‹ Bismarck et son tempsChapitre 74 sur 270 · Duc Emesl de Cobourg, Au» meinem Lebtn, t. III. p · texte numérisé non relu

Duc Emesl de Cobourg, Au» meinem Lebtn, t. III. p

rendaient sus[jecl aux autres souverains; il fallait que l'initiative vint de plus haut et d'un adversaire de la veille : il était nécessaire que le roi de Bavière en personne présent&t au roi de Prusse la tiare des vieux empereurs.

Mais le roi Louis ne se pouvait décider, en proie à une crise d'hésitation maladive; le grand-duc de Bade lui avait envoyé un de ses conseillers, Gelzer, qui ne fut point admis à audience ' ; Bismarck s'ciTorçait d'attirer son royal protagoniste à Versailles, croyant que les dernières tergiversations de Louis II fondraient dans la chaleur communicative des banquets guerriers; à la fin de novembre, on espérait encore qu'il viendrait ', mais il ne vint pas. Enervé, Bismarck pensait à délaisser le roi Louis, à remettre au roi Jean de Saxe le rôle de courrier des princes, et, par coquetterie, pour susciterquelque dépit, il annonça ce projet à la cour de Munich'. Louis II en pHl ombrage : il lui déplaisait qu'un autre prit la place de second en Allemagne ; la rumeur de la nation en mal d'empire parvint jusque dans sa solitude de Hohenschwangau ; ÎI consulta ses'mïnisti-es et ses parents ; irrésolu encore, il envoya à Versailles un aide de camp, le eomle Holnstein, pour connaître l'état d'ftme de l'armée, du quartier général, de Bismarck, el « pour être en état de prendre sa décision " n .

Holnstein était un bon Allemand et son voyage en France ne pouvait que le gagner davantage à la cause unitaire; il arriva à Versailles le 23 novembre, la veille du départ des ministres bavarois; il n'avait point pour eux de sympathie, les trouvant particularistes à l'extrême * ; il manifesta de tels

i. Curlius. Gelzer, p. 24 el 25.

2. Au> Kaiser Friedrichs Tagebuch, 25 novembre 1870. X Le roi Louis II ù Eisenharl, son clief de cabinet. L KOnig Ludwig II und Farsl Bismarck im Jahre 1870. p. 38. *. Aus Kaiser Friedrichs Tagebuch, 23 novembre 1870.

LA RENAlSSAncb Ù\i L'EMPIRE AIXËMANO 209

sentiments impérialistes que Bismarck en fut réconforté : « Noua en aurons peut-être fini avec les traités en peu de jours, disait-il au grand-duc de Bade, caries Bavarois s'eng;agenl'. » Mais comment s^sir cet insaisissable roi? Le procédé fut indiqué par Holnstein; il connaissait les hésitations de son maitre, etsavailque pour le décider il fallait lui facilitersa résolutioD et lui demander une simple signature : « Savez-vous quoi, Excellence, dit-il à Bismarck, écrivez vous-même une lettre, telle qu'elle doit être, autrement tout sera encore arrêté '. » Bismarck trouva l'idée ingénieuse, et, non point en hAte comme il l'a dit, mais avec grand soin % il rédigea, le 27 novembre, la lettre qui devait décider le royal irrésolu. Après avoir remercié le « sérénissime haut et puissant roi » des « gracieuses ouvertures » faites en son nom par le comte Holnstein, Bismarck examine « les résolutions magnanimes par lesquelles Votre Majesté aura, au début et à la fin de cette guerre, consommé l'unité etia puissance de l'Allemagne. Dans

i. Récit de llolnalein fi Eisenhart el reproduit pur l'épouse de celui-ci, H" de Kobell. KOnig Ludwig und FOrit Bismarck, p. 39.

3. La rédaction de ceHc lettre constitue un pelil problème d'histoire, qui a été soigneusement étudié dans les Grenzbolen de IS99 par M. Otio K&mmel, Kriliiche StudUn :u FUrsl Biimarcks Gedattken und Eriniierungen, par M. Krich Mardis dana FUrst Bismarck Gedanken und Erinnerungm, p. 37 et sulv., et par M. W. Busch dans Pie Kdinpfe um HeiclisttrfoMtung vnd Kaistrium, 1870-1871, p. )5& et suïv. En rapprochant ces divers examens, les récils des contemporains et les textes même, il nous semble que Bismarck a écrit trois pièces : 1» Une lettre offlcielle au roi Louis, dont il donne le brouillon dans ses Ptnsiea et Souvenirs, t. I. p. t38, et dont M-» de Kol>ell. loc. cit., p. 4S et supplâmenl, donne le texte en fac-similé ; !» une lettre privC-e qui esl perdue ; 3» le projet de lettre du roi Louis au roi Guillaume. En tous cas, te récit de Bismarck, • j'écrivis sur un coin de table, avec de mauvaise encre el sur du papier qui buvait B (Pensée» et Souvenirs, t. II. p. 1*0] est une légende ; le brouillon put être rédigé dans ces conditions : l'original, tout de la main du chancelier, est soigneusement écrit sur grand papier, et te griffonnage habituel du chancelier est transformé en une superbe écriture gothique.

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la question de l'empire allemand, continue-t-il ', il est & men avis de haute importance que l'impulsioa première provienne de Voire Majesté et non des tf^présentanto du peuple. La situation serait faussée, si l'initiative ne revenait pas, libre et mûre, au plus puissant des princes confédérés. Je me suis permis de remettre au comte Holnsletn et «w son désir le projet d'une déclaration qui pourrait être adressée à mou gracieux roi et, sous réserve des changements nécessaires, aux autres alliés. Elle s'inspire de cette pensée dont sont p^étrés les peuples allemands : l'empereur allemand est leur compatriote, le roi de Prusse est leur voisin ; le titre à'allemand seul atteste que les droits transmis à l'empereur proviennent de la libre délégation des princes et des peuples allemands. L'histoire enseigne que les grandes maisons prînciercs d'Allemagne n'ont rien perdu de leur haute situation en Europe par l'existence d'un empereur allemand, choisi par «lies ».

Le 28 novembre, le comte Holnstein partit en grand mystère de Versailles pour Hohenschwangau, emportant lettre et projet de réponse. Le malin aide de camp avait deviné juste : mis en présence d'un texte précis, le roi Louis II lut, relut, puis, d'un coup de décision, rédigea par simples corrections sur le brouillon de Bismarck une lettre au roi Guillaume * ; il la remit au comte tiolnstein, en le priant de la soumettre à son chef de cabinet Eiseuhart ; Holnstein se précipita à Munich, obtint l'adhésion d'Eisenhart et du ministre de la Justice, M. de Lutz. Puis il repartît en hâte pour Versailles.

1. Noue traduisons ici lc> Icïle original, publiû par M" de KiObell.

2. Il règne, ici encore, quoique indëcigion sur la rëdaotiMi de celte lettre. On ne peut s'attacher an râcit de Biemarok. Petttéet et Somiemrt, t. Il, |). 141-â. qui contient des erreurs de date. On doit préférer le récit de M» de lUtbell, loe. ■cit., |i. 39-til, qui eel celui de son mari.

LA RENAISSANCE DL L'EMI'IRl:: ALLEMAND £11

Le 3 décembre, Guillaume recevait la lellre définitive : cr Après l'entrée de l'Allemagne du Sud dans la Confédéralion allemande, y était-il dit, les droits de Président décernés iV Votre Majesté s'étendront sur tous les États allemands. J'ai adhéré à leur concentration en une seule main parce que je la croîs conforme aux intérêts de la patrie allemande et de ses princes, et dans la pensée que ces droits seront, après le rétablissement d'un Empire allemand et d« la dignité impériale, exercés par Votre Majesté au nom de toute la patrie allemande sur ta base de l'union de ses princes. J'ai donc proposé aux princes allemands de se joindre à moi pour demander h Votre Majesté que l'exercice des droits présidentids de la Confédération se ftl sous le titre d'empereur allemand. Dès que Votre Majesté et les princes alliés m'auront manifesté leurs opinions, je chargerai mon gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour préparer une convention à ce sujet'. « Les {arases étaient compliquées, mais le sens était simple : l'EmjMre procédait des princes uniquement.

En même temps, le roi de Bavière adressait aux monarques allemands une dépècJie circulaire, où les phrases de chaneellerie de Bismarck étaient mêlées de prosoposées en style lyrique', et qui proposait de transféi^r à « l'héroïque roi de Prusse o, les droits des empereurs allemands. Et, deux jours après, Louis II écrivait à Bismarck pour adresser h ses plus chauds remerciements h l'homme vers qui l'Allemagne loal entière lève les yeux avec un sentiment de joie et d'orgue3. — Ce que vous avez fait pour la nation est grand et immortel, ajoutait-il, et je puis dire sans flatterie qu'au milieu des

i. Le roi Louis de Bavitre au roi Guillaume de Pruase, 30 novembre Ï8TO. Hnltn. ruril Bitmarch. t. 11, p. ■ïf». Cf. LpfÈhvre. tlaârs jur l'Altemaqne nouvtlle. (tSTS). p. 207-ÎD8.

!. Le roi Louis de Bavière aux princes allumand^. SO novembre 1870. Duc de Coboarg. Aus meinem Lebtn, I. Il, p. BBB.

grands hommes de notre siècle, vous occuperez la place la plus éminenle' ».

Bismarck triomphait ; car Je geste du roi Louis, c'était la . main forcée au Reichstag, où Delbrllck lisait sur l'ordre de son chef la lettre du monarque bavarois ; c'était la soumission naturelle des Parlements du Sud ; c'était le dernier choc aux résistances du roi Guillaume; c'était l'unité allemande, l'Empire tel que l'avait voulu Bismarck, hors des parlementaires et tout d'autorité.

Les princes présents [à Versailles, grands-ducs de Bade et d'Oldenbourg, avaient immédiatement adhéré à la proposition du roi Louis; les autres l'acceptèrent en Allemagne ou sur les champs de bataille, joyeux ou résignés ; les villes libres vinrent ensuite, et tous les gouvernements étaient unis lorsque Guillaume donna audience à la délégation parlementaire le 18 décembre. Un mois devait s'écouler encore avant la proclamation de l'Empire, li fallait attendre le vote de la Constitution impériale par les Parlements du Sud. Bismarck négociait avec la cour de Vienne, de crainte que l'Autriche s'appuyât sur le traité de Prague pour s'opposer à l'absorption du sud par le nord de l'Allemagne, et, pour n'avoir pas la guerre, proposait l'alliance, « un mutuel bon vouloir, la main tendue pour assurer le développement et le bonheur des deux pays *. » Beusl ronchonnait : il eut volontiers refusé la main de Bismarck, car il n'oubliait pas l'antique splendeur de la maison d'Autriche et ses propres espérances d'entan ; mais nul ne le suivait dans ces regrets ; il fit contre mauvaise fortune bon visage et répondit à l'étreinte du gouver-

1- Le roi Louis 11 a Bismarck, 2 décembre 1870. Feniéetet Souvtnirt, t. I, p. Ul.

S. Bismarck à H. de Scttweinilz 6 Vienne, U décembre IBTO. Hahn. Fam Bismarck, 1. Il, p. Ï9I.

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LA Hli:NAI8SANCE DE L'EMPIRE ALLEMAND ÎU

nement prussien avec une cordialité rralemelle : l'Autriche acceptait « l'union de l'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse » et l'empereur François-Joseph affirmait « ses plus chaudes sympathies pourle nouveau développement du peuple aUemand '. »

Les semaines s'écoulaient, Paris résistait et les mobiles de province combattaient dans la neige et dans la mort. Noël était venu, fête de l'amour et de la charité. Dans la maison de la rue de Provence, deux arbres avaient été dressés, l'un arrivé des forêts poméraniennes', l'autre taillé dans le paro de France ; les lumières brillaient, des cadeaux étaient offerts à chacun ', la joie était douce et candide. Au loin, la voix des canons tonnait la basse du cantique de Noël : « Paix sur la terre; envers les hommes, bonne volonté. »

Le Temps tourna le feuillet de l'année. En Allemagne, l'accord était parfait, les dernières répugnances tombaient en Bavière. Un homme seul encore résistait, le roi Guillaume.

Le vieux monarque ne pouvait se consoler du changement de son titre et chaque manifestation impérialiste lui était à souffrance. En recevant la lettre du roi Louis, il l'avait déclarée « aussi inopportune que possible' ». Comme on annonçait à Berlin son prochain couronnement, il répliquait sèchement : « Et qui prétend donc que j'ai accepte la couronne ? Personne ne peut le dire '. » Et quand Bismarck tentait de le remonter, en faisant briller à ses yeux la splendeur

1. M. de Beusl au comte de Wimpren b B«r[in, 26 décembre 1S70. Beust, Souoenir», I. II. p. Hi e( siiiv.

i. Abeken & sa femme, SI décembre 1870. Eiii tehlichu» Leben, p. 473 Bismarck à sa femme, 25 décembre.

3. Busch. Tagebuchbldlter. t. I, p. 576. Delerot, VevtaiUet pendant l'occupation, p. SÏ8 et aulv. P. HaUfeldl. Fetdiupsbriefe, décembre 1870.

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