‹ Bismarck et son tempsChapitre 58 sur 270 · Adresse rédigée par Miquel. 30 juillet 1B · texte numérisé non relu

Adresse rédigée par Miquel. 30 juillet 1B

S. Augtburger Allgemtine Ztitang, dii 31 août IS'O.

ent de croire à une paix prochaine ; et le retour des ïrs devait amener l'unilé glorieuse, favorable à tous,' ant toutes les contradictions.

jeunes armées de la République, des soldats sans tissage et des généraux inconnus eurent l'audace de r à des troupes qui avaient balayé en un mois les ;s impériales et les maréchaux réputés. Chaque la paix semblait s'éloigner. En même temps, les etUons sur la « chose allemande » révélaient des snces presque inconciliables. Tout était remis en \n.

opinions différaient profondément sur la renaissance de lagne. Le parti progressiste reprenait les idées de tSiS, glise Saint-Paul et du groupe de Golha ' ; il voulait par les peuples, la constitution préparée par les Parleet votée par une Assemblée nationale, le pouvoir par un ministère responsable, sous le contrôle des s issus de la nation ; c'était l'Empire aux couleurs de ort, noir, rouge et or'. Le parti national-libéral se décla- H à toute transaction d'où pouvait naître l'ufiité germaet il se montrait ainsi fidèle à son pn^ramme politique, ait l'opportunisme pour base ; il représentait exacte- 'opinion populaire qui acclamait le futur Empire, sans e ses origines etdeses moyens. Le parti prussien, tout traire, avait un but précis, l'absorption de l'Allemagne par la Prusse, pour la gloire de la dynastie de Hohen- , et au profit de l'aristocratie prussienne qui avait le oie de l'administration elde l'armée. Roon, Blanckcn- Abeken gémissaient par avance sur les concessions

•'ez supra, l. I, chap, vi et vn.

iwig von Gerlach . Aufteicknungen aua $tinem Leben, t. II,

LA RENAISSANCE DE L'ËMPIREi: ALLEMAND 169

au nationalisme aUemand et les atteintes aux privilèges de la couronne prussienne'.

Les princes fédérés du Nord, inféodés en 1866, n'étaient point défavorables à l'extension de TËlat fédéral et à la création de l'Empire ; il leur convenait mieux d'être les vassaux d'unempereurallemandqueduroide Prusse, et les souvenirs du Saint-Empire, de l'indépendance des monarques germains, leur promettaient une situation meilleure dans leGrand Empire que dans la ConfédéraEion du Nord. Le roi Jean de Saxe, très fidèle allié depuis 1866, écrivait en octobre au roi Guillaume : « Mon intime désir est que la Confédération puisse s'étendre à toute l'AUema^e et qu'ainsi le lien noué dans l'ardeur du combat reste aussi solide pendant la paix*. » Le duc Ernest de Cobourg, heureux de la réalisation de ses lointaines espérances, reprenait ses projets de 1849, parlait d'élection par les princes réunis en collège impérial, et remettait à Bismarck un mémoire oCt il proposait la formation d'une grande Allemagne, comprenant les Étals du Sud, l'Alsace, la Lorraine, le Luxembourg ; l'Empire allemand renaîtrait et ainsi « serait reconstruite la grande demeure' ». Les grands-ducs d'Oldenbourg et de Weimar approuvaient, tout en insinuant que oi'empereurne devait être qu'un primus interpares '»,

Les quatre monarques du Sud étaient divisés, deux portés à l'union, et deux à l'indépendance. Le grand-duc de Hesse, membre de la Confédération pour la moitié de son petit Etat, n'avait rien à perdre à la formation de l'Empire ; son premier

1. Roon. DaikwardigkeiUn aua teinem Leben, t. U. p, 49* et auiv. Abcken. Ein $cklicAlM Lebttt, p. 460.

S. Le roi Albert de Saxe au roi Guillaume de Prusse, iO octobre 1B70. Haeael. Au* dem Leben de» KSnig» Albert von Sachsen, t. Il, p. tSB,

3. Au* Kaiitr Friedricha Tagebach, 9 octobre I8T0. Duc Ernest de Cobourg. Auê meinem Leben, t. lit, p. M3.

A. Mémoire du grand-duc d'Oldeobourg, octobre IS70.

.yGoOgIf

170 BESMABCK

ministre, H. de-Dalwigk, la veille encore exelusivisie passionné, éloil devenu impérialiste par résignation. Le grandduc de Bade était depuis longtemps l'apAtre unitaire du Sud ; en 1666, il avait demandé l'entrée de ses Etats dans la Confédération allemande ; au commencement de 1870, son premier minisire, Jolly, avait approuvé une proposition analogue, née au R^chstag berlieob ; dès les premières victoires, le prince et son ministre résolurent de travailler activaneol à la réalisation du grand dessein'. IDans ces deux Etats, d'ailleurs, les populations élaîeot fermentent acquises à l'esprit unitaire. Eîn Bavière et en VVurtembei^, la situation était bien différente. Le roi Louis, las de la décision prise en juillet, s'isolait dans quelqu'un de ses cbàteaux, mélancolique, impénétrable ; le ministre-président, comte Bray, pesait froidement les avantages et les ineoovénientsde l'unité allemande', et s'efforçait de ne sacrifier l'indépendance de la Bavière que sous garanties ou moyennant bénéfice territorial. Le roi Cfaarles de Wiirtembei^ reconnaissait « les dev(»rs nouveaux que lui créait l'attitude du peuple allemand », prenait le vent, et, par prudence, remplaçait M. de Vambtiler, l'iiomme de toutes les év<^utions, par un unioniste modéré, M. de MittlUlcht^ Dans ces deux royaumes, l'opinion publique était partage, ondoyante au gré des victoires, tout ensemble enthousiaste d'unité et jalouse de son indépendance. Car l'Allemand porte au cœur deux passions, l'amour du grand Empire germanûjue et l'amour de sa petite patrie,

i. Lorenz. Kaiser Wilhelni nnd die Bejranéung des Keicht, p. 3S8 et auiv,, d'après les archives badoises, mais avec des erreurs de délails, ■ p. ex. p. Ît2.

S. (iraf Otto von Bray Sleinburg. DenJCwanUgiceiten ans teinem I^ben, p. 136.

3. Baron von MiltnaclH. Erinnvrungen an m^mamlt (l«Bérie. 1104), p. 1 cl suiv.

LA RENAISSANCE DE L'EMPIRE ALLEMAND lit

Telles étatenl les opinions flottantes en Allema^e et qui se reflétaient au quartier général, dans le cortège « colossal, incroyat)le >>, qui traversait. les provntces de Fronce. Là, trois hommes étaient aux prises, le roi, le prince Frédéric-Guillaome, Bismarck; entreeux se jouait le destin de l'Allemagne.

Le prince de Prusse était impérialiste avec pas»on. Dans le parti libéral où étatentses amis politiques, ses conseillers, ses soutiens, il avait puisé les idées d'unité nationale qui y avaient cours depuis 1848 ; il voulait Condre toutes les monarchies allemandes en un seul Empire où les princes ne conserveraient que leurs titres et leurs droits personnels, où les petits États se dissoudraient dans le grand tout, où l'arbitraire des monarques serait remplacé parles droits du peuple. K Le roi de Prusse doit devenir empereur » , écrivait-il dès le commencement de la campagne', et il ajoutait que pour amener les princes à consentir leur propre effacement, il fallait aller jusqu'à la « menace » cl à la « contrainte' », msûs il n'enlevait aux souverains leurs droits que pour les confier au peuple ; le nouvel Empire devùt se fonder sur le r^imc pariementaire, avec une Chambre haute, où prendraient place comme des lorda les princes amoindris, un Reiclistag issu des élections directes, un ministère d'Empire, re^wnsablc devant le Reiehstag et devant la nation. L'émedes grands fpancfortois de 1848, de Gagern et de Radowitz, tressaillit d'allégresse ; un prophète leur avait succédé, et plus qu'un pn^hète, l'héritier mëmedc l'Empire.

Le roi Guillaume était l'exact opposé de son fils. Il était Prussien, umquement Prussien, et, dans son âme honnête et droite, il ne voyait aucune tiare plus belle que la couronne de Prusse, aucun titre comparable au nom de roi de Prusse;

i. Philippson. Dos Leben Kaiser Friedrichs lll. p. S42 et suiv, 2. Aui Kaiter Fritdrich's Tagebueh, i* novwnlwc 187U.

i à la tradition de ses ancêtres, il désirait augmenter son urne et « prendre son bien où il le trouverait» ; il n'était point hostile à l'unité allemande, mais à condition qu'elle slisflt à son profit seulement, et d'après le tempérament lien'. 11 avait parfaitement oublié qu'en 1849, en 1860, ait eu quelques velléités libérales : le conilit avec les tés, la guerre de 1866, la renaissance de l'Allemagne le mode de la force l'avaient ancré dans les idées de tra- 1 et d'autorité, qui lui étaient naturelles. L'Empire libéral irlementaire lui semblait un crime de lèse-divinité ; seule, ière unanime des princes le contraindrait à accepter la jnne impériale, car il ne consentirait à ce sacrifice, presque Itc déchéance, que pour lutter avec les élus de Dieu •e l'esprit damné de la Révolution, ^ant de « tailler et recoudre », Bismarck réfléchit. Il inféodé à aucun groupe, lié à aucune idée ; selon sa jroe, il agit en solitaire, à sa guise, sans parti pris, sire l'unité, mais faite par les princes et non par le le, pour la plus grande gloire de la race germanique et au profil du parlementarisme importé de l'étranger ; il bon [Prussien, mais il croit utile d'accorder dans nstitution du nouvel Empire quelque indépendance et [ue influence aux monarques de second rang ; il est ne d'autorité, mais il pense nécessaire de laisser au le le droit de parler et même de protester, pourvu qu'il ne e agir. 11 n'a point souci de construire sur un plan idéal, tprès des conceptions de théorie ; car il est l'homme des ,és et il n'envisage que les besoins politiques et les postés de l'heure présente, il tient compte de toutes les ons, et cherche à n'en mécontenter aucune, quitte & n'en

rkh Marcks. Kaiser Wilhelm 1, p. Ï97 et suiv.

satisfaire complètement aucune : il tirera une diagonnle entre des forces divei^nles*, — c'était sa façon de labourer et l'histoire a montré que son siltoa fut profond et fécond.

Il ne veut rienbrusquer; il annonçait, au début de son avènement, qu'il agirait & la façon du chasseur en marais « qui n'avance un pied que si l'autre est bien affermi sur une motte solide > ; il a traversé la grande part du marais allemand, il ne veut point s'envaser dans son dernier élan; il avance prudemment, à l'irnlation du prince royal, qui le trouve trop tenl. 11 ne parle d'abord que de Confédération allemande, puis il admet le mot d'Etat, AetcA; et, lorsque l'unité est faite par des traités dûment signés, il avance le titre d'empereur, qui vient naturellement sur les lèvres allemandes, et ne peut pluschoquer lessusceptibilitésdesprinces. Une veut forcer personne, et le prince royal s'indigne encore, car il est des résistances difïiciles à tourner, mais l'homme de fer ne violente que ses adversaires irréductibles, ceux qu'il veut écraser à jamais ; il ménage les alliés du lendemain. Ainsi a-t-illiéen 1866 à la maison de Brandeboui^ los petits monarques du Nord. Les princes amenés à l'Empire par la « contrainte » conserveraient à jamais la rancœur de leur affaiblissement; le sacrifice leur sera facile, s'ils croieiil agir spontanément; et toute l'habileté de Bismarck consiste à les convaincre qu'ils agissent à leur gré : ils sont décapités par conviction.

11 faut tout concilier, les scrupules du roi et les impatiences de l'héritier, les craintes des monarques et les ambitions des unitaires, tes droits de la Couronne prussienne et les revendications des libéraux allemands, les souvenirs de l'Autriche il

Page 1