‹ BismarckChapitre 19 sur 55 · LE C0ND0MIN1U.M DANS LES DUCHÉS · texte numérisé non relu

LE C0ND0MIN1U.M DANS LES DUCHÉS

Un jour, en 1880, Bismarck raconlail à son confident Maurice Busch comment la guerre de 1866 était née.

■ Je voulais, dit-il, que l'Autriche ne fût pas la seule à avoir de l'autorité en Allemagne, et qu'elle ne mit pas sans cesse la Prusse sous le boisseau. Je demandai en conséquence que ta Prusse eût une situation dans la Confédération qui lui permit de parler un peu plus haut et d'être en état dé repousser les agressions des puissances voisines. A Vienne, ils ne voulurent jamais entendre parler de cela... Nous continuâmes donc à être traités abominablement, si bien que nous fûmes obligés, UD beau jour, pour notre conservation personnelle, de donner à l'Autriche une preuve matérielle qu'elle

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se Irompait en pensant que nous avions absolumenl besoin d'elle, et que nous pouvions nous passer de soo concours. En 1866, nous primes la première occasion qui se présenta el nous flanquâmes l'Autriche à la porte. >

En vérité, c'était depuis longtemps chez Bismarck une idée fixe d'engager la lutte avec l'Autriche, pour donner en Allemagne la primauté aux HohenzoUern. • Lorsque je suis arrivé au pouvoir, disait-il dans une autre circonstance, je ne m'étais tracé qu'un but ; l'unification de l'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse. • Aussi, loin d'allendre la première occasion, il la provoqua. La convention de Gastein, quiavait établi dans les duchés le régime itu condominium, était un nid à querelles; fatalement, la guerre devait en sortir. Le délégué prussien dans le SIesvig élait le général ManteulTel: le délégué autrichien dans le Ilolstein était le général Gablenz. Leur manière de procéder fui tout à l'ait différente. Manteuffel montrait une extrême raideur contre la population du SIesvig; Gablenz, au contraire, administrait le Holstein avec une véritable bienveillance, au point mi^me de lolérer des- démonstrations en faveur du duc d'Augustenborg, le candidat- de 1864 que Bismarck avait évincé d'une façon cavalière. Dès le mois de janvier 1866, Bismarck adressait à Werther, l'ambassadeur de Prusse à Vienne, tout un réquisitoire contre le cabinet autrichien. • T.'est un besoin absolu pour nous, disait-il, d'apporter de la clarté dans nos relations. Si l'entente des deux puissances ne peut se réaliser comme nous le désirons, nous

devrons nous assurer une entière liberté pour toute notre politique et en" faire l'usage que nous croirons conforme aux intérêts de la Prusse. •

Au mois de février, la question de la guerre fut examinée à Berlin <fans un grand conseil, auquel avaient été spécialement convoqués des personnages importants, comme Moltke et Manteuffel. Le roi déclara que la mauvaise volonté de l'Autriche dans la question des duchés faisait un devoir de songer à la guerre ; la Prusse n'avait pas l'intention de la provoquer, mais elle ne la redoutait pas. Bismarck, Mollke, Manteuffel appuyèrent les paroles de Guillaume I"^ par des arguments d'ordre politique et d'ordre militaire. Le prince royal parla en sens opposé, dans la crainte d'une intervention de l'étranger. Bref, aucune décision ne fut prise séance tenante; mais, pour les assistants, l'ouverture des hostilités n'était qu'une affaire d'opportunité.

ALLIANCE ITALO-l'RUSSIENNE

Il restait h !a Prusse à conclure l'alliance avec l'Italie, au sujet de laquelle Bismarck avait rapporté de Biarritz comme un consentement tacite. Elle pouvait l'être d'autant plus facilement que lesdeux futurs alliés avaient un égal besoin i'un de l'autre.

Depuis la conclusion inattendue de la guerre de 1859, l'Italie ne cessait de penser à la Vénétie, la séduisante irredenta, qu'elle avait cru saisir après Solférino et qui, brusquement, comme par un coup de théâtre, lui avait été interdite, p]lle n'avait plus

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à compter sur le concours militaire de la France. Quant à arracher la Vénétie à l'Autriche avec ses seules forces, c'eût été folie d'y prétendre; de toute nécessité, un allié lui était indispensable. Cet allié ■ était tout indiqué : c'était la Prusse. La Prusse ne cachait pas, en eCTet, son ambition d'annexer les duchés danois; elle ne pouvait le faire qu'au prix d'une guerre avec l'Autriche ; et il était clair que Ses chances de victoire augmenteraient singulièrement, si une partie des forces de sa future emiemie était retenue au sud des Alpes, alors qu'elle porterait elle-même en Bohême son action offensive. Le président du cabinet de Florence et ministre des ' Affaires étrangères, le général La Marmora, était un partisan décidé de cette alliance ; elle était chez lui en parfaite harmonie avec la grande admiration qu'il ressentait pour le régime militaire prussien. Dans ces conditions, le pacte fut rapidement conclu.

Un agent italien, le général Govone, fut envoyé à Berlin par le gouvernement de Victor-Emmanuel pour préparer l'alliance; le but officiel de sa mission, c'était de visiter les établissements militaires de la Prusse. Il eut avec Bismarck plusieurs entretiens, au cours desquels celui-ci démasqua en partie ses projets. Pour donner à la guerre prochaine toute son ampleur et la faire bien accueillir par l'opinion publique en Allemagne, Bismarck partait de ■ remettre sur le tapis la question de la réforme de l'Allemagne, assaisonnée d'un parlement allemand >; en un mot, c'était reprendre le programme des unitaires et des libéraux de 1848, '

mais avec cette différence capitale qu'il ferait exécuter ce programme par la Prusse et à son profit. Rappelons-nous le mot qu'il avait dit à Napoléon III, quatre ans plus tôt, dans l'entretien de Fontainebleau : « LeS rois seuls en Prusse font des révolutions. » .

Des bruits de guerre commençaient à circuler dans le public; Bismarck ne les démentait pas. Un jour qu'il dînait à côlé de la femme du ministre de Saxe à Berlin et que celle-ci lui exprimait ses inquiétudes au sujet de la conquête possible de la Saxe, il lui dit, d'un ton moitié sérieux, moitié plaisant r i N'en doutez pas, je n'ai jamais eu d'autre pensée, et je n'ai pas cessé de m'y préparer depuis que je suis entré au ministère. Le moment ne tardera pas, nos canons sont tous fondus, vous aurez bientôt l'occasion de vous assurer si notre artillerie transformée n'est pas supérieure à l'artillerie autrichienne. » La voisine de Bismarck, fort peu rassurée, déclara qu'elle irait se réfugier dans son château de Buhfime, * N'allez pas en Bohême, lui dit-il d'un air entendu. Vous y seriez exposée à de terribles aventures, car nous battrons les Autrichiens dans les environs de votre domaine; allez tranquillement dans votre château de Knautheim, vous y serez à l'abri des événenienb. »

Le 8 avril, le Irailé entre la Prusse et l'Italie était signé à Berlin : l'Itolie s'engageait à attaquer l'Autriche en Véiictie si, dans un délai de trois mois, la Prusse commençait elle-même les hostilités contre l'Autriche.

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