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Lord (jranville b lord Lyons, 2 février

LA FIN DE LA GUERRB iil

Le 21 février, à une heure, M. Thiers arrivait rue de Provence. Il ignorait les conditions de l'Allemagne ; Jules Favre redoutait qu'elle exigeât toute la Lorraine ' . La prudence la plus grande était nécessaire ; ni l'un ni l'autre des interlocuteurs n'en manquaient, et, avant d'aborder les conditions de paix, ils s'étendaient sur divers sujets, comme pour se sonder réciproquement*. On convint de prolonger l'armistice, el, comme Bismarck prévoyait l'opposition du roi, M. Thiers annonça qu'il se rendrait lui-même auprès du monarque. Cela ne convenait pas au chancelier, qui prétendait diriger en maître les négociations. « Sans doute, disait-il soucieux, il faut le voir, mais ne le poussez pas trop, les rois, vo\'ez-vous, ne sont pas habitués ft une vie aussi laborieuse que la nôtre. A son âge, il a besoin qu'on ménage ses forces. D'ailleurs, il n'aime pas â parler d'affaires hors de la présence de ses ministres. »

Brusquement, M. Thiers reprit : « Arrivons maintenant au grand sujet. — Je m'en suis déjà expliqué avec vous, répondît Bismarck. Je ne veux pas maquignonner, car ce serait peu digne... Je vous ai demandé déjà l'Alsace et certaines parties de la Lorraine. Je vous rendrai Nancy, quoique le ministre de la Guerre veuille le garder ; mais nous conserverons Metz pour notre sûreté. »

M. Thiers se récria, k II nous faut Metz ; il nous le faut pour noire sûreté », repartit le chancelier, el comme son adversaire l'invitait à continuer, il ajouta : <> En novembre, je vous avais demandé quatre milliards; dépuis lors nous avons extrêmement souffert et dépensé; il nous en faut six aujoui^ d'hui. a

1. Jules Favre. Gouvernement delà Défente natiottaU, t. Il[. p. 93.

3. H. Tbiers. Sotea et Soutenire. 1S70-1873, p. 109 et suiv. Mous avons déjt signale le travail de M. G, KUntzel. Thiert und Biimarck (Bonn. 1905) qui livre a une crllique sente les mémoires du cher du Pouvoir exécutir.

a L'Alsace, Metz, ville française, et six milliards, tout cela est impossible, rétorqua M. Thiers d'un ton froid, décidé, mépnsanl. Si vous me demandez l'impossible, je me retirerai et vous gouvernerez la france. a — Et il invoqua l'appui de l'Europe.

« Si vous me parlez de l'Europe, je Vous parlerai de Napoléon' », objecta Bismarck, et il esquissait le geste vers la porte, qui lui avait réussi avec Jules Favre; mais on ne prenait pas le malin liomme d'Etat avec de telles sornettes ; il savait passée à jamais l'heure de Napoléon. Le chancelier allemand rentra cet argument et se rendit chez le roi pour demander le prolongement de l'armistice, ce qu'il obtint sans peine.

Dès ce premier entretien, M. Thiers était lixé sur les exigences des Allemands; il était certain qu'ils ne traiteraient qu'à condition d'obtenir l'Alsace, la Lorraine allemande et quelques milliards. Le débat ne pouvait porter que sur Metz, BelfoH, le chiffre d'indemnité et l'entrée à Paris. Sur les qualro points, le petit vieillard lutta avec énergie ', il n'eut succès que sur deux.

Le 22 février; M. Thiers revint seul à Versailles ; il se rendit d'abord à la Préfecture auprès de l'empereur-roî, Guillaume I" accueillit le chef du gouvernement français avec sa politesse souriante, écouta avec attention les observations qu'on lui présentait sur le danger de l'entrée des troupes allemandes dans Paris, mais se garda de rien promettre. Delà Préfecture, M. Thiers alla au quartier du prince royal ; l'entre-

i. M. Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, I. I, p. IIS, estime que a M. Thiers eu M e (orl de disperser un peu l'cRort de sa diECussion, en (tcmandanl, en mËmc lemps, une diminution sur le chiffre de l'indemnilé cl en s'opposanlA l'entrée des troupes allemandes ù Paris. Peut-être ne se rendit-il pas suffisammenl compte de l'elTel qn'ii produisait ■>.

LA PIN DE L.V guerre: 3i9

lien fut long, intéressant, inutile; « il parlait, a écrit le prince, sans phrases ni emphase, plein de tact, comme résigné ' ; » le grand patriote admettait la nécessité d'une ' rançon, niaisa la perte del'AIsace était déjà dure, aucun Français n'admettrait l'annexion de ta Lorraine, sixmilliardsétaicnt impossibles n; l'accueil du (ils ressembla à celui du père, nen ne fut cédé.

M. Thiers se rendit alors auprès du chancelier, — autre cloche, autre son, — la conversation fut « ardente, orageuse t> ; il s'agissait de préciser les faits, et le débat porta sur deux points : la question d'argent, et le chancelier affirmait que les frais des Allemands s'élevaient à six milliards ; M. Thiers prétendait qu'ils ne montaient pas à quatre milliards; on convint de consulter des hommes spéciaux; — la question de Metz, et ce fut la plus discutée : au camp allemand, l'avis n'était point unanime â ce sujet*; tandis que Moltke et RooD tenaient pour indispensable la possession de Metz, plusieurs redoutaient l'acquisition d'une terre toute française *, et pensaientà la remplacer par Luxembourg. Longtemps, Bismarck avait hésité ; le 21 février, il parlait encore d'abandonner Metz et de construire sur ta frontière une forteresse colossale *; mais il prévoyait qu'il se laisserait faire une douce violence par les militaires, 11 résista donc éncrgiquement à l'effort de M. Thiers, qui ignorait ces divergences', et

1. Aut Kaiter FrieHricht Tagetui-ft, 22 février 1871. PMMppson. Daa leben Kaiier Fritdricht, p. Î80. Blumenlhal, Tagebwh, U févrierieTl.

2. Hsrquis deGabriac. Souvenirs diplomatiques, p. 140. Sur celle question, Jacob, Bismarck and dit Encerbiing EUass Lolhringens, 1S70-7I, p. 78

8. Notamment le grand-ducde Bade. Loreni. Kaiser Wilhelm I iind die fiegrOndung des Reic/u, p. 523.

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