbaîses dépatllées' ; plus loin les ofQciere des deux années font cercle ; la pénible conversation continue, puis Bismarck retourne à Donchéry, pour changer ses vêtements de combat ; et l'empereur reste seul, marchant à pas lents le long des buissons, allumant des cigareltesque machinalement il rejette, tandis que, dans les planta de pâquerettes et de verveine, les abeilles bourdonnent doucement.

A dix heures, Bismarck revient et propose à Napoléon de le conduire au petit château de Bellevue, où les militaires pourront signer la capitulation et les monarques s'entretenir ensuite. L'empereur accepte et part en voilure, accompagné d'une escorte d'honneur qui était de soldats prussiens. Sur un éperon qui domine une courbe de la Meuse, le château de Bellevue blottit entre de hauts arbres ses pilons et ses vérandas. Eu mfime temps que Napoléon et Bismarck, y sont arrivés les généraux de France et d'Allemagne. Dans la matinée, un grand conseil de guerre a réuni tous les chefs de la défense, et WimpOeo a développé les conditions qu'imposait l'adversaire : plusieurs se sont révoltés, Lebrun a protesté contre le sort privilégié réservé aux officiers', deux généraux se sont refusés à accepter les exigences des Allemands ; mais un colonel prussien, envoyé par Moltlte, vient presser la déhbération, et le conseil est contraint de céder. Wimpffen retrouve à Bellevue MoUke et Bismarck, il combat encore et avec tant de vaillance, que, pour n'être point entraîné, Bismarck sort et laisse le général français à Moltke seul ; avec celui-ci, la pitié n'est point à craindre. Enfin, à midi, tout est signé.

1. La chaitiu de l'empereur estau mueée Bismarck ft SchOnliausen. i. Lebrun. Bazeilles-Sedan, p. leu, Cetio clause a présenté les plus grands incunvËnienls et ne devra plus être admise.

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Rîeo ne s'oppose maintenaDt & renli-evuu des souvcraina. Depuis quelque temps, le roi Guillaume attend sur une hauteur près de Sedan ; Bismarck va le trouver; le prince royal, Roon, Mollke sont là également, et ils discutent sur le sort de l'impérial prisonnier, qui les embarrasse depuis la veille ' ; le prince Frédéric-Guillaume propose un départ discret pour le château de Wilbelmshôhc, ancienne résidence des électeurs de Hesse ; ainsi en est-il décidé. Puis, vers deux heures, tous s'avancent vers le château de Bellevue. A la porte d'uoe . véranda, l'empereur paraît, le roi le rejoint; la porte est

oIOBC*.

Giùllaume a préparé sa première phrase : « Sire, le sort des armes a déùdé entre nous, mais il m'est bien pénible de revoir Votre Majesté dans cette situation ^ » Dans l'élé^nte vtUa comme dans l'humble chaumière, la conversation' est difficile; elle roule sur la bravoure des combattants, la situation des corps d'armée, le départ du vaincu, la responsabilité de cette guerre. « Je n'en ai point voulu, renouvelle Napoléon, l'opinion publique m'y a forcé, — L'opinion publique forcée par le ministère », réplique gravement le roi. U disait vrai.

Au bout de vingt minutes, l'entretien prend fin ; les monarques sortent ; le prince royal, Bismarck, les généraux des deux armées s'avancent, et les présentations se font, comme à la cour. Puis tous se séparent.

Dans un vent d'enthousiasme et d'orgueil, Guillaume

1. Abekeo ft sa femme, 3 septembre 1870. Eiit achlickles Leben, p. *0S, I. Le roi à la reine. 3 septembre 1870. Oncken. Unaer Heldenkaiier, p. 206. Aut kaitei- Priedricha Tagebuch, a septembre 1870.

3. Ces paroles, reproduites par le roi à la reine, dnns la lettre du3 septembre, ont été entendues par le prince de la Moskowa, aide de camp de l'empereur au moment où il se relirait, l'rinco de la Mitskowa. Quelques noie* intimes »ur la guerre de 1870. Le Correapondanl, du 10 décembre 190*. p. 968.

parcourt jusqu'au soir le champ de sa victoire, et Bismarck à son c&té dresse sa (aille gigantesque ; les tambours allemands battent, les soldaU prussiens acclament, tandis que mornes et désespérés les Français déposent leurs armes et brûlent leurs drapeaux. Le cortège royal pssse la Meuse, monte à lUy, descend à Bazeilles, dans l'odeur de la poudre et des incendies. » Pouah, ces Français qui brûlent », disait Bismarck à Sheiidan '. Le cortège ne se disloque qu'à la nuit noire, au milieu des éclairs et d'une pluie déchaînée.

Le lendemain, le roi réunissait à son quartier de Vendresse ses conseillers du triomphe, et, à la fin du repas, il levait son verre a à vous, ministre Roon, qui avez aiguisé l'épée ; à vous, général de Molike, qui l'avez dirigée; à vous, comte de Bismarck, qui avez porté à sa hauteur actuelle la politique prussienne en la dirigeant de longues années, n A la même heure. Napoléon 111 prenait la route de la prison et de l'exil, et les soldats français s'entassafent dans la presqu'île d'iges, le camp de la misère.

Deux jours après, l'Empire s'effondrait. La régente et le jeune prince étaient en fuite ; le Sénat et le Corps lé^slatif s'évanouissaient; des hommes nouveaux prenaient le pouvoir; des armées de la France, l'une était prise à Sedan et l'autre prisonnière à Metz; plus de frontières, plus de gouvernement, plus de soldats, il ne restait plus rien.

« Il restait la France. »

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