Aus kaiser Friedi-ielis Tagebuck, 22 octobre
i, Blanckenburg â Roon, 8 novembre 18î0. Roan's Denkwtirrligkeilen, I. II, p. Mi.
LA renaissance: DK LEMPIRE allemand 199
lag allemand. Les libéraux avaient compté sur un Empire pariementaire, avec une Chambre haute et un ministère responsable ; et ils retrouvaient ce que le prince Frédéric-GuiJlaume appelait « le chaos artistique » de la constitution fédérale. Les progressistes avaient attendu une régénération de l'Alleniagne par le peuple, un Parlement national imposant sa volonté aux souverains ; et l'unité germanique était faite par les princes, la ratification du peuple n'était tenue que pour une basse formalité. Tous les unitaires étaient irrités des succès de la diplomatie bavaroise. Les particularisles n'étaient pas plus satisfaits : lee Wurtembergeoïs étaient furieux des prérogatives obtenues par la cour de Munich et les Bavarois trouvaient assassinée l'indépendance de leur patrie. Ainsi Bismarck avait fait à chacun quelque concession et tous étaient vexés. Il était nécessaire de détourner les regards de chaque parti sur ses perles et de les concentrer sur ses gains. C'était l'œuvre d'an bon chef parlementaire, et Bismarck se croyait de taille à y suffire.
Mais il eût élé nécessaire pour Bismarck d'avoir le Reichslag en sa main puissante. Il connaissait exactement le mécontentement de tous les partis et était très inquiet sur le sort des conventions devant les Parlements. 11 s'en exprimait chaque jour dans l'intimité. « Il s'agit d'arriver vite, disait-il à Busch. Si nous temporisons, l'ennemi, le mauvais ennemi, le diable, aura le temps de semer l'ivraie dans le champ... Tous les journaux critiquent ks traités, cela m'est égal pourvu qu'ils passent au Reichstag. Si le Reichslag veut faire des amendements, chaque Landtag du Sud en fera autant, et nous ne pourrons acquérir l'Alsace au nom de l'Allemagne '. » Et, si quelque député traversait Versailles, il
I, taMh. Tat/ebuckltiàHer. t. I, p. 4«S, 4Ti.
Texhorlait : « Tenez ferme à Berlin ! Si nous ne faisons pas Tunité maintenant, c'en est fini pour des années'. » 11 connaissait son influence personnelle sur le Reichsla^^ et il eût désiré assister en personne à ses délibérations. Il avait vaguement pensé à réunir les députés à Versailles, mais les audacieux Français osaient résister, menacer parfois le quartier général d'une pointe hardie, et les Allemands redoutaient une brusque attaque et un retour de fortune : il n'était pas possible de convoquer une assemblée parlementaire en pareille poudrière.
Bismarck pensait alors à se rendre à Berlin. II en faisait allusion à sa femme, dans son cercle intime, mais ne pouvait se résoudre à quitter Versailles. « L'atmosphère est de nouveau tellement saturée de tentatives de médiations et de marchandages entre les puissances neutres qui mêlent leur jeu au nôtre, écrivait-il, et le quartier général est bantê par tant de chimères que se font les princes au sujet de l'Allemagne, que je ne puis pas me séparer de Sa Majesté '. » 11 se contenta donc d'expédier son lieutenant Delbrûck, pour assister à sa place aux négociations parlementaires.
Le Reichstag se réunit le 24 novembre, le lendemain de la signature avec la Bavière, la veille de la conclusion avec le Wurtembei^. Dans le speech qui remplaça le discours du tràne, DelbrQck mêla habilement les victoires sur l'ennemi et les négociations avec les États du Sud ; Simson, président de l'Assemblée, paria avec flamme de l'unité allemande' ; maïs tous deux ne pouvaient se faire aucune illusion, l'impression générale sur les traités était mauvaise et le mécontentement
1. Comie PrÉiléric Frankenberg. KriegstagebUcher, p. Ï66 el suiv. el les ritaiions de Wilhelm Buach, loc. cit., p. 100. i. Bismarck & sa rpmme, 16 novembre 1870, 3. Ces discours dans irahii. Filral Bismarck, I. l\, |i. 177, 259 el SUiv.
D,9t,zea.yGOOg[f
unanime'. Bismarck en eul Técho fidèle et rugit de colère : n Ces gens-là n'ont aucune idée de la situation. Nous sommes assis sur la pointe d'un paratonnerre ; si nous perdons l'équilibre, nous dégringolerons immédiatement^. » Il pressait sur ses amis, sur ses alliés politiques; mais, à distance, son influence était médiocre. Celle de DelbrUck était considérable : cet homme intelligent et délié pétrit subtilement la pâle parlementaire, y répandit le levain du pntriotisme historique, chaufTa le four de l'enthousiasme : il fut à cette époque le véritable artisan de l'unité allemande ^
Les traités furent soumis en premier lieu au Bundesrath. La convention avec Bade et la Hesse ne souleva aucune difficulté, car elle était conforme à la constitution fédérale. Le traité avec le Wurtemberg souleva quelques proteâtaliong. Quant au pacte avec la Bavière, il produisit une impression « déprimante ' n ; les délégués au Bundesrath, gens calmes et d'obéissance souple, étaient « consternés » des « privilèges » obtenus par la cour de Munich ; quelques-uns élevèrent une p61e protestation, mais leur naturel soumis revint au galop : le 9 décembre, ils acceptèrent les traités en remplaçant le mot trop large de Bund, — confédération, — par le terme plus précis de Reick, — empire, — et le titre éteint de Président par le nom glorieux d'Empereur'.
Le Reichstag était déjà saisi des trois conventions; mais, à
1. Lorenz. Kaiter WUhelm und die Degrandung des Reichs, p. 380, 387.
î. BuBch. Tagebuchbldller, t- [, p. 465.
3. Bismarck l'a reconnu dans une curieuse letlrc oii II écrit : « Tu sais que ma capacité de reconnaître les services n'est pas IrCs grande, mais pour celui-là je fais enceplion. « Bismarck à sa femme. 17 novembre 1870.
*. PoBchinger. Fanl Bîamai-ck und der Bundearal, 1. 1, p. 333, d'après les souvenirs du délégué de Wcimar. M. Stichling.
5. Depuis la lettre du roi de Bavière, l'adoption de ces termes était certaine. Itfra p. 211.
ce moment, un fuil nouveau s'était produit; sur leeonseil de Bismarck, le poi de Bavière avait écrit au roi Guillaume pour lui offrir la couronne impériale. DelbrQck avait lu cette lettre au Reichstag et annoncé l'adhésion des souverains présenta à Versailles « comme un fait accompli ». 11 était dès lors certain que l'Empire germanique était relevé ; les corbeaux ne volaient plus sur le château du Kyphtïuser : Barberousse était ressuscité. L'Allemagne en était frappée d'enthousiasme, et les députés se résignèrent à accepter le régime proposé par Bismarck. •( La fille est bien laide, disait humorisliquement Lasker, maison l'épousera tout de même ' . »
Le 5 décembre, DelbrOck avait exposé dans un très long discours les négociations de Versailles, et, pour mieux expliquer les concessions faites à la cour de Munich, il proclama que t( l'initiative était provenue de la Bavière » ; puis il avait dévidé tous les avantages du nouveau r^me. Beaucoup n'étaient pas convaincus, mais la plupart se soumirent ; Bennigsen déclara que le parti national libéral acceptait les propositions de la Présidence fédérale. Le 9 décembre, peu d'heures après le vote du Bundesrath, le Reichstag adopta à la presque unanimité les traités avec Bade, la Hesse et le Wurtemberg, et, par 193 voix contre 32, la convention avec la Bavière. Le peuple du Nord avait parlé.
Une telle décision ne pouvait arriver fi la connaissance de Guillaume par l'envoi d'un simple procès- verbal. Le Reichstag décida qu'une délégation serait nommée, pour présenter au roi une adresse solennelle du pays prussien ; en 1849, le Parlement de Francfort avait envoyé trente-deux députés pour offrir (i Frédéric-Guillaume IV la « couronne en carton »; en 1870, trente députes partirent de Berlin pour apporter il
LÀ BENAlSSANCi: DE L'ILHI'IRI': ALLEMAND 203
GuUlauroe la couronne de fer, et, pour compléler l'analogie, le même Simsoii présidait aux deux délégations' ; mais entre 1849 et 1870, Bismarck, Roon et Aloltke avaient passé.
Le 16 décembre, les délégués arnveicnt à Versailles pleins d'enthousiasme, s' attendant h un accueil chaleureux. Ils furent vite déçus. Le parti conservateur était parfaitement vexé de cette arrivée de païens dans le lieu saint de la monarchie de droit divin. « Que viennent faire ici ces trente garnements, c'est horrihle », s'exclamait le vieil Abeken'. Le roi déclarait avec indignation qu'il ne recevrait pas la délégation avant que tous les princes allemands eussent acquiescé ft la proposition du roi de Bavière ' : les députés n'interviendraient quelorsque tout serait décidé par les princes. Et, sî le prince royal de Prusse faisait aux délégués du peuple un gracieux accueil ', le chancelier leur montra d'abord visage renfrogne ; il discuta avec Simaon le discours du tnlne, et, tout en repoussant tout rapprochement avec 1849, il poi'Iail sans cesse ses regards sur un document vieux de vingt ans, la réponse de Frédéric-Guillaume IV à la délégation de Francfort'. A voir la soumission joyeuse des députés, Bismarck se dérida et il s'égaya com[dètemenl en leur contant des « galéjades » sur ses hauts faits de guerre*.
Cependant les rois, les princes et les principiculess'étaieiit solidarisés pour offrir la couronne impériale ft Guillaume de Prusse : on pouvait accepter l'hommage de la nation. Le
\. E. von Simson, Erinntrangen,p. 316 ei stiiv.
2. Bvach. Tagebuchbldlter, l.ï, p. 50\. et. Roon, Denkivili-digkeiten, t. Il, p. SIS, S!l.
3, Wilmowski. Meine Erinnerungen an Bismarck (190O|, p. t!3 et Karl von WilmowBkl. Ftldbriefe 1870-71 (1SB4), p. 77.
t. AutKaiter Friedrich» TagebucJt,i6 décembre ltt70elsuiv, Philip|isoJi. Dat Uben Mai*er Friedrichs lll, p. i7S. 5. E. von Simaon. Erinnerungen, p. 378. fl. Unruh. i'Mnnevungen, p. 3il.
IH décembre, le roi reçut les délégués dans la grande salle de la Préfecture'; après une chaleureuse alloculion de Simson et la lecture de l'adresse votée par le Retchstag, le roi lut le discours préparé par Bismarck, Les gouvernements confédérés, le roi de Bavière et Dieu y recevaient de vifs remerciemeols pour leur intervention en faveur de l'unité allemande; et, cet hommage rendu aux tou-( puissants, on daignait exprimer quelque reconnaissance au Reichstag qui avait donné son « assentiment » aux traités de novembre. Le roi remerciait, en terminant, les députés de leur désir de relever le titre d'empereur, mais cette renaissance ne pouvait procéder que de «l'accord de tous les princes allemands et des villes libres». Et les députés s'en furentravis, cor Sa Majesté avait tendu sa main droite à chacun.
Les Parlements du Sud donnèrent leur assentiment avec plus ou moins de lenteur, suivant leurs tendances personnelles'. A Carlsruhe et à Darmstadt, les traités furent ratifiés sans aucune difficulté. En Wurtemberg, la Chambre des Étatsavaitété dissoute en octobre ; lesélections du5 décembre donnèrent une forle majorité au parti national; le roi se résigna et son discours du trône fut sincèrement unitaire. « Si le but, longtemps recherché par l'Allemagne, n'était pas maintenant atteint, y était-il dit, la consécration suprême manquerait aux grands événements de cette année. » En dix Jours, M. de Mittnacht enleva le vote aux deux Chambres, et tout fut terminé A la ûa de décembre. En Bavière, au contraire, les délibérations parlementaires se prolongèrent au delà du 1" janvier, date fixée pour l'entrée en vigueur du traité^;