LA GUERRE DE I87U
guerre franco-allemande avant que l'organisation générale de l'Allemagne eût pu être réalisée. * L'intervention de Napoléon III au lendemain de Sadowa, pour modeste el impuissante qu'elle avait été, avait eu le don de provoquer chez lui un vif accès de mauvaise humeur. « Louis le paiera cher, • avait-il dit. Le momenl lui parut venu de ■ régler une bonne fois les comptes ave'c la France et d'achever l'édifice de l'Allemagne. La candidature Hohenzollern, si on savait bien en jouer, devait être un brandon de discorde d'un effet assuré. Au mois d'avril (187li), le prince Léopold avait fait savoir sa renonciation définitive; au mois de juin, il déclarait qu'il était prêt à acceplçr la couronne d'Espagne. Que s'était-il passé dans l'intervallet Bismarck avait fait tenir un mémoire au prince et à son père pour leur conseiller » instamment 1 de maintenir la candidature * dans l'intérêt de l'Allemagne ». Le prince avait consenti. Aussitôt Lothar Bûcher, un ancien transfuge du parti républicain de 184tj, qui était depuis quelques années un des plus hauts fonctionnaires des AtVaires étrangères et l'un des meilleurs collaborateurs de Bismarck, partit pour l'Espagne; il y avaitdéjà été une première fois pour cette même affaire, dont il connaissait à merveille tous les desSRus, En même temps, un député espagnol, Salazar y Mazarredo, quf avait été l'un des promoteurs de la candidature Hohenzollern dès 1869, se rendait à Sigmaringen, ia résidence dii prince Léopold; il voulait vaincre les dernières hésitations du prince, s'il s'en produisait encore.
lie BISMAHCK.
Ces allées el venues n'avaient laissé transpirer jusqu'ici qu'une partie de la vérité. Lç 5 juillet, elle éclata tout entière. Une dépêche de l'agence . Havas, reproduite par les journaux, faisait connaître que le prince Léopold de HohenzoUern acceptait, d'une manière officielle, d'être roi d'Espagno. AussitiM, en France, les imaginations se montent : après l'affaire du Luxembourg, l'affaire d'Espagne est un nouveau défi au gouvernement français.
Le ministère Hmilc Ollivier avait inauguré, depuis le 2 janvier, le régime dit de l'empire libéral; le portefeuille des Affaires étrangères appartenait alors au duc de fjramont, qui avait remplacé le li) mai le comte Daru, Tout de suite, le 5 juillet rai}me, Gramont télégraphia à M. Le Sourd, qui gérait l'ambassade de France à Berlin en l'absence provisoire de Benedïlti, de demander des explications à la Wilhelmstrasse. Bismarck n'était pas ù Berlin. Le directeur qui reçut M. Le Sourd à sa place, lui dit que le gouvernement prussien ignorait tout de cette affaire ; elle concernait l'Espagne, il fallait s'adresser au général Prim. Quarantehuit heures plus lard, le 6 juîllel, Graioonl faisait, à la tribune du Corps législatif, une déclaration liclliqueuse ; il se disait prêt ji remplir son > devoir sans hésitation el sans faiblesse •- Le 7, il télégraphiait à Benedelti, qui était ix Wildbad, de se rendre à Ems, où Guillaume 1°'' faisait sa cure annuelle, et d'obtenir de lui, comme chef de la famille, le désaveu de la candidature Hohenzol-
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Quand ii a écrit, beaucoup plus tard, ses Pensas et Souvenirs, Bismarck a insisié sur les dispûsiltons conciliantes que son matlre avait montrées dans ces circonstances. Il en donne deux raisons : le roi avait soixante-treize ans ; il ne voyait pas sans inquiétude une guerre nouvelle, où il pourrait compromettre les lauriers de 1866; d'autre part, il subissait l'influence de la reine, qui, avec « son manque de sentiment national >, l'avait conjuré, les larmes aux yeux, d'éviter la guerre, en souvenir d'iéna et de Tilsit, Cela raérîte-t-il d'tHre entièrement cru? Bismarck n'a-l-il pas vu deux avantages À cette manièrexie présenter les choses? L'avantage de dire du mal, une fois de plus, d'une femme dont il n'a cessé d'arfirmer la fâcheuse influence, et l'avantage de garder pour lui-même, génie du mal, tout le mérite de la rupture, en rejetant dans l'ombre le rôle de Guillaume I",
- Il ne faut pas, croyons-nous, réduire à si peu, ici et autre part, le rôle du roi de Prusse. Tout ce que Bismarck a fait dans cette affaire n'a jamais été fait à rinsu de son maître ; et quand Bismarck a pris sur lui d'arranger à sa manièl-e diabolique la dépêche d'Ems, le roi n'a présenté au ministre aucune objection, il ne lui a adressé aucun reprocbe. Le moins qu'on puisse affirmer de Guillaume I", c'est que sa complicité morale se retrouve partout au fond de ces trames macbiavéliques. lieni'i Bergson l'a dit récemment avec