‹ BismarckChapitre 22 sur 55 · GUERRE DE · texte numérisé non relu

GUERRE DE

La guerre de 1866 débuta pour les alliés d'une manière malheureuse. Le 24 juin, l'armée de Victor-Emmanuel était battue k Custozza par l'armée de l'archiduc Albert. Cependant, celte bataille, •bien qu'elle eût été une grande défaite, n'avait pas été sans servir indirectement la cause ilalo-prussienne; elle avait retenu dans ta région de l'Adige et du Mincio quatre-vingt-dix mille hommes des meilleures troupes de l'Autriche, qui ne purent pas prendre pari à la campagne de Bohi^me.

On apprit bientôt à Berlin des nouvelles plus heureuses ; l'armée hanovrienne avait capitulé, la Saxe avait été occupée, la Bohême commen(;ait i être envahie. Les Berhnois accoururent alors en foule dans la Wilhelmstrasse et ils acclamèrent Bismarck. Il parut h une fenêtre du ministère des

Affaires étrangères. « Nous devons ces succès, dît-il, à notre roi qui a créé une armée aguerrie; lorsqu'il l'eut, son maintien lui causa beaucoup de peines et de luttes ; maintenant vous voyea qu'il a eu raison. Aussi remercions Dieu, et louons le roi, créateur de cette armée. »

Bismarck avait quitté Berlin le 20 juin, avec Roon et Moltke, pour accompagner le roi en Bohême. Par de fréquentes lettres, il tenait sa femme au courant des incidents de la campagne; il lui écrivait, le 2 juillet: « Envoie-moi des romans français à lire, mais un seul à la fois. > Le 2 juillet, c'était quarante-huit heures avant Ja journée qui allait être décisive.

Le 4 juillet, aux côtés de son roi, du petit village de Sadowa il avait assisté à une action de guerre terrible. Il avait vu l'armée du prince Frédéric- Charles, le fameux prince rouge, s'élancer sur les hauteurs de Lipa, mais s'arr'^ler impuissante devant le feu écrasant de cent quatre-vingts pièces autrichiennes en batterie; il avait vu l'armée- de Herwarth de Bittenfeld s'arrêter de même devant les crêtes d'Ober F'rim, que gardait l'armée saxonne. Des bruits sinistres circulaient dans son entourage; il croyait lui-même qu'il avait fumé son dernier cigare, il était prêt à se joindre-à une charge de cavalerie pour trouver la mort sur le champ de bataille. Cependant un peu d'espoir lui restait au cœur. Il savait que du côté du Nord, un lieutenant de Frédéric-Charles, le général Fransecky, s'était accroché au bois de Benateck, qu'il y résistait opiniâtrement contre des forces quadruples. Puis

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il avait appris que l'armée du pi-iiice royal commençait à entrer en ligne du côté de l'extrême Nord; que, dans l'après-midi, les trois armées prussienoes avaient pu se ressouder au pied du plateau où était l'armée de Benedek. Ainsi était réalisée la formule de son amî MoUke : Marcher séparés, combattre unis. Enfin il avait vu la ruée formidable des trois armées royales sur les positions autrichiennes et saxonnes ; il avait vu ce que seules l'initiative et l'oiTensive sont capables de donner, la débâcle de l'ennemi; et le soir de celte grande journée, après avoir connu dans la matinée les émotions angoissantes de Sadowa, il jouissait du triomphe de KceniggrEetz.

Dès ce jour même, 4 juillet, l'Autriche paraissait hors de combat. Cela suffisait à Bismarck. S'il avait fait éclater celle guerre, ce n'était pas du tout pour frapper l'Autriche à mort, mais bien pour régler à sa guise la question des duchés et la forme nouvelle qu'il voulait donner à l'Allemagne. Le soir même de ta terrible bataille, où l'Aulriche avait laissé environ quarante-cinq mille hommes, il disait à Moltke, qui ne pouvait comprendre ce langage : ■ La question de victoire est tranchée; il s'agit maintenant de rétablir la vieille amitié avec l'Autriche. • Il avait tout à faitoublié un mot qu'il avait dit à Francfort, que le plus beau jour de sa vie serait celui où il ferait son entrée à cheval dans Vienne,

Cependant l'armée prussienne, refoulant devant elle les arrière-gardes autrichiennes, était entrée en Moravie et s'acheminait vers le Danube; le

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18 juillet, le gi-and quartier général s'établissait à Nikolabourg; Bismarck s'installait lui-même dans le magnifique chflleau du comte Mensdorfr-Pouilly, ministre des Affaires étrangères de François-Joseph. • Mon vieux château seigneurial de SchOnhausen, dit-il avec une ironie un peu lourde, n'est rien ù côté de celui-ci; c'est pourquoi j'aime mieux me voir chez le comte Mensdorff que de voir celui-ci chez moi. >

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