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AMBASSADEUR A PARIS

Au mois de mai ISt^, Bismarck était rappelé de Pétersbourg; quelques jours plus tard, il était nommé ambassadeur à Paris. Avant que celle • nomination le mit en évidence, Bismarck était déjà regardé en Prusse, dans les milieux bien informt'^s, comme un homme de grand avenir. Un SOUS' lieutenant d'artillerie, entré en 18frl à l'École d'application de Metz, devenu officier générât, nous rapportai! qu'il avait entendu parler pour la première fois de Bismarck, au mois de février 1862, dans les circonstances suivantes.

Les ofliciers de l'École d'application donnaient chaque année, au cours de l'hiver, un bal de bienfaisance par souscription. Les ofliciers allemands des garnisons voisines, Sarrebruck et Sarrelouis, y assistaient. Les Français les recevaient k leur table et des conversations s'engageaient comme

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entre camarades. Un de ces officiers étrangers, fils d'un miaistre prussien, eut avec noire sous-Ueutenanl une conversation longue et sérieuse. Il lui parla d'un homme qui commençait à pointer et qui semblait appelé à une haute fortune; it s'appelait Bismarck, c'était un nom à retenir. El cet officier, en veine de confidence, ajoutait : Pourquoi laFrance ne se servirait-elle pas del'influence de Bismarck pour contracter une alliance avec la Prusse contre leur commune ennemie, l'Autricheî L'anecdote est caractéristique par sa date; elle prouve que le futur chancelier de l'empire d'Allemagne était déjà tenu dans son monde, dès l'année 1862, pour un personnage sur qui on avait les yeux.

L'ambassade de Paris était comme un nouveau stage que Guillaume l" faisait faire à Bismarck, en attendant qu'il lui ouvrît l'entrée au ministère. Bismarck ne fil que traverser Berlin. Il écrivait à sa femme (25 mai 1862) : • Combien de temps resterai-je là-bas (à Paris)? Qui le sait. Peut-être quelques mois, quelques semaines seulement. Ici, tout le monde conspire pour me retenir à Berlin, et je m'estimerai heureux le jour où j'aurai enfin trouvé sur les bords de la Seine un pomt où je 'serai tranquille et un portier qui ne laissera pénétrer personne auprès de moi. • Cependant, une fois installé rue de Lille, dans l'ancien hôtel du prince Eugène, tout ne lui parut pas parfait au point de vue du confort. • La maison, écrit-il à sa eœur (16 juin 1862), est très bien située, mais elle est sombre, humide et froide... Tout est exposé au

Nord et a une odeur de moisissure et de cloaque... C'est là que Halzfeld et Pouptalès ont vécu tout le temps; mais ils en sont morts à la fleur de l'âge; et, si je reste dans cette maison, je mourrai aussi' plus tôt que je ne désire. •

Le V"" juin {18't2), Bismarck fut reçu officiellement aux Tuileries, pour remettre ses lettres de créance à Napoléon III. • Il m'a reçu amicalement; il a bonne mine, est devenu un peu plus fort, mais il n'a ni engraissé, ni vieilli... L'impératrice est toujours une des plus belles femmes que je connaisse, malgré Saint-Pétersbourg; elle a plutôt embelli depuis cinq ans. • Bismarck fut invité par l'empereur à se rendre à Fontainebleau. En se promenant dans le jardin de Diane, les deux hommes abordèrent les questions politiques. L'empereur demanda à brûle pourpoint à son hôte s'il croyait que le roi de Prusse fût disposé à contracter une alliance avec lui. Bismarck se réfugia dans une réponse polie et évasive. L'empereur revint à la charge; il parlait des avantages d'une • alliance diplomatique •. Mais Bismarck, qui savait l'opposition de son roi à tout rapprochement avec la France, restait fort embarrassé. ■ J'étais, a-t-il dit, devant l'empereur comme Joseph devant la femme de Putiphar. • L'on sait, en effet, que l'altitude du fils de Jacob et de Rache) fut singulièrement gênée en face des avances de l'ardente égyptienne. L'entretien de Fontainebleau n'eut pas de conséquence; du moins, venant après les entretiens de 1855 et de IS57, il avaitpermis au Joseph de Schônhausen d'étudier de prèa le caractère de son iuleriocuteur,

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dé deviner ce qu'il y avail de vague el d'hésitant dans cette imagination qui se découvrait, sans prendre ses précautions.

Dans ce même entretien, l'empereur déclara qu'avant peu il y aurait un soulèvement à Berlin, la révolution dans le pays et que le roi aurait toute la natutn contre lui s'il tentait un plébiscite. Et Bismarck de faire cette réponse, quelque peu impertinente : • Notre peuple ne construit pas des barricades; les rois seuls en Prusse font des révolutions. 1

L'empereur porta ce jugement sur Bismarck :

■ Ce n'est pas un homme sérieux- » De son côté, Bismarck, à un diplomate russe qui lui demandait peu après ce qu'il pensait de Napoléon III. répondait par le vers de La Fontaine r De loin, c'est quel'jue chose; H de près, ce nVsl. rien.

L'ambassadeur n'avait pas grand'chose à faire à Paris en cette saison. Pour se délasser et pour s'instruire il se mit à voyager en France. Ghambord et les châteaux de la Loire, Bordeaux, Uayonne, Biarritz, d'où il poussa jusqu'à Saint-Sébastien, Pau, Lourdes, Ganterets, Bagnères, Luchon, Toulouse, virent passer ce voyageur, enchanté de se laisser vivre et ravi du spectacle que lui offrait notre pays, en particulier la région des Pyrénées. Chemin faisant, il avait reçu de Roon des nouvelles de Berlin; le roi hésitait toujours à se décider, mais les amis de l'ambassadeur continuaient à se . faire pressants. ■ La poire est mûre >, disait une dépêche laconique. A Paris, il trouva une autredé-

pêcKe signée d'un nom d'emprunt ; • Periculum in mora. Dé péchez- vous. * II ne tarda pas davantage; dès le lendemain, 19 septembre, il partait pour Berlin.

Son ambassade en France avait duré en tout quatre mois; tout l'intérêt de ce séjour rapide se résumait sans doute pour lui dans l'entretien de Fontainebleau^ où quelques heures lui avaient permis de voir, d'homme à homme, qui était l'emperfîur des Français.

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