‹ Bismarck et son tempsChapitre 60 sur 270 · Jansen. Giimkergoz Peler von OUenburg, p · texte numérisé non relu

Jansen. Giimkergoz Peler von OUenburg, p

'■ L& RENAISSANCE DE L'EMPtjtE ALLEMAND tTS

30 août, une grande réunion se lenût à Berlin et envoyait au roi Guillïwme «ne adresse poap réclamer la formation, d'un État allemand, homogène i!i l'intérieur, fortsnr ses frontières. La prinàpale feuille du Wùrtembei^, le Schwabische Merkur, demandait l'annexion de l'Alsace à la Prusse qui deviendrait le centre de la Confédération germanique.

La Bavière était phis farouche. Les journaux do Munich constataient la part décisive prise par les soldats bavarws dans plusieurs ciHnbats, vantaient la grandeur de la Bavière et concluaient à la nécessité de son indépendance; s'ils admettaient la possibilité d'une union germanique, ils étaient très réservés sur sa forme, et sembliùenl y mettre pour condition l'annexion de l'Alsace au grand-duché de Bade qui céderait son Pabitinat à la Bavière. Le gouvernement royal n'était pas rocùns discret. Bismarck avait tenté de dissiper ces craintes et son sous-secrétaire d'Etat, M. de Thile, avait affirmé li l'ambassadeur bavarois, Pci^las, que la Prusse ne ferait aucune violaice à la Bavière. « Onn'a point à chercher ni à faire l'unité allemande, elle est là », — avait déclaré le di[4<Knale prussien. It avait ajouté que « jamais la Prusse n'oublierait ce qu'avait fait la Bavière ' », mais la Bavière ne croyait pas aux belles paroles et se méfiait.

Après Sedan, le parti de la Grande Allemagne s'agita même à Munich, et demanda aux chek nationaux-lit>éraux de Berlin de venir à son aide. Les parlementaires prussiens esHmèrent, non sans raison, que l'initiative devait provenirde la Bavière* ; en réclamant l'unité allemande les Prussiens paraîtraient désireux de violenter leurs frèresduSud; ils résolurent donc d'envoyer en Bavière deux missionnaires de la

I. Perglas h Bray. 6 août iSTO. Grar von Bray.SlciDburg, DenkwardigkeiUn, p. tU.

ï. Unruh. Erinnerungtn, p. 309.

foi unitaire, Lasker et Forkenbeck, pour convertir les paTens du particularisme. Les deux hommes partirent sans mission odîcielle, mais avec l'approbation de Bismarck : ils s'entre* tinrent à Munich, Stuttgart et Carlsruhe avec les chefs parlementaires et avec les ministres ; tous admirent que l'unité allemande devait sui^r de la guerre, mais les hommes d'État bavarois el wurtembergeois insistèrent pour qu'on maintint une certaine indépendance 6 leurs Etats'.

A ce moment, le gouvernement de Bade prit l'initiative que déclinait le cabinet de Munich; te 2 septembre, M. JoUy, premier ministre du grand-duc, remit à la Prusse une note pour demander l'entrée de son État dans la Confédération du Nord, la transformation de cette union en corps de toute l'Allemagne, le rétablissement du titreimpérial.Bismarckattendit quelques jours avant de répondre; il transmit le 12 septembre une note très prudente; il ytraitaîtsurtoutlaquestiond'Alsace-Lorraine, mais restait très discret sur les destinées de l'Allemagne. « L'entente commune et personnelle des princes allemands, y était-il dit, ne peut demeurer sans résultat. » L'initiative devait rester aux gouvernements du Sud'. C'était tout; Bismarck se réservait; il appréciait la fidélité du grand-duc de Bade, mais il attendait mieux, l'initiative du roi de Bavière.

Le cabinet de Munich se décida, non sans soupirs et restrictions. Le 12 septembre, le comte Bray remit au nom du cabinet à son souverain un long mémoire où il exposait la nécessité d'unir l'AUemagne en Confédération nationale'. L'État né en 1866 ne peut être que provisoire, y était-il dit; les

1 . Lob lettres de Lasker dans n Au$ Eduord Loikera Nachlast •. DeuUcht Revue. XVII' année, p, 46, 166, 296.

2. W. Busch. Die KSmpft um Beichiverfiusiing and Kaistrlum, 1870-

însUtulions adoptas alors par les Etals du Nord ne peuvent s'étendre à l'Allemagne entière ; il ne. faut donc poml que la Bavière prenne simplement sa modeste place dans la ConfédéraUon du Nord, mais qu'une nouvelle Union soit créée, où entreront les Etats du Nord et du Sud ; celte fédération comprendra un Parlement avec compétence restreinte et une armée homogène en temps de guerre; maischaque État conservera le droit d'ambassade et de traité, le commandement de sestroupes en temps de paix, sa législation et son budget, la direction de ses services de postes et de ses chemins de fer. Telle était la conception du ministère bavarois, pleine de réticences^ timorée à l'excès, donnant peu, craignant beaucoup. D'ordre du roi Louis, le projet fut transmis au quartier général prussien.

En recevant cette communication, Bismarcli ne fut point étonné , car il ne s'attendait pas à un amoureux abandon de la Bavière ; peu auparavant, le roi Guillaume avait déclaré au due de Cobourg qu'« il n'y avait pas à compter sur la Bavière » et que Bismarck ne voulait exercer surette aucune pression'. Le chancelier pouvait donc considérer la timide proposition du comte Bray commme une invite à traiter, une première base susceptible d'élai^ssement. Le cabinet bavarois demandait aoit qu'on négociât au quartier général en France, soit que DelbrUck vint à Munich pour délibérer sur le projet de réforme. Bismarck préféra la voie la plus lente; DelbrUck étaitalors auprès de luià Château-Thierry; ilrésolut de l'envoyer en Bavière.

Bismarck poussait à l'extrême la jalousie de son autorité ; il brisa chez ses collaborateurs toute velléité d'émancipation ; mais, à ce moment, un homme lui était indispensable comme

I. Lorenz. Kaiter Wilheim und die Begrûndung dta Reieht, p. 333.

premier lieutenant en Allemagne, et il trouva en DelbrQck une rare intelligence des affaires, de l'initiative, de la prudence et de la sagacité ; pendant sept mois, cet homme courut les capitales allemandes, toujours en voyage d'Allemagne en France, inventent de nouvelles solutions à des difTicultés sans cesse renouvelées; à côté de Bismarck, il fut l'homme « indispensable ' » et le jaloux chancelier daigna le reconnatlre.

Déjft, le 3 septembre, Delbruck s'était rendu à Dresde sur Tordre de Bismarck pour s'entretenir avec le roi Jean et M. de Friesen sur « l'extension de la Confédéralion du Nord aux Etat» du Sud* »; l'habile ministre avait développé ce thème que le royaume de Saxe avait un intérêt particulier à Tunion avec les monarchies du Sud; car. Etal moyen, il était seul de son espèce dans la Confédération du Nord, isoléentre la Prusse et les tout petits; par la formation d'une grande Allemagne, la Saxe trouverait des égaux. Le roi Jean ne demandailqu'à'Suivre son puissant allié et se déclara prêt à négocier la renaissance de la grande patrie : il en avisa tout ensemble DelbrOck et le gouvernement bavarois.

A peine rentré à Berlin, Delbrttck reçut un télégramme de Bismarck qui l'appelait au quartier général du roi; le lOsoptembre, les deux hommes examinèrent ensemble à Reims les moyens de transformer ta Confédération du Nord en Union allemande, puis en Empire. Gagné par le kronprinz au programme hbéral, Bismarck pensait à convoquer le Zollparlament, représentant de l'Allemagne entière, pour exercer par cet intermédiaire une pression sur les princes; DelbrQck déconseilla cette mesure, car, disait-il, «il faudrait découvrir devant les députés les desseins de la Prusse, et cet aveu poui^

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