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Bismarck au Reichstag, i mai ISTl

4. Le Reicbstag reporta celle date au 1" Janvier 1873, mais une loi du £0 juinlS^ita ramena au l"Janvicr 1874.

LA CONiiOLlDATION DE L'ËMPERE 269

jusqu'à cette date, le pouvoir législatif serait exercé par l'empereur avec l'assentiment du Bundesrath ; c'était la « dictature » et jamais mot dg s'appliqua plus strictement à la réalité.

En déposant ce projet de loi, le 2 mai, Bismarck motiva longuement les résolulions du passé et les espérances de l'avenir. 11 y exposa les attaques séculaires de la France, ses prétentions en 1866', son agression en 1870; l'Allemagne avait donc été dans la nécessité de reprendre « un meilleur rempart du c6té de l'Est, — le coin que poussait dans notre patrie par Wissembourg la pointe de l'Alsace, — Strasbourg, porte d'où pouvait toujours sortir une armée de 150 000 hommes, — Metz qui a une telle configuration topographique que pour en faire une place très forte l'art n'a que fort peu de choses à créer ». Le démantèlement des places fortes, la neutralisation de l' Alsace-Lorraine eussent élé vaines, l'annexion était indispensable. De ce pays nouveau, déclara-t-il, il faut faire une terre d'Empire. « Les gouvernements confédérés ont acquis en commun l'Alsace et la Lorraine ; la possession commune, l'administration commune de ' ces pays est un fait donné qui résulte de nos besoins et de ceux des intéressés dans les deux provinces ; mais je vous prie instamment de vous abstenir d'un jugement sur la forme que peuvent recevoir définitivement, un jour, ces acquisitions allemandes. » Pour surmonter ■< l'éloignement que nous trouvons chez cette population », il faut « de la bienveillance et de la patience. — Nous sommes en état, ajouta-t-il, d'accorder aux habitants d'Alsace et de Lorraine une grande somme de liberté communale et individuelle ». Et c'est par un appel à la bienveillance qu'il termina son discours.

1 . II en fit un rÉcU ihôàtral dont nous avons déjà démontré rine:(aclitude. Supra, t. Il, p. 529, 530.

Lés dernières paroles étaient safi^s et dignes d'un chef d'Etat ; le Bismarck vieilli et autoHlaire des demièrea années les oublia souvent ; dès 1871, au Reichstag, elles trouvaient des incrédules qui entendaient Irailer l'Alsace et la Lorraine en pays inférieurs, et Bismarck dut s'élever à deux reprises contre « cette prétention de se faire les tuteurs de l'Alsace - pour ses intérêts locaux. A ce compte-là, il me semble bi«), les Alsaciens pourraient bien ne pas trouver le leur ' ». Ici la sagesse se doublait de prophétie : au compte de l'annexion, les Alsaciens n'ont pas trouvé le leur.

La session parlementaire s'avançait ; déjà la paix était signée avec la France, les avantages du traité exposés au Reichstag, il ne restait plus qu'A panser les plaies de la guerre et récompenser les maîtres de la victoire. Ce fut l'objet de deux lois : Tune mit quatre millions de thalers, pris sur l'indemnité française, à la disposition des gouvernements confédérés pour accorder des secours aux militaires de la réserve cl de la landwehr et aux familles des soldats morts b. l'ennemi ; l'autre confia quatre millions de thalers fi l'empereur pour ■ les répartir entre les chefe de l'armée ; on ne procéda point comme en 1866 e( les noms des bénéficiaires ne furent point publiés ; l'empereur distribua les dotations à sa guise '. Bismarck vint soutenir en personne les deux projets, le premier en quelques mots, le second par un discours enflammé, où il vantait à juste lili'C la mûre préparation de l'armée, la sûreté du commandement, qui avaient assuré la victoire plus que la bravoure des troupes. Et il ajoutait avec une exactitude historique, a Les Français également ont fait preuve décourage ; leurs soldats se sont, eux aussi, bravement battus ; ce qui leur a manqué, c'est le commandement, c'est la fidélité

1. Bismarck au ReichsUg, 25 mai, 3 juin 1871. !. Unruli. Erinnei'ungfn, p. 330.

au devoir ehez les chefs, c'est t'inlelLgence des cheEs, c'est la conduite ferme el résolue de la guerre ', »

Pendant cea débuts, le chancelier alliait à la majesté d'un maître da monde les charmes de sa bonhomie souriante et narquoise. Il avait repris ses réceptions parlementaires, il passait dans les groupes, cigare à la main, s'asseyait à une table pour vider une chope ou rectifier une idée, reprenait par voie de facéties ses ai^uments de la tribune, vantait les bénéfices du traité, annonçait le prochain ralliement des AlsacienB-Lorrains, car, — et cette parole sortait de son âme même, — « qui hait fort, aime aussi bien' ».

Le 15 juin, la session fiit close. L'empereur lut un discours du trftne pour remercier les députés de leur féconde activité ; en trois mois la constitution avait été votée ; les mesures étaient prises pour alléger les chairs de la guerre ; l'Alsace et la Lorraine voyaient réglée leur situation légale ; et la paix étaitconclue avec laFranee. « Puisse- t-elle être durable ! » Ce furent les dernières paroles de Guillaume'.

Le lendemain devant l'empereur, ses ministres et ses généraux,, splendide et glorieuse, défilait l'armée des victoires qui « par la guerre avait assuré la paix ». Pendant le défilé, Bismarck recevait une dépêche du général Fabrice, qui annonçait un mouvement des troupes frani^aises ; le chancelier télégraphiait : « Si les avant-postes continuent à se porter en avant, attaquez-les immédiatement, »

En quittant Versailles, Bismarck prévoyait qu'il serait

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