NoU du 10 octobre 1870. Be/aine. L'armée du Rhin, p
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les Parisiens, coni{>easer les défaites de U fnHitière par une réaction en France, jouer au ppoteoleur, tel était le v^ie rêve du maréchal, et déjà, en 1793, Dumouriez avait prétendu il ce r6ie ' : aucune des deux ambitions ne se réalisa ; mais, en tS7ô, la France paya.
Le général Boyer arriva à Versailles le li octobre sous la surveillance d'un oIScier prussien. Il ne vit que des Allemands, c'était un ordre de Bismarck, il fallait que rien ne parvint au général que de la bouche du chancelier. Et il lui esquissa la situation &\ traits noirs, l'anarchie régnant en France, les départements de l'Ouest livrés à la guerre religieuse, les villes industrielles ouvrant leure portes sans résistance, les francstireurs faisant autant de mat aux Français qu'aux Allemands ; il dépeigit à sa bçon les hommes du gouvernement parisien, les diverses compétitions qui, « en dehors de l'Empire, se disputaient le poiivoir ». Ayant ainsi posé ses préliminaires, il ajouta que les soldats de Metz ne devaient pas cA>tenir meilleur sort que leurs frères de Sedan. « Pourtant, ajoula-t-Jl, je puis, moi, faire valoir des considérations politiques et obtenir de meilleures conditions. » Mais, et c'était sa réserve essentielle, il fallait qu'il pût traiter avec un gouvernement réguUer ; il s'assura que l'armée de Metz n'avait pas pris d'engagement avec le gouvernement de la Défense nationale. Il Nous pouvons nous entendre, dit-il enfin, je ne vous propose pas de traiter avec l'empereur ; il est prisonnier el l'on pourrait admettre qu'on exerce une presàtm sur ses décisions. U n'en est point de même de l'impératrice ; elle est sur un terrain neutre et en dehors de toute action directe du gouvcmemenl. » Et il termina en indiquant que l'armée de Melz devrait mnnifester a sa fidélité à la régente » et« obtenir
1. Oiic'kun. 0<i/< ZeitcUer dte Kaiter» Wilhdm, t II. p. S8t).
DE SEDA» A VERSAILLEIS ItT
de l'impératrice la signature des préliminaires de la paix m '. KsiBU^ entrait-il è la possibilité de eetle combinaison ? Cberchait-il seulement à compromettre Bazaine ? Voulait-il gagner le temps d'affamer la garnison? c'était là une de ces combinaisons compliquées où il excellait et dont il tirait des profils imprévus. Le lendemain après en avoir conféré avec le roi et son conseil, il renouvela ses propositions politiques et militaires. Le général Boyer n'osa accepter sans en avoir ré£éré à son chef et repartit pour Metz.
Le 18 octobre, le général Boyer exposa en conseil de guerre les conditions politiques de Bismarck, la nécessité pour l'armée de Metz de se déclarer « toujours l'année de l'Empire, décidée à soutenir le gouvernement de la régence », les démarches à obtenir de l'impératrice, l'éventualité d'un traité de paix entre ie gouvernement altemand et la régente. La discussion fut confuse, contradictoire *, Le conseil résolut de tout tenter pour obtenir une convention militaire bonorable. Il décida d'envoyer le général Boyer auprès de l'impératrice, pour négocier sur les bases indiquées par Bismarck ou obtenir que l'armée fût déliée de son serment 6 l'empereur. Le 22, le général Boyer était auprès de l'ex-souveraine : celle-ci télégraphiait à Bismarck par l'intermédiaire de l'ambassade prussienne à Londres et elle écrivait directement au roi Guillaume, sollicitant un armistice avec vivres -pour l'armée de Metz. ïk'. ravitaillement, Bismarck ne voulait point : il répondit le 25 qu'il ne loi était pas possible d'accorder une susp^sion d'armes. La veille, il avait écrit à Bazaioe qu'aucune des conditions qu ' « tl avait désignées
t. DépMtUon du général Boyer au procËs Bazaine. toc. cit.. p. 3t9 ei
2. Procés-verhal de la ronférence des commandants de corps, la octobre tSTO.
D,9:zea.,GOOg[f
éral Boyer comme indispensables avant d'entrer en ions avec la régence impériale, n'avait été réalisée ; les ions arrivées de Londres étaient inacceptables, lln'ent plus aucune chance d'arriver à un résultat par dea ions diplomatiques ».
nps s'était écoulé, les provisions des assiégés étaient , — c'était peut-être le but même des négociations de k. Après un dernier conseil de guerre, le 27 octobre, rendait son armée sans conditions : 175.000 hommes t en captivité et les Allemands prenaient possession la Française.
égociationsne s'arrêtèrent point immédiatement entre k et l'ex-souveraine. Elle avait envoyé à Versailles !n sous-préfet, M. Théophile Gautier fils, avec une lettre roi et une mission auprès du chancelier '. M. Théoautier parvint à Versailles le 25 octobre, alors que Qciations relatives à la capitulation de Metz étaient 9. Le délégué arrivait avec des propositions plus î encore, car elles avaient pour but le traité de paix il oiïrait au vainqueur Strasboui^ et son territoire, la hine et une indemnité de deux milliards; sur le refus du er, M. ThéophîleGautier proposa de consfituerl' Alsace oire neutre, sorte d'État-tampon, avec plus ou moins ndance à son gré. Avec sa rude franchise, Bismarck ^u'il préférait garder l'Alsace. « Si le roi et moi reniez nous sans la rapporter, disait-il, nous serions reçus de pierres. » M. Th. Gautier resta à Versailles la fia du mois : l'armée de Metz était prisonnière ; laparte n'avaient plus en France un point d'appui; k n'avail'plus ft traiter avec eux ; il le dit sans fard à
phllfi Gautier fils. Une visiu au tomU de Bwnarck (octobre 1870).
M. Th. Gautier el chaîna M. de BemstorfT, son ambassadeur, .d'en informer l'impératrice ,
Tout en négociant avec Cliislhjrst, Bismarck traitait avec Paris.
< [| dtnait de l'autel et soupait du théâtre. »
Au général Boyer, il promettait de signer ia paix avec l'impératrice seule et non avec le gouvernement de la Défense nationale qu'il ne connaissait pas. Par l'agence Reuler il annonçait que le « gouvernement de la République ne constituait pas un danger pour l'Allemagne », et il indiquait par là qu'il était prêt à traiter avec lui. Un gênérai américain, Bumside, servit d'intermédiaire pour les nouvelles négociations. H avait succédé à Sheridan dans l'amitié du chancelier fédéral. C'était un excellent homme, doué des meilleures intentions, très désireux de contribuer aurétablissementde la paix ; à son insu, il servait d'indicateur à Bismarck, qui, à table et à l'improviste, obtenait de lui les plus précieux renseignements sur l'état des approvisionnements à Paris '. M. Burnsido vint ft Paris, s'entretint avec les membres du gouvernement, se rendit à Versailles et eut plusieurs conversations avec Bismarck : on parla vaguement' d'un armistice de quarante-huîl heures, puis tout échoua.
Après les républicains et les impérialistes, les royalistes traitaient avec l'ondoyant ministre. Le comte de Chambord avait écrit au roi GuiUaume pour M annoncer qu'il se conformerait au vœu de son peuple, maïs qu'il se refusait à toute annexion', el Bismarck écarta dédaigneusement sa proposition.
1. Buach. TagebachblaUer, 6 octobre 1870, l. I. p. 2"i. S. Conile d'Hérisson. Journal d'un officier d'oi-doitrumce, p. )6Ï et Buiv. L'auteur servait d'interprète et de parlementaire au général Bumside. 3. Aut KaUer FrUdrieh) Tagebuck. 8 octobre 1870.
Il ne négligeait aucun renseignement, ne renvoyait per» sonne, accueillait les plus modesles diplomates et sollicitaU, lea avis. Il mandait parfois auprès de lut le maire de Versailles, M. Rameau : 1res fin, très ferme, ce fonctionnaire s'était rendu de lui-même à l'hôtel Jessé pour traiter de questions administratives et électorales ; il avait plu ; et Bismarck le priait de venir h lui sous divers prétextes, en réalité pour sonder l'opinion publique dans la personne de son premier représentant. U lui parlait « des racines que Napoléon III avait encore dans le pays », maltraitait les républicains, et se retranchait derrière l'autorité du général Burnaide pour les qualifier « de fous et de tyrans » ; le tout était dit pour connaitre l'avis de M. Rameau ; mais celui-ci répondait tranquillement qu'il était « bon républicain », et que la République française ne désirait rien qu'une paix honorable ' ,
Pour éclairer l'opinion française, Bismarck avait sa gazette, Le Nouvelliste de Versailles, journal quotidien, politique, qui exposait à sa façon tes batailles el les négociations ; pour compromettre quelques adversaires, il y publiait les papiers saisis de.divers côtés, et, dès son premier numéro, annonçait que Garibaldi négociait le retour A rifalie de Nice et de la Savoie^. Le préfet prussien, M. de Brauchitsch, continuait en outre à publier le Recueil officiel de Seine-et-Oisc, pour répandre la bonne parole dans les mairies du département. Busch travaillait à jet continu pour les feuilles de l'Allemagne et de l'étranger sous la direction du chanceher qui n'admettait pas l'intervention d'un tiers en pareille matière. Schneider, le lecteur du roi, osait fré-
i. Delerol. Ver$aHlet pendant Voccupalion, p. 128 et Boiv., d'après los noies de H. Ramean.
i. Le Nouvelliste du 15 octobre 1870.
queoter des journalistes étrangers ' et envoyer quelques inlomalioQâ : Bismarck s'emportait coolre son <t manque de tact » el ses « busses nouvelles * ».
Absorbé par la péoiUe naissance de l'Eoiptre allemand ^, te chane^ief ne pouvailsuivre lesafiairesinlérieures de la Prusse; il avait laissé l'administration du royanme au comte Ealenbui^, ministre de l'Intérieur, mais il n'était pas possible Ji son tempérament autoritfùre d'abdiquer entre les mains d'autnii la moindre parcelle de son gouvernement, et il se plaignait chaque jour des actes de son lieutenant : Jacoby, le démocrate prussien, était-il arrêté pour ses opinions pacifiques? on avait eu loti, a l'homme pohtîque ne doit point se venger *». Les journaux de Berlin dépassaient-ils envers l'Angleterre les bome^ de l'impeKinence ? c'était la faute d'Eulenburg, qui ne daignait pas lire les dépêches de son chef*. Bismarck s'en consdaiten constatant la docilité des puissances étrangères, « h» Russie se montre très aimable, écrivait-il ; l'Angleterre, ft pari les fournitures d'armes, pas méchante ; Beust, incertain comme toujours; et nos amis américains ne savent plus très bien, depuis que la France est devenue une République, de quel c6té du visage ils doivent sourire avec le plus de bienveillance. Ils continuent & nous aimer ; mais la République ! Ils ne peuvoit plus haïr le Français ' ! ».
En vérité, il lui eût été malaisé de n'être point satisfait de l'altitude de l'Europe. M. Tbiers avait été reçu à LcHidres, Vienne, Pélersbourg et Florence avec une politesse déférenle
I. L. Schneider, .-lui meinem Leben, (. III, p. 334 (\\. ïuiv !. Aus Kaiser FrietMch'i Tagebuck, 9 octobre IHTQ. 3. Voyei ci-dessous, chapitre vi. La renaissance de l'Ea K. Buscb. Tagetmchblltltti-, 1. 1, 30G.