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PROJET D UN PARLEMENT NATIONAL

Bien que le traité n'eût pas été publié, une atmosphère d'inquiétude commençait à se répandre en Allemagne; l'entrevue de Biarritz, rechange de notes entre Berlin et Vienne, la mission de Govonc à Berlin, les bruits qui filtraient sur les préparatifs militaires, justifiaient celle inquiétude. Ce fut une sorte de stupeur, ijuand on ""apprit que la Diète de Francfort venait d'être saisie, le 9 avril, par le délégué de la Prusse Savigny, de la proposition la plus inattendue ; • Plaise à la Diète de décider qu'une assemblée, issue des élections directes et du suffrage universel de toute la nation, sera convoquée pour examiner les projets des gouvernements sur la réforme de la Confédération. » Jusqu'alors, Bismarck avait traité les chambres prussiennes à "la cravache, et voici que tout à coup il se faisait l'instrument du parti révolutionnaire : il demandait un parlement national, un parlement issu du suffrage universel. Fallait-il croire à la sincérité de cette volte-face? Les grands États allemands, comme la Bavière, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg, Bade, se souciaient peu de courir une pareille aventure; ils ne cachaient pas leurs sympathies pour le statu qvo, c'est-à-dire pour la cause de l'Autriche. En Prusse même, la surexcitation était très grande. Un soir que Bismarck sériait du Château pour regagner la Wilhelmstrasse, le 7 mai, un étudiant tira sur lui cinq coups de revolver. Par (iiio réaction soudaine, des manifes-

tants se groupèrenl devant le ministère et acclamèrent le ministre, qui avait courageusement fait face à son meurtrier ; des cris « Hoch Bismarck 1 • retentirent : c'étaient les premiers échqe de la popularité.

Cependant Napoléon III, qui croyait à la vertu des conférences, parlait de réunir un congrès pour régler les rapports de la Prusse et de l'Italie avec l'Autriche. Ce projet contrariait les desseins de Bismarck, qui voulait une action rapide et brutale. ferro et igné; c'est à ce prix seulement qu'il e,stimait qu'elle serait efficace. Heureusement pour lui, l'Autriche ne voulut pas entendre parler d'un congrès. Elle en avait assez d'être bernée par la Prusee, d'Ctre provoquée par l'Italie, qui ne dissimulait pas ses préparatifs militaires; elle refusa toute intervention, le congrès n'eut pas lieu.

La situation était trop tendue pour ne pas courir le risque de se briser; mais Bismarck, dissimulant son jeu, attendait; il voulait, en effet, laisser à l'Autriche l'initiative et la responsabilité de la rupture; si la Prusse était attaquée, il lui serait plus facile de mettre l'opinion de son côté. Le 1" juin, il était arrivé à ses fins. Ce jour-là, l'Autriche dénonçait le traité de Gastein; elle déclarait, en outre, qu'elle chargeait la Diète de régler le sort des duchés. Avant de laisser à la Diète le temps d'agir, Bismarck s'empressa de saisir l'un des objets du litige. Mantcuffel, qui commandait dans le Slesvig, re^ut l'ordre d'occuper le Holstein: il le fit dès le 10 juin, sans coup férir. Car Gablenz, enfernu'îiiu Xord c\ au Sud enlrc 1rs Iroupes prus-

siennes, n'avait pu faire qu'une chose : pour éviter d'être pris, il s'était retiré avec sa petite armée en territoire hanovrien, sur la rive gauche de l'Elbe.

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