Sur CCS négociations, W. Busch, loc. cit., p. 52 et sulv
Bray neperdil point contenance ; il prévoyait, à ce moment, l'adhésion de Bade, delà Hesse et du Wurtemberg & la Confédération du Nord, et il en conçut une nouvelle idée, qui flattait singulièrement l'orgueil bavarois. Il proposait d'unir cette nouvelle Confédération et la Bavière par un traité d'étroite amilîé qui conserverait à chacune son individualité, tout en les liant intimement. « A côté de l'empereur allemand, écrivait-il au roi Louis, le roi de Bavière paraîtrait comme représentant de l'Empire allemand ; ainsi ces deux souverains représenteraient chacun une partie de l'Allemagne, et ensemble le tout.' » Cette combinaison, qui conservait à la maison de Wittelsbach son ancienne splendeur, devait plaire à l'&me grandiloquente de Louis 11, et déjà le comte Bray parlait de se rendre auprès de son roi pour prendre ses instructions définitives.
A un examen sérieux, l'enfant du comte Bray n'était pas viable. Dans le sillon du puissant Empire allemand, le petit royaume de Bavière n'eût été qu'un modeste satellite, emporté dans ie mouvement du grand astre. Dans les querelles possibles de l'Allemagne et de l'Autriche, sa situation eût été aussi délicate que dangereuse. Enfin cette combinaison ne donnait pas satisfaction au sentiment militaire qui, sous l'impression des victoires allemandes, bouillonnait fortement en Bavière.
Le roi Louis n'entrait point dans les idées de son premier ministre. 11 était inquiet, mécontent, agité. « Pourquoi le Wurtemberg, Bade et la Hesse traiteront-ils avant mon gouvernement », disait-il nerveusement ; son trouble était tel qu'il pensait à abdiquer et appelait i> Hohenscbwangau son frère et héritier, pour s'en entretenir avec lui ; mais le prince Otto
1. Le comle Bray au roi Louis de Bavière. 3 novembre 1870. DenkwUr-
refusait net la couronne et tout était laissé en suspens*. Quoique ennuyé du retard que le projet du comte Bray amènerai! dans la conclusion définitive, Bismarck ne s'en émut point, el tandis que Delbrtlck « en tombait de sa chaise », le narquoischanceiierplaisantaitavecquelque amertume «l'empereur alternatif » inventé par le ministre bavarois '. A ce moment, Bismarck se croyait en droit de compter sur la décision du Wurtemberg, et déjà il convenait avec le comte Bray de suspendre les négociations de la Bavière jusqu'au jour où la Confédération du Nord aurait signé le pacte avec le Wurtembei^, Bade et la Hesse'. Déjà le 6 novembre, Delbrilck avait eu avec les représentants de ces trois Etats une conférence qui semblait présager un prochain accord, Suckow et Roon avaient rédigé la convention militaire. On devait signer les traités le 12 novembre. Soudain, se produisit un coup de IhéAlre.
Le 11 novembre, le Wurtemberg recula brusquement.- A la cour de Stuttgart se jouaient des influences nombreuses. A c6té du parti unitaire, dont Miltnacht et Suckow étaient les membres les plus influents, existait un groupe important, composé des serviteurs les plus anciens de la monarchie, et qui avaient le culte de l'indépendance du Wurtemberg. Le départ des deux ministres avait décapité le groupe de la Grande Allemagne ; les particularistes étaient restés maîtres de la situation, et parvinrent, semble- t-il, à rallier la reine Olga 6 leur opinion'. Sous leur iniluence, le roi Charles prit peur « pour l'indépendance de son royaume ». Le 11 novembre, il
1 . L. von Kobell. KOnig Ludwig H und Fûrsl Bùmai-ck im Jahre lS70,p. £9.