Bismarck à sa femme, 16 novembrelSTO
2. Freydorf, Tagebuch. 26 oclobre 1870 el auiv. Lorenz, loc cil. p. 3*S et
trouver un pareil accueil auprès des représentants wurtembergeois et bavarois; ceux-ci tenaient leurs collègues de Carlsrube pour des suppôts de la Prusse et conservaient envers eux une attitude froide et réservée, qui ne faisait qu'accroître la dévotion des Badois envers le chancelier fédéral. Bismarck n'eut pas d intervenir personnellement avec ceux-ci dans les négociations de détails : l'entrée de Bade dans la Confédération fut acceptée au nom du chancelier par Delbrttck et ne demanda qu'un seul entretien. L'oi^^iisalion militaire exigea plus de délibérations, car les Badois étaient plus Prussiens que la Prusse et demandaient l'incorporation de leur armée dans l'armée prussienne, tandis que Roon tenait à conserver son armée pure de tout mélange étranger, La venue du grand-<luc, le 3 novembre, facilita ces difficultés secondaires. Frédéric de Bade arrivait au moment voulu, pour seconder son gendre, le prince royal de . Prusse : d'un caractère aimable et ferme, il s'entretint avec chacun, prince ou ministre *, pour jouer le rôle de calmant dans ce milieu nerveux, tendu, vibrant.
Les négociations avec les ministres hessois flirent aussi aisées : Dalwigk était résigné, et s'il poussait parfois les soupirs du dernier soubresaut, il les étouffait par crainte de l'ogre. L'ogre se montrait bon enfant, et Dalwigk faisait du zèle : il se montrait « très coulant », et, bien que le prince de Prusse l'eût reçu « froidement n, il entrait complètement dans ses idées d'Empire libéral. Le i" novembre, il entreprenait les ministres, ses collègues, et divers princes, pour les convertir au régime parlementaire , avec ministère responsable et Chambre haute ; mais le comte Bray se déroba sous le prétexte, fort él^^nt, que Bismarck était opposé à ce système *■
1. AiuKaiitr Friedrichs Tagebueh, 3 novembre et Jours suivants. 3. Onckeo. Cm Ztitalter des Kaâeri WiUtelm, t. II, p. Î91.
Dalwigk délaissa ?on projet et s'abandonna à son sort. Que pouvait la Hesse, déjà fédérale à demi, prise entre Bade et la Prusse ? Mourir ou se résigner : Dalwigk préféra vivre.
Le Wurtemberg parut d'abord prêt à toutes concessions. Le ministère de Stuttgart agissait avec énergie. Un vote de la Chambre des députés avait démontré qu'il n'y existait pas la majorité des deux tiers, nécessaire pour adopter une revision constitutionnelle et accepter la formation du nouvel État allemand ; le cabinet résolut de consulter le pays et prononça le 22 octobre la dissolution de [a Chambre : les électeurs étaient l'Onvoquésà brève échéance.Leméme jour, MM, deMittnacht et Suckow arrivaient à Versailles et leurs premiers entretiens attestèrent leur bonne volonté. Dès le 25, Roon et Sulkow tombaient d'accord sur une convention militaire, qui devait intervenir entre la Prusse et le Wurtemberg, et serait analogue au traité qui reliait la Saxe au grand royaume. Il ne restait en suspens que des détails, qui semblaient d'un règlement facile, et un ministre badois écrivait avec satisfaction ; « Aucune difficulté sérieuse ne proviendra des Wurtembergeois; ils veulent sauver quelque chose pour leurs postes et télégraphes, peut-être obtenir une paire de modifications ; dans l'ensemble, ils acceptent la constitution actuelle', d Bismarck était si convaincu de leur adhésion, qu'il leur demandait de faciliter sa propre tâche. Le 30 octobre, à dix heures du soir, il se présentait à l'improvïste chez Mittnacht, il lui exposait la résistance des Bavarois et lui demandait si le Wurtemberg « dont les projets ne font aucune difculté », accepterait de traiter même sans la Bavière. Mittnacht répondit par une acceptation. Le chancelier fît un nouveau pas, et demanda si le roi Charles consentirait à
I. Letlrpile Jolly, du 28 octobre 1870. Baiimgarlen-Jolly. SlaalsmîHîiler
prendre l'initiative pour la proclamation de l'Etapire, Sur ce point Mitlnacbt était dépourvu d'instructions et dut déclarer qu'il en référerait à son gouvernement'. Mais l'entretien avait été si cordial que Bismarck se croyait en droit de compter sur l'acquiescement du Wurtemberg à la constitution fédérale du Nord \
Tout était arrêté par les exigences de la Bavière. Bis- ' marck avait fait aux ministres du roi Louis un accueil plein de coquetterie, avec un aimable enjouement et une invitation à un fin dîner au pavillon Henri IV & Saint-Germain ' ; il croyait facile de les séduire, car il était trompé par une déraarcbe du prince Luitpold ^. L'aide de camp du prince, M. Bercbem, s'était rendu en grand mystère auprès de Keudell, et lut avait demandé « conGdenlïeltement» s'il agréerait au roi de Prusse de recevoir « la parure de la couronné impériale M ; l'ami de Bismarck avait répondu naturellement que cette demande serait » fort bien accueillie* ». Cette démarche dissimulait une malice diplomatique : la cour bavaroise spéculait sur le désir des Prussiens d'obtenir la couronne impériale pour leur maître, et elle espérait, en faisant cette concession, obtenir pour elle-même un régime meilleur. Aussi, dès les premières négociations, Bray posa-lril à la renaissance de l'Empire de telles conditions que Bismarck et' Roon se rebiffèrent : les Bavarois voulaient conserver l'indépendance de leur diplomatie et de leur armée, et cela semblait intolérable aux Prussiens '.