LA PREMIERE PASSE D ARMES
sance parfaite de la langue russe, contribua à donner tout de suite à l'ambassadeur de Prusse une position très solide.
La première année de l'ambassade de Bismarck fut marquée par un événement européen d'une importance capitale. La France s'était alliée au royaume de Sardaigne; Napoléon III et Victor- Emmanuel iTvaient uni leurs armées pour libérer l'Italie du Nord de la domination autrichienne. L'opinion publique en Prusse, surtout dans le monde militaire, ne dissimulait pas ses inquiétudes. Que signifiait cette intervention de la France? C'était la cassation à brève échéance des traités de 1815, sur lesquels était fondé le droit public européen; un nouveau Napoléon se faisait encore l'instrument d'une politique qui était une menace pour l'Europe. Le régent céda à la mauvaise humeur de son entourage. Après la bataille de Magenta, qui avait décidé du sort de la Lombardie, il avait ordonné la mobilisation de six corps d'armée, soit cent quatre-vingt mille hommes. Après la bataille de Solférino, quand les Français arrivèrent à l'entrée de la Vénéiie, les préparatifs militaires de "la Prusse furent poussés avec une véritable fièvre; les journaux escomptaient déjà une victoire sur le Bhin et l'annexion de l'Alsace, Aussi ■ l'armistice de Villafranca, du H juillet, causa-t-il en Prusse une déception profonde. On avait cru qu'on allait porter à l'ennemi héréditaire le coup qui n'avait pu être frappé en 1840; une fois encore, il fallait laisser l'épée au fourreau,
Bismarck ne partageait pas à ce moment cette
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humeur belliqueuse; car il n'était pas d'avis de faire en aucune manière le jeu de l'Autriche. 11 écrivait à son frère (8 mai 1859) : • Si nous aidons l'Autriche à la victoire, nous lui assurerons une situation comme elle n'en a jamais eu en Italie et en Allemagne depuis l'édil de restitution pendant la guerre de Trente ans, et il faudra un Gustave- Adolphe ou un Frédéric II pour nous émanciper à nouveau... Nous ne sommes pas assez riches pour user nos forces dans des guerres qui ne nous rapportent rien. •
Le succès militaire lui paraissait pour le moins douteux, t Si la fortune nous est contraire, écrivait-il à un de ses amis de Francfort (1" juillet 1S59], nous verrons les États fédéraux nous fausser compagnie et nous abandonner comme le fruit flétri que le vent fait tomber de l'arbre. Ceux d'entre eux dont la captiale aura reçu une garnison française n'auront rien de plus pressé que de se sauver patriotiquement sur le radeau d'une nouvelle Confédération du Rhin. > Aussi l'inaction forcée à laquelle la Prusse se trouva tout à coup réduite fut-elle en parfaite harmonie avec sa manière de voir.