Bismarck A sa femme, 3 cl 12 novembre
i. Ati3 Kaiter Friedrich'i Tagibuch, 3 novembre 1670.
3. La prdclamsIiQn de Gambelta au peuple français après la chute de
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qu'ils n'avaient pu se meltre d'accord sur le ravîtaiUement et qu'ils avaient rompu sur cette question.
Le 5 novembre, M. Thiera se rendît aux avant-postes Trançab où il trouva Jules Favre et le général Ducrol : il leur exposa te résultat négatif de ses efforts : ou l'armistice aurait lieu sans ravitaillement, — ce que la population parisienne n'accepterait pas ; ou les élections procéderaient sans armistice, par permission des généraux prussiens. Jules Favre demanda à en référer à ses collègues de la Défense nationale. Le lendemain, il adressa une dépêche à M. Thiers pour l'inviter à rompre toute négociation et à quitter te quartier ^néral prussien. M. Thiers se rendit immédiatement chez M. de Bismarck pour lui notifier cette décision et lui faire ses adieux.
En annonçant, selon son habitude, à l'Europe l'échec de ces négociations, Bismarck déclarait que « les gouvernements actuels n'avaient jamais désiré sérieusement prendre l'a^'is du peuple français par de libres élections pour une Assemblée représentative ' ». Son entourage était plus franc ; le duc de Coboui^ avait déclaré nettement à M. Thiers que l'armistice n'était pas possible * ; Roon écrivait que « ces importantes négociations n'avaient eu naturellement aucun résultat " » ; Bismarck lui-même avouait dans l'intimité qu'il n'avait jamais cru. à leur succès. Il savait que l'état-major allemand n'accorderait l'armistice qu'à des conditions inacceptables pour les Français. En eut-il regret ? A ce moment il engendrait l'Empire allemand ; les délégués des États du
1. Circulaire de Bismarck, 8 novembre 1870. Hahn. fiirst Bismarck. t. II, p. 163 et suiv. U' roi Guillaume b la reine. G novembre 1S70. Oncken. linser lieldenkaiseï; p. iJ7.
t. Duc Erneat de Coboiirg. Aus mântm Leben, t. 111, p. 640 el suiv.
;i. Roon à BH femme, 6 novembre 1870. Botn't Denkwiirdigkeilen, I. Il, p. 501.
DE St:(>AN A VERSAILLES 1S0
Sud négociaient à Versailles et il leur raoonlajt à sa guise ses pourparlers avec M. Thiers ' ; il savait que les princes alliés seraient plus maniables aous le feu de l'ennemi que dans le calme de leurs résidences, et que l'EiDjûre allemand naitrail plus facilement à Versailles qu'i Berlin.
§ IV
Aux défaites de la France, la Russie n'avait encore rien obtenu. Après la capitulation de Metz, au moment où M. Thiers se rendait h Versailles, on pouvait croire à la paix. Le 3t octobre ^, le prince Gorlschakoff adressa aux puissances signataires du traité de Paris une circulaire pour en dénoncer une clause gênante.
En 4863, Bismarck avait lié la Russie et la Prusse d'un lien d'amitié, d'intérêts communs et de reconnaissance. On avait cru alors que la Russie élnit seule bénéficiaire de ce pacte, qui lui avait facilité la repression des Polonais ; un prompt avenir modifia cet avis ; de cet accorj, la Prusse avait tiré le plus d'avantage, car la bienveillante neutralité de la voisine orientale lui avait permis d'écraser les Danois, de chasser l'Autriche hors de l'Allemagne, de s'annexer quatre provinces et de préparer la renaissance de l'Empire germanique. Le pacte subsistait encore en 1870, et il avait amené le tzar Nicolas à menacer sourdement l'Autriche de son action si celle-ci intervenait. Mais le cabinet de Pétersbourg trouvait lointains les avantages de la convention de 1863 et nécessaires de nouvelles compensations. Bismarck perçut ces désirs : il pensa utile de libérer la mer Noire
1. Lorenz. ÂaUei- WUhelm und dU StegrUndung des Bdcht. |) . iOi. i. 19 octobre, style russe.
des chai^i^ imposées par te traité de Paris, ce serait la prime à sa neutralité, et, au moment de la déclaration de guerre, il sonda le prince Gorlschakoff en ce sens '. Le chancelier russe avait été, jusqu'au mois de juillet, porté à quelque bienveillance envers la France ; avant la guerre, it déclina les propositions de Bismarck ; pendant la guerre, il les reprit ô son compte.
En août et septembre, les négociations se multiplièrent entre les cours russe et allemande, négociations presque de famille, passées par l'intermédiaire de parents ou d'amis, la grande- duchesse Hélène, le grand-duc de Weimar. Le tzar Alexandre abondait en politesses, envoyait des décorations nouvelles à chaque nouvelle victoire, mais restait sur la réserve. Le chancelier GortschakofT, quoique pnjdent, ne dissimulait pas son intention qui était de provoquer un congrès pour mettre fin â ta sanglante guerre et en régler les résultats. De cela, Bismarck ne voulait absolument pas, et il te déclarait très haut au grand-duc de Weimar, pour que ses paroles fussent rapportées à Pétcrsbourg. Dès le 24 septembre, le grand-duc attirait l'attention du roi Guillaume sur la possibilité de gagner GortschakofT par des concessions sur la mer Noire, et des pourparlers s'engageaient à ce sujet entre le grand-duc et Bismarck'. A ce moment même arrivait au quartier général une lettre du tzar conseillant la convocation d'un congrès « non seulement pour enregistrer les conventions passées entre la France et rAUemagne, mais aussi pour poser tes bases du nouvel équilibre européen ». Bismarck s'indignait, et opposait au projet de congrès un énergique a jamais » ; mais il ne refusait pas de s'engager
1. Prince de Bismarck. Petuies et Souvtnin, l. Il, p. ISI. 3. Notes du grand-duc de Weimar, cilécs par Lorenz. Kaittr Wilkeln und die Begrûndung desReicha, ]>. t92 o( suiv , 505.
dans ta voie de transaction indiquée par le grand-duc de Weimar.
Les succès des armées allemandes, la possibilité d'une paix prochaine, obligeaient la cour de Pétersbourg à prendre une décision : le projet de congrès, favorable à la France et èi la justice, présentait des inconvénients pour la Russie même. GortschakofTl'abandonna résolument et décida d'écouter la voix criarde des intérêts russes. Mais il connaissait ses adversaires ; il voulut les mellre en présence d'un Tait accompli ; le 31 octobre, il écrivit la circulaire qui dénonçait les articles du traité de Paris sur la limitation des forces russes dans la mer Noire ; il envoya cette circulaire à ses agents pour la communiquer aux gouvernements de leur résidence; dépêcha à Versailles un délégué spécial, le général Annenkoff, puis s'enferma dans son cabinet, isolé de tous, attendant avec anxiété la réponse des puissances étrangères*.
La circulaire fut portée le 4 novembre à la connaissance des gouvernements anglais et autrichien, et l'impression fut très mauvaise, à Vienne comme à Londres. M. de Beust répondit par deux dépêches dont lui-même reconnaît « le ton uo peu acerbe * » ; il y déclarait ne concevoir ni admettre un doute sur la force de l'engagement réciproque a, passé à Paris en 1856 et y manifestait « sa profonde surprise sur les conséquences d'un procédé qui porte atteinte à un acte international signé par toutes les Grandes Puissances' ». Lord Granvitle exprima d'analogues sentiments de surprise et de protestation contre ce mépris d'un traité solennel * ; estimant qu'une entente était nécessaire entre les puissances euro-
1. Oncken. Doê ZeiiaUer dei Kaisers Wilhelm, t. Il, p. SIS. S. Comte de Beusl, SUmoires, t. U, p. 421.
3. Lo comte de Beuat au comie Cholek ft Pêterebourg, IS octobre 1870. t. Lord Gran ville à lord Buchaoan, A Pélersbourg, 10 novembre 1610. IbRm. - BiidiiKk. m. — 11
péennes ponr passer des mots aux faits, il envoya Odo Ruaaell, sous-secrélairc d'Étal du Foreign Office, à Versailles, pour gagner à son opinion te puissant chancelier ; ainsi les deux principales intéressées au débal, ta Russie et l'Angleterre, déléguaient en même temps on avocat auprès de Bismardt : pour la prenùère fois, le ministre prussien devenait l'arbitre de l'Europe.
Le geste de la Russie n'avait pu causer une vive surprise ail camp prussien, où il était prévu, mars il avait vexé par sa vivacité. Le nn Guillaume le traitait sans fard de « coup de Jarnac' ». Le général Annenkoff avait apporté au roi de Prusse une lettre du tzar, pour lui expliquer les raisoos de sa promptitude ; Guillaurae répondùt, qu'il ne tendrait jamais plus la main au prince GorischakolT : pour cet booirae d'une parfeûte politesse, c'était là le dernier des outrages. Bismarck n'était pas moins irrité. «Les sots garçons, s' écriaitil, ils ont commencé quatre semaines trop Ibt^. » Point si sots, car s'ils avaient agi après la conclusion delà paix, tous leur auraient fait opposition. Le chancelier fédéral ne pouvait critiquer les revendications russes, qu'il avait lui-^nème provoquées ; mais il en déplorait la forme et la précipitation qoi le gênaient singulièrement. Pendant les trois mois de la guerre, il avait réussi à écarter toute intervention en faveur de la France; l'acte de la Russie rendait inévitables des protestriiwis, des explications et des rivalités qui pourraient modifier la situatiwi en Europe; il était à craindre que dans cette mêlée générale le vaincu parvint h soulever un mouvement d'opinion en sa faveur et capable de gêner le vainqueur. La Prusse
1. Konj-i. Beusl und Andrassi/; DeuUche Revue ; XV, U, 28, d'aprëB le Souvenirs d'Andrassy,
2. Aas Kaiser Friedricks Tagebueh, 19 novembre 1870. Bismarck à s femme. 16 novemtfre.
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D'avfùt qu'un iolérèi : apaiser ceite querelle et gagner du temps ; un moyen était tout trouvé et Bismarck s'y arrêta sur-le-champ ; la réuaion d'une conférence.
Le 20 novembre, M. Odo Russell arriva à Versailles: il entretenait depuis dix ans avee le prince de Prusse des relations a d'estime el d'affection » ; 11 trouvait en lui le meilleur appui de la politique anglaise ; le 2i. novembre, au milieu de la journée, il fut reçu par Bismarck qui lui fit un » excellent accueil' » ; le chancelier exprima son élonn^nent de l'initiative russe et dissimula probablement ses négociations de l'été avee le cabinet de Péteraboui^ ; à l'eu croire, il ne désirait pendant la guerre avec la France s'immiscer dans aucune question élraDgère, ni même répondre officiellement & la circulaire du prince Gortschakoff; mais il voulait s'entremettre pour éviter l'explo^on d'une nouvelle guerre et conseillait la réunion d'une conférence internationale à Constantinople'. Il annonça à l'envoyé anglais qu'il télégraphiait à Pctersboui^ pour proposer ce remède adoucissant. A trois heures, il quittait Odo Russdl pour se rendre à la Préfecture, où le roi donnait un dîner pour fêter l'anniveratùre de la naissance de son Bis ; le ministre y annonça comme certaine la réunion de la conférence ; le soir, en effet, survint une dépêche du tsar qui acceptait la proposition du cabinet prussien^; et, à neuf heures, Odo Russell en arrivant à la rue de Provence apprenait que le gouvernement prussien proposait olficiellcment
1. Odo Russell à lord GranvUle. 22 novembre 11)70. Aus Kaiser Friedrich» Tagtbuek, 17 oorembre et suiv. Rapport de Rtsmarck au Bnndesralb, 30 novembre 1S70. PoHCbinger. FOtst Bismarck und daa Bundeêral, t. I, p. 330.