Aus Kaùer Friedrich» Tagebuch, 26 janvier
LA FIN DE LA GUERRE . îi3
par le mur de Paris', Poursou lever ces colferesau quartier allemand, l'actedevait présenter certains avantages aux Français.
Jules Favre n'avait point terminé sa tâche ; il dut revenir presque journellement à Versailles. Tantôt ii s'agissait du ravitaillement qui pressait et où Bismarck s'activa réellement ; tantôt il fallait calmer quelque colère du chancelier, son courroux contre Gambetta auquel il adressait un furieux télégramme à propos du décret sur les incompatibilités électorales ' ; et le malencontreux décret était annulé par le gouvernement de la Défense nationale, non sans combats et conflits'. Un autre jour, Jules Favre négociait l'échange de prisonniers', ou envoyait ù sa place un de ses collaborateurs ; le général Valdan ; le Préfet de Police, M. Cresson, grand cœur et conscience droite, chargé à l'improviste de priser le froment et le seigle^ ; le maire de Paris, M. Jules Ferry, puissant ministre de l'avenir; le capitaine d'Hérisson, qui recouvrait les tristesse du si^e des joyeux laz^ d'un gamin parisien'. Le ministre de la Défense nationale négociait enfin la fin du bombardement à Belfort.
Depuisl'armistlce, l'ennemi dirigeait sur l'imprenable ville de furieux assauts; Bismarck annonçait sans cesse à Jules Favre la capitulation de Belfort pour le lendemain, et Belfort tenait toujours, dans un effort commun de Denfert et de tous ses soldats. Le ministre français espérait obtenir pour ces vaillants les honneurs militaires et le chancelier allemand ne s'y montrait pas défavorable, mais il retardait la décision,
1. Biemarck àM. Léon Gambetta à Bordeaiu, St^vrier 1S71. i. Jules SImoD. Le Gouvernement de M. Thiers, t. I, p. 29 et suiv.
3. Bismarck & Jules Favre, 1* février 1871. Jules Favre a Bismarck, 14, 19,21 lévrier 1871.
4, Cresson. Trois voyages à Versailles, p. 14 et suiv.
â. Comte d'Hérisson. Journal d^un officier d'ordonnance, p. 338 et
invoquant la résislaoce de l'empereur et de l'état-major', espérant en réalité que la place serait enlevée de haute lutté. Le 12 février, enfin, Bismarck annonçait au ministre de la Défense nationale que « Sa Majesté l'empereur et roi accordait à la garnison de Belfort rautorisation de partir avec lea honneurs militaires ' », et Jules Favre signa trois jours après, à son retour de Bordeaux, la convention qui arrêtait définitivement les hostilités dans l'Est. Le colonel Denfert ne voulut obéir qu'àunordredu gouvernement dcParis, et, le ISfévrier, la garnison défilait, musique en tète et drapeaux déployés, devant ses adversaires qui lui présentaient les armes : Denfert sortit le dernier.
Ainsi tomba, dans un rayon de gloire, la dernière résistance française.
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La France était en travail, elle peinait à réparer ses désastres. Le 5 février, on avait élu les députés à l'Assemblée Nationale, Chambre singulière, disparate, sans traditions et sans majorité, mais unie à ce moment par de communes souffrances et un même patriotisme. Elle s'était réunie quatre jours après à Bordeaux, car le temps pressait, l'armistice prenait fin le IS ; on obtint sa prolongation, et, avant même d'accepter la paix, l'Assemblée devait constituer un nouveau gouvernement. L'activité et l'habileté d'un homme, du « petit i-oi » pressèrent son œuvre et la menèrent à ses fins. Le 16, l'Assemblée constituait son bureau; le 17, elle chargea M. Thiers du pouvoir exécutif; le 19, le nouveau chef du pouvoir exposait ce que serait sa politique et lisait la liste de ses ministres.
« Ttalionale, \. tll, p. 43.
LA FIN DE LA GUERRE! - Ht
M. Jules Favre conservait les Affaires étrangères. La France était en état de négocier sa rançon. Le même jour, M. Tliicrs et M. Jules Favre parlaient pour Paris, et. le lendemain, Bismarck était informé de la prochaîne visite de M. Thiers.
On avait marqué quelque étonnement au camp allemand de cette féconde activité. On y croyaità l'affaîssemenl définitif de la France; malgré les avis du chancelier, le parti militaire n'estimait pas possiblesdes négociations avec un tel pays, et, le 8 février, dans un conseil tenu par le roi, Bismarck et Moltke entraient en furieux conflit, le diplomate affîrmanl que les militaires faisaient tout pour empêcher la paix, le soldat rétorquant que la diplomatie compromettait le travail des militaires, et que la lutte reprendrait dès la fin de l'armistice. Or, en quelques jours, on voyait se dresser un gouvernement qui appuyait ses fondations sur te tuf même de la nation. Enivrés de leurs victoires, les généraux prussiens furent « dégrisés' » à ce coup; ils n'étaient plus seuls maîtres de la France, il leur fallait traiter, et traiter avec un gouvernement régulier. Jusqu'alors on avait encore pensé à s'accorder avec Napoléon : on attendait à Versailles un délégué de l' ex-empereur a pour s'entendre éventuellement avec lui' « ; désormais il n'était guère possible de traiter qu'avec le chef du pouvoir et avec l'Assemblée nationale, issus du pays, s'imposant devant l'Europe comme le gouvernement régulier de la France.
Les premières semaines de février s'étaient écoulées pour Bismarck en débals de préparation. H délibérait au commencement du mois avec Jules Favre, tout en se refusant à lui indiquer ses exigences pour la conclusion de la paix. Il recevait le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, écoutait
1. Lorenz. KaUer Wilhelm I uni die BegrUndung des Reicks, p. 518,
I. Stosch 6 iia Temme, £2 février 1871. Deniwardigkeilen, p. 23S.
ses doléances sur les contributions qui écrasaient ses ouailles, sur la situalioii misérable du pape, sur la nécessité de rétablir le pouvoir temporel, et pour toute réponse se bornait à une vive critique de la politique napoléonienne '. 11 examinait la situation financière de la France, et ce qu'on pourrait exiger d'elle en la pressurant à fond ; il avait mandé deux financiers pour les consulter, M. Bleichiwder, le banquier de Berlin, son conseil habituel en questions d'argent, elle comte Hcnckel, bier boulevardicr et habitué de la Bourse parisienne, aujourd'hui préfet de Metz et travaillant à « faire de bonnes élections* », — il n'y réussit guère. Bismarck recevait des négocianlsallemands un projet colonial : on demandait que le traité de paix assurât à l'Allemagne la possession de la Cocbinchine, la Martinique, Saint-Pierre et Miquelon ; le cbancelier répondait que ce projet était prématuré, le jeune Hîmpirc devait assurer sa propre formation avant de s'étendre lioi's d'Europe, la possession de bonnes frontières, prises en terre de France, était préférable à l'acquisition de lointaines colonies. Enfin et surtout, Bismarck détournait l'intervention de l'étranger : plusieurs puissances donnaient des conseils; de Russie, le prince GortschakofT écrivait pour engager le gou< veraemenl prussien à délaisser Metz et la Lorraine allemande et à prendre le Luxembourg; en Angleterre, lord Granville désirait introduire la question de la paix franco-allemande dans les débats de la Conférence de Londres'; et l'excellent M. Kern, ministre de Suisse, apportait à Versailles des paroles justes et généreuses, tout ce qu'il pouvait donner au pays qu'il aimait. A tous, le chancelier répondait de façon à les écarter définitivement.
1. BcBSon. Vie du cardinal de Bonneehose, t. [I, p. 143 et suiv.