Bismarck Asa femme, 11 janvier Ib
2. Holtke. La guerre de 1870-71. p. 100. Keudoll. Biimarck et sa famille.
Lorsqu'en lUlS, les Allemands pénétrèrent pour la seconde fois en France, les patriotes prussiens réclamèrent à grands cris la rentrée des « frères d'Alsace » dans la pairie germanique '. Les » frères » étaient ingrats; ils se refusèrent à quitter leur « esclavage » ; il leur plaisait d'être Français, et la sagesse d'Alexandre et de Wellington les maintint dans leur patrie aimée. Pendant tout le cours du xix" siècle, ft chaque mouvement national, quelques voix s'élevèrent e» Allemagne pour revendiquer la frontière des Vo^es, voix timides et rares en 1840, nombreuses et fortes en 1839. Et une légende se formait, que i' Alsace-Lorraine, vieille terre d'Empire, souhaitait son retour à la grande patrie; cette légende reposait sur une double erreur.
11 n'y avait point, il n'y eut jamais de Reichslaiid sous le nom A' Elsass-Lotkringen : cette expression géographique n'existe que depuis 1871; jusqu'à leur assimilation par la Fi-ance, les territoires de cette région étaient morcelés et divers. Belforl et le Sundgau, disputés entre les princes au cours des siècles, furent réunis à la France en 1648; Mulhouse, ville suisse, se donna librement en n98;Colmar et les villes qui l'entouraient furent annexés en fait dès H)73 ; Strasboui^ devint frmiçais en 1681; Metz entra dans sa nouvelle patrie avec Toui et Verdun en iî>52. Jusqu'à leur annexion, ces pays étaient distincts, rivaux, et telle ville, comme Sainte-Marie aux Mines, était coupée par une frontière qui séparait les habitants en deux partis advers. Il appartenait à la France d'agglomérer ces parcelles diverses,
). Treilstlike, {>eiilscheGesehiçhteim\i.Jalirhundert. l, (, p. -6BetBuiv.
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de les assimUer dans une même nation, de leur însunier un même patriotisme : il n'y eut plus d'Alsacîensoude Lorrains, de gens de la plaine ou de la montagne, mais des Français.
Ce travail d'asâimilation se fît au fur et à mesure des annexions, comme si Lorrains et Alsaciens se retrouvaient naturellement chez eux dans leur nouvelle patrie. Ici régnait en Allemagne une seconde erreur ; on y représentait, on y représente encore les habitants des Vo^es et de la Moselle comme restés Allemands de cœur pendant le cours des xvii' et xviit" siècles'; ils n'auraient été acquis à la Franceque par la gloire des campagnes napoléoniennes et le travail du xis' siècle. C'est là une inexactitude flagrante, et les hommes d'Etat allemands proclamaient hautement au xviil' siècle le patriotisme français des Alsaciens. En i709, un ministre prussien, Schmettau écrivait au prince Eugèneet au duc dcMarlborough : a II est notoire que les habitants de l'Alsace sont plus Français que les Parisiens, et que le roi de France est si sûr de leur aCTecUon à son service et à sa gloire qu'il leur ordonne de sa fournir de fusils, de pistolets, de hallebardes, d'épées, de poudre et de plomb, toutes les fois que le bruit court que les Allemands ont dessein de passer le Rhin, et qu'ils courent en foule sur les bords de ce fleuve pour en empêcher ou du moins disputer le passage h la nation germanique, au péril évident de leurs propres vies, comme s'ils allaient au lriomphe^ w Paroles vraies en 1709 comme en 1870.
Dans sa jeunesse, Bismarck avait été entraîné par l'opinion courante : il était fils de 161EJ et en avait adopté toutes les haines. « Si je jetais un regard sur la carte de l'Europe,
1. Voyez noUmment K. Jacob, Dmnareli und tlie Emrei-bung Elsass LothHngens. (190S), p. 17 et suiv.
i. Rapport du baron de Schmettau lors du congrus de La Haye en 1700. Mémairt* panr servir à l'Initoireiiu XVII!- siècle, recueillis par M. do Lambcrtj-, t, V, p. 2S1 el suiv.
a-t'il écrit plus lard, j'enrageais de ce que la France eût gardé Strasboui^. J'avais été à Heîdelberg, j'avais passé à Spire et dans le Palatinat et ces souvenirs attisaient en moi la haine de la France ' ». Lorsqu'il visita Strasbourg en 1842, il s'écria, — s'il faut en croire un récit de sa vieillesse ; o Cette terre fut à nous et doit le redevenir'. » En 1848, il déplorait que « le premier essor de l'unîlé et de ta force allemandes n'eût pas été d'arracher l'Alsace à la France et de planter sur la cathédrale de Strasbourg le drapeau allemand" ». Diplomate, homme d'Elal, il refoula ses pensées au plus profond de son âme : il ne les abandonna jamais. En 18u9, l'heure ne lui paraissait point favorable à là grande revendication ; en 1866, irrité contre Napoléon, il murmurait : « Louis le paiera; » l'Alsace fut le pri-x.
Dès l'explosion de la guerre, un cri s'élève en Allemagne entière : " A nous l'Alsace'. » Après les premières victoires, les articles de journaux et les réunions se multiplient, pour réclamer l'annexion de l'Alsace à la patrie allemande ', et si quelque démocrate proteste au nom de la hherté des peuples de disposer à leur gré de leur sort, ce fftcheux est conspué comme un traitrc. La voix du peuple est si impérieuse que, de l'aveu du roi Guillaume, « si les princes ne l' écoutaient pas, ils risqueraient leurs trônes* ». Les princes ne risquent rien, ils sont d'accord avec leurs sujets : tous veulent annexer l'Alsace.