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RECONCILIATION" AVEC LA CHAMBRE

Bismarck était de retour à Berlia, avec Guil- . laume I", le 4 août; ce fui une rentrée triomphale, au milieu d'acctaraationR enthousiastes. L'homme qui avait voulu la guerre, qui l'avait imposée, , recueillait à présent, pour loi et pour son pays, le mérite de sa décision et de son énergie. Bismarck • était passé grand homme: cependant, comme le lui avait dit un officier le soir du 4 juillet, si b prince royal était arrivé trop tard à Sadowa, le ministre n'eût été que le plus grand des coquins, Le succès -des armes avait justifié les desseins de l'homme d'État qui avait voulu mettre l'Autriche à la porte.

Les mêmes idées de modération qui avaient inspiré Bismarck à NikoJsbourg h l'égard des vaincus de Sadowa l'inspiraient à présent h l'égard de ta seconde Chambre prussienne ; il estimait que la couronne devait, dans les circonstances actuelles, se. réconcilier avec les députés. Le discours du trône, du 5 août, renferme, en effet, un passage qui avait un peu le caractère d'une amende honorable.

■ Dans les dernières années, disait Guillaume l", le budget n'a pu être fixé d'accord avec la repré-. sentation nationale. Les dépenses publiques faites

pendant cette période manquent donc de base légale... Jai la confiance que les derniers événemenis coDiribueronl à amener une entente pour laquelle il est indispensable que le bîU d'indemnité demandé à la représentation des pays, pour la gestion sans budget légal, soit accordé volontiers. > Quelques jours plus tard, Bismarck plaidait luimême, à la tribune de la Chambre, la cause de la réconciliation. ■ Nous désirons ta paix, dit-il, non pas que nous soyons hors de combat ; au contraire,

. le combat nous est aujourd'hui plus favorable que dans les dernières années; pas non plus pour

* esquiver une mise en accusation dans l'avenir... Nous désirons la paix, parce que le pays en a besoin aujourd'hui plus qu'autrefois ; parce que nous pensons la trouver en ce moment; nous l'aurions cherchée plus tôt, si nous avions pu espérer plus tôl la trouver. •

La Chambre, étonnée mais séduite par ce langage nouveau, ne repoussa pas le rameau d'olivier que le ministre lui présentait. A une forte majorité, elle vola le bill d'indemnité demandé par le gouvernement. Dans la joie de la victoire patriotique, les anciens adversaires avaient oublié leurs communs ressentiments. Les libéraux et les nationalistes se groupèrent, à partir de ce moment, autour du ministère; ils formèrent le parti national- libéral, qui allait être, pendant plusieurs années, le plus ferme soutien de la politique bismarckienne.

LA PRUSSE EN isee

On comprend que l'opposition n'ait pas tenu rigueur plus longtemps à un ministre q^ui lui faisait à présent des avances et qui venait d'arriver en quelques semaines à de si grands résultats. En effet, tandis que le gros des armées prussiennes envahissait la Bohême et frappait le coup décisif de Sadowa, d'autres armées occupaient plusieurs des Ëtats de la Confédération qui avaient pris le parti de l'Autriche; suivant le mot un peu emphatique du général Vogel de Falkenstein^ qui avait conduit cette campagne, tous les pays au nord du Mein étaient aux pieds de Sa Majesté. Bismarck intervint alors pour appliquer son traitement • par le fer et par le feu ■; sans aucun souci du droit des populations, qui ne furent consultées nulle part, il augmenta le royaume de Prusse de quatre millions deux cent mille habitants. A l'en croire, il avait prêché la modération à son mallre. • Le roi, dît-il, avait décidé d'enlever un morceau de territoire à chacun des princes allemands battus, comme punition. * Je vais, me répétait-il sans cesse, exer- • , cer la justice de Dieu. » Je finis par lui répondre un jour qu'il valait mieux laisser Dieu exercer sa justice tout seul et qu'il ne fallait pas que nous prissions plus de territoires que nous n'en avions besoin. Si je l'avais écouté, nous aurions pris tout le nord de la Bohême, toute la Silésie autrichienne et la moitié de la Saxe. Ce que j'ai eu de mal à l'en empêcher! «

Bismarck modéré : cet adjectif hurle d'èLre accouplé à ce nom. Quand il avait appris, trois ans plus tôt, que l'Angleterre avait renoncé à son protectorat sur les Iles Ioniennes, il avait dit .: « Un État qui cesse de prendre et qui commence à rendre, est fini comme grande puissance. > Il ne fut jamais dans la pensée de Bismarck ni d'aucun homme dÉlal prussien de cesser do prendre. Le royaume de Hanovre, la Hesse électorale, le duché de Nassau, la ville libre de Francforl-sur-le-Mein, les duchés du Sleavig et du Holstein : telles furent pour les vainqueurs les dépouilles opimes d'une campagne qui avait duré un mois à peine.

Le gouvernement prussien avait invoqué -'la décision de la guerre et les nécessités de la réorganjs;ition politique de la commune patrie allemande ». Le message royal du 1() aofil aux Chambres prus' siennes exposait que tous les torts étaient du côté des quatre États allemands annexés; cor ■ ils avaient décliné la neutralité et l'alliance qu'on leur avait offertes avec garantie de leurs territoires; et surtout ils pouvaient, par suite de leur situation géographique, au cas où leur autonomie serait maintenue, préparer à l'avenir, par une attitude hostile ou équivoque, de graves obstacles à la politique et à l'action militaire de la Prusse •. La vérité est que, après cette œuvre de rapine, la Prusse entre l'Elbe et le Rhin se présentait à présent comme un bloc beaucoup plus homogène.

Bismarck avait appliqué, une fois de plus, la formule dont son maître Frédéric II s'était servi jadis aux dépens de la Pologne : • Il n'y a pas de

bonheur comparable à celui de faire un tout de ses États. •

Le gouvernement avait demandé des dotations pour les généraux qui avaient mené la campagne de 1868; aux noms des généraux la oommission de la seconde Chambre ajouta le nom de Bismarck. Dans la Chambre môme, il n'y eut qu'une faible opposition. Que les temps étaient changés! Une récompense nationale de 400000 tbalers, environ un million et demi de francs, fut votée pour le ministre-président. Suivant le désir du roi, Bismarck afTecta cette somme à l'achat d'un grand domaine rural; ce fut la terre de Varzin, en Poméranie. 11 allait faire de cette propriété une exploitation modèle, en altendant qu'elle devint pour lui le lieu de retraite de ses dernières années, -

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