‹ BismarckChapitre 10 sur 55 · AMBASSADEUR EN RUSSIE · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR EN RUSSIE

Quand Bismarck quitta Berlin pour alTèr prendre possession de son poste d'ambassadeur en Russie, il dut faire une longue étape du voyage en chaise de poste, dans des conditions très pénibles; il n'y avait pas de raccord, en effet, à cette époque entre les chemins de fer prussiens et les chemins de fer russes. De Kœnigsberg à Pskow, pendant plus de six cents kilomètres, la voiture de Bismarck roula quatre-vingt-seize heures sans arrêt, quatre jours et quatre nuits. Celle manière de voyager, par la neige et un froid qui pendant ta nuit descendait à douze degrés, lui avait laissé de fâcheux souvenirs. • La Russie, écrivait-il, s'est allongée sous nos roues; les verstes ont fait des petits à chaque station. * L'intérieur de la malleposte était trop petit pour sa grande taille; il avait

os BISMARCK.

dû faire le voyage sur la banquette extérieure, qui était ouverte par devant. Il avait tellement souffert du froid que la peau de son visage s'était détachée par écailles. Ces inconvénients furent vite oubliés devant l'accueil empressé qui lui fut fait à Pétersbourg.

On était alors dans la troisième année qui suivit la guerre de Crimée. Gortschakoff, qui avait pris la direction de la politique étrangère, était d'avis de maintenir la Russie dans le • recueillement • ; après cette forte secousse, — simple chiquenaude auprès du cataclysme actuel, — elle avait besoin de se replier pendant quelque temps sur elle-même. Pour le tsar Alexandre II, le sentiment qui dominait alors en lui élait l'anîmosité contre l'Autriche; cette puissance, sui\ anl le mot connu , venait d'élonner la Russie et le monde par son ingratitude; n'avail-elle pas, en effet, refusé de soutenir l'empire des tsars dans la guerre de Crimée, alors qu'elle n'avait dû la répression de l'insurrection hongroise en 1849 qu'à l'intervention de la Russie? Par suite, un terrain d'entente s'établit très vite entre l'empereur et l'ancien ambassadeur à la Diète, qui avait rapporté de Francfort des sentiments nettement anti-autrichiens. Bismarck trouva encore un. ■ accueil trèsfavorableauprèsde l'impératrice mère, fille de Frédéric Guillaume 111, veuve de Nicolas]"; il disait d'elle à sa femme : • D'un caractère aimable, elle me témoigne une affabilité presque maternelle. Je cause avec elle comme si je la connaissais depuis l'enfance. » Le caractère de ces relations personnelles, sans parler de sa connais-

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