‹ Bismarck et son tempsChapitre 91 sur 270 · Biisch. TagebuekblàHtr. \. II, p · texte numérisé non relu

Biisch. TagebuekblàHtr. \. II, p

3. J. Favru. Gouvernement de la Défense nationale, t. Ill, p. 171.

i. Il n'est point question dans les Soles et Souvenirs de M. Thiers de cette visite du 23 février ; mais, ainsi que l'a montré M. Kantzel, Thiers und Bismank , p. 68et suiv. la chronologie de M. Thiers est souvent dëtectueuse et il y a lieu de la rectifier par les données de H. Jules Pavre. Or celui-ci, /oo.ci^, mentionne le voyage du £3,

B. Abcken. £JR sfhlichles Leben. p. 514.

queur, lord GranviUe avait expédié à lord Lodua une dépêche de blâme pour qu'on la communiquât à Bismarck elle digne M. Kern s'était rendu à Versailles pour demander que la frontière franco-suisse ne fût point transformée, mais qu'on maintint Belfort ft la France. 11 fut reçu dans un éclat de fureur : « Que venez-vous faire ici ? criait l'irascible chancelier; de quoi vous mêlez- vous ? C'est une question fi vider entre la France et nous ; et voua, neutres, vous n'avez pas à vous en mêler. \ous avons donné des conditions, elles sont irrévocablement fixées, et nous ne les changerons pas. Si elles ne sont pas acceptées, la guerre recommencera. » Epouvanté, M. Kern s'enfuit et rapporta aux deux Français « qu'il n'y avait aucune espérance »,

Au commencement de l'après-midi, MM. Thicrs et Jules Favre arrivèrent rue de Provence. Bismarck se disait très souETrant ; les deux Français étaient fort inquiets. Chacun se promit d'être calme : c'est le début des scènes violentes ; le combat ne tarda pas. H s'agissait de régler le sort de Metz et de Belfort et le petit vieillard lutta avec l'énergie du désespoir '. « Non, s'écriait-il, jamais je ne céderai Belfort et Metz. Vous voulez ruiner la France dans ses finances; ta ruiner dans ses frontières! Eh bien ! qu'on la prenne, qu'on la ravage, qu'on mine ses maisons, qu'on égorge ses habitants inofTenafs. Nous combattrons jusqu'au dernier souffle, vous aurez à la gouverner en présence de l'Europe, si elle le permet !

— Croyez-moi, répliquait Bismarck, j'ai &it tout ce que j'ai pu; mais en Allemagne, on m'accuse de perdre les batailles que M. de Moltkc a gagnées; il n'y a pas moyen de vous laisser une partie de l'Alsace.

— Je signe à l'instant même, reprenait enfin M. Thiers, ^i

vous me concédez Belfort, sinon rien, rien que les dernières extrémités, quelles qu'elles soient. »

Bismarck hésitait; en son for intérieur, il ne tenait pas à gagneravec Belfort une nouvelle terre française etd'irréductibles oppositions. « Vous le voulez, reprit-il, je vais faire une tentative auprès du roi ; mais je ne crois pas qu'elle réussisse. » Il envoya AbeUen à la Préfecture et manda MoUke auprès de lui '. Le roi était absent ; Moltke, en promenade, n'arriva que trois quarts d'heure après; les deux Prussiens délibérèrent, puis Bismarck rejoignit les Français : « J'ai une alternative à vous proposer, dit-il la main sur la clef de la porte. Que préférez-vous ; BcKort ou la renonciation à notre entrée dans Paris ? » Les deux Français se consultèrent du regard ; leur accord fut prompt ; l'entrée des Allemands è Paris était une humiliation, la perte de Belfort un désastre, a Belfort, Belfort ! n s'écria M. Thiers. » La vieille citadelle était sauvée. Abeken était retounié chez le roi : Guillaume accepta de rendre Belfort si Molke y consentait et si la France abandonnait près de Metz quatre petits villages, où se trouvaient enterrés huit ou dix mille Prussiens. Au soir^, quand MM, Thiers et Jules Favre rentrèrent à Paris, la paix était virtuellement faite.

11 n'en 'fallut pos moins deux journées encore, el de vive lutte. On devait préciser les nombreux détails des « préliminaires de la paix », de la u convention additionnelle », de la «convention relative ô l'occupation d'une partie de Paris par les troupes allemandes*», fixer la frontière de l'Est el les

1 . Ici le récit des Français doit èlre complété par les imporUnles narrations d'Abcken. Ein achliclUes Ltben, p. 508 el suiv. La déposition de de J. Favre semble être plus précise que celle de M. Thiers.

i. De longues discussions se soulèvent sur l'heure à laquelle prirent lin les négociations, entre cinq heures et demie el neuf heures. KOntzel, Tkiera vnd Birmarck, p. 74 et suiv.

3. Ces documents en annexe dans l'ouvrage de M. Jules Favre, t. III, p. 517 et suiv.

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LA PIN DE LA GUERRi; 253

dates successives de la libération du territoire à mesure des versements partiels de l'indemnité, détermiDcr le renvoi des prisonniers de guerre et les quartiers de Paris soumis à l'occupation, toutesquestionsimportantes.difficiles, irritantes. Bismarck avait le verbe acerbe et hautain ; M. Thiers lui tenait tête avec fierté. Sur quelque exigence du chancelier, le grand patriote s'écria dans un accès de révolte : « C'est une indignité. » Bismarck se mit à parler dans sa langue maternelle. (1 Je ne comprends pas l'allemand », reprit M. Thiers. — « Lorsque vous m'avez parlé d'indignité, s'écria le chancelier en marchant à grands pas, il m'a semblé queje ne connaissais pas assez le français et j'ai préféré l'allemand; désormais je ne parte plus français, qu'on cherche un interprète. Je suis bien bon de prendre la peine à laquelle vous me condamnez, nos conditions sont des ultimatums, il faut les accepter ou les rejeter '. » Il se calma, pour s'irriter & nouveau sur la question financière; il fallut mander de Paris M. Alphonse de Rothschild, l'aboucher à MM. Henckel el Bleichrœder : les trois hommes ne purent se mettre d'accord le samedi 25, il fallut renvoyer la signature au lendemain.

Le dernier jour, Bismarck résolut d'introduire les États du Sud dans les négociations. L'idée en flottait depuis plusieurs jours au camp prussien ; elle soulevait quelques difficultés'; les quatre Etats du Sud s'étalent engagés dans la guerre avant leur entrée dans l'Empire allemand, il était donc naturel qu'ils prissent part à la paix ; mais, depuis le 1" janvier 1871, leur personnalité s'était fondue, au point de vue diplomatique, dons le nouveau corps allemand ; fallait-il tourner la question

1. D'après Buscti, cette scène aurait eu lieu le 3î Tëvrier; d'après Jiilos Pavrc, Abeken, le prince royal, elle se passa le 25, i. O. Lorenz. Kaiter Wilhelm l und die BegrUndiing dis Reiclia, p. SiO,

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Cil iiommanl plénipotentiaires de l'Empire quatre ministres du Sud? Fallail-il, au contraire, faire intervenir les princes eux-mêmes ? Déjà le poi de Wurtemberg i^tail accouru sur rinvilalion de Guillaume I". Après débats, consultations, contre-ordres, Bismarck trancha la question en convoquant le comte de Bray, le baron de Wœehter, M, Jolly pour représenter aux dernières négociations la Bavière, le Wurtemberg, et le grand-duché de Bade. Tous trois se glissèrent, le dimanche 26 février, dans le salon de la rue de Provence, discrets et modestes ; le Bavarois parlait peu et les deux autres point'. En écoutant avec respect, ils réfléchissaient, frappés de la ténacité patriotique des Français : « Les sacrifices qui leur incombent sont lourds, pensait l'un d'eux, et naturelle est leur hésitation à s'y soumettre ^ » Celui-là avait de l'humaine pitié.

Les débats se prolongèrent pendant la journée entière : il s'agissait de ûxer l'échéance des paiements de l'indemnité, et les propositions des conseils financiers, MM. de Rothschild, Bleichrœder et Henckel, furent soumises à de vives discussions. Il fallut ensuite rédiger les deux ampliations du traité, et tuer le temps par une fastidieuse conversation. On passa enfui à la signature. Le chancelier envoya chercher une plume d'or, que les dames d'une ville allemande lui avaient offerte pour la circonstance. M. Tbiers signa le premier, d'une écriture ferme et forte. Jules Favre vint ensuite, ému, nerveux. Bismarck écrivit le dernier « la figure rayonnante de joie' ». Les trois ministres du Sud aposlillèrent un appendice a pour adhérer i\ la présente convention au nom de

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