‹ BismarckChapitre 45 sur 55 · I.KMPIHE AI.I.KMA.Vn. I · texte numérisé non relu

I.KMPIHE AI.I.KMA.Vn. I

cette mémorable séance du 18 février 1874, prononça celles-ci :

• Nous ne trouvons, dans les enseignements de la morale et de ta justice, rien, absolument rien, qui puisse faire pardonner notre annexion à voire empire; et notre raison se trouve en cela d'accord avec notre cœur. Noire cœur, en effet, se sent irrésistiblement attiré vers notre patrie française. Deux siècles de vie et de pensée en commun créent, entre les membres d'une même famille, un lien sacré, qu'aucun argument et moins encore la violence ne sauraient détruire. •

Les députés de la fraction polonaise et deux ou trois .membres du parti socialiste applaudirenl à ces nobles paroles; sur tous les autres bancs, ce furent des protestations ei des huées. Les députés d'Alsace- Lorraine n'avaient plus qu'à se reitirer.

Il plut au chancelier de revenir, dans son discours du 3 mars, sur les incidents scandaleux qui avaient accueilli Teutsch lors de sa prolestation.

■ Ces rires et ces exclamations, dit-il, ne s'adres- saienl nullement, autant que j'en ai pu juger, à la cause quedéfendait M. Teutsch, mais à son manque d'hâbilude de savoir mesurer sa déclamation et sew gesticulations devant les auditeurs allemands. 11 est arrivé à ce monsieur, avec son discours, sans que ce fût sa faute, comme il arrive parfois, devanl les auditeurs allemands, à un tragédien français. auquel il est souvent e\)raordinairemenl difficile de se contenir strictement dans les bornes où. d'après le sentiment allemand, cesse le tragique. •

Est-ce que celte manière d'explication ou plutôt

cette ironie grossière et méprisante, de la pari du ' plus haut foncLtonnaire impérial, n esl pas pire que l'ofTense?

En cette même année 1874. Bismarck avait inauguré eu Alsace-Lorraine une administration qui paraissait offrir aux annexés quelques garanties. Trenle délégués élus par les conseils généraux de Strasbourg, de Colmar et de Melz formèrent la Commission régionale, LandesauMcliuss, qui avait à gérer les affaires du pays; mais ce n'était pas autre chose qu'une chambre consultative ou qu'une chambred'enregislremenl. Tous les pouvoirs étaient entre les iraius d'un gouverneur, lieutenant de l'empereur. Slallhalter, qui élail assisté d'un secrétaire d'État et de quatre ministres. Ce régime devint délinitif avec la loi du 4 juillet 1S79, qui établit le slalut administratif du Reichsland. La suppression de la dictature et l'organisation d'un régime régulier ne produisirent pas un meilleur eflet que la manière forte, ni au pays des Oberlé ni au pays des Colette Baudoche. L'Alsace- Lorraine, irréductible, restai! fidèle à ses souvenirs et à ses ' espérances.

l'aLHRTE de 1875

Bismarck faillit faire payer à la France, en 1875, la mauvaise humeur que lui causaient ses insuccès dans la « terre d'Empire •.

A l'époque de la Commune, le chancelier avait accepté des ouvertures qui lui avaient été faites par Cluseret, du parti des fédérés, et il avait mon-

L EMPIKE ALLEMAND.

tré moins d'cmpressemenl à écouler Vei Paris. Celait une manière de chantage qi vis à-vis des plénipotentiaires du gou français.

La France s'était complèlemenl liber de ses obligations linancières vis-à-vis magne. La convention du 15 mars 187?

par Thiers, ax.ait réglé le paiement de; centaines de millions et l'évacuation du qui fut un fait accompli au mois de t Verdun, la cité héroïque, qui arrête dep trois ans la ruile de l'Allemagne, avait é la dernière. Enfin, la France élail chez ell tait à son flanc une blessure saig^ianle; quelle, elle s'appartenait. Le chanceli suivait avec inquiétude le relèvemeni n économique de la France, qui avait été i avec la présidence de Thiers et qui se avec ta présidence de Mac-Mahon. . La rétablit trop vite ., disait-il déjà en 18T où Thiers fît voter la loi militaire, qui notre pays une armée nou\'elle.

Voici qu'au printemps de 1875 des bn mistes circulèrent tout à coup; on dis P'rance était à la veille d'élre attaquée magne. Un journal à la dévotion de la slrasse, ta PosI, publiait, le 8 avril, un ai luIé : • La guerre esl-elle en vue? • La c en était : • Oui, certes, la guerre est e qui n'empêche pas que le nuage peut se t Personne ne douta que Bismarck n'el^ l'article. La cause ou le prétexte de cette

I7li Bl^MAHUK.

belliqueuse étail la discussion à l'Assemblée nalionale de Versailles d'une loi sur les cadres, qui augmentait le nombre des bataillons par régiment.

L'Allemagne Détail plus représentée à Paris par le fameux comte Harry d'Arnim, ambitieux sans scrupules, au dire de Bismarck, qui ne lui trouvait pas l'échiné assez souple, • Mes ambassadeurs, avait déclaré le chancelier au comte d'Amim luimême, sont des roues qui doivent tourner, sur un signe de moi, comme un simple sergent exécute un mouvement, sans savoir pourquoi, sur l'ordre qui lui en est donné par le général en chef. • Comme la roue de Paris tournait mal, Bismarck avait déplacé d'Amim, puis lui avait fait un procès, pour soustraction de pièces officielles; l'ancien ambassadeur avait été condamné à neuf mois de prison (1874). Son successeur à la rue de Lille avait été le prince Clovis de Hohenlohe-Schillingsfurst, ancien premier ministre de Bavière.

Hohenlohe s'était rendu au quai d'Orsay, le r> mai (iSTû), pour exprimer au duc Decazes, ministre des Affaires étrangères dans le ministère Buffet, les griefs de son gouvernement. ■ Notre état-major considère toujours, lui dit-il, que la guerre contre l'Allemagne est le but final de votre organisation militaire. • Heureusement pour elle, ta France de 1875 avait des sympathies en Europe qui avaient manqué à la France de 1870, Notre ambassadeur à Pélershourg, le général Le Flô, avait directement conlié à Alexandre 11 ses inquiétudes patriotiques: le tsar ne s'était pas borné à le rassurer, il avait agi en personne pour le main-

l'empihe allemand. 177

tien de la paix. Venu à Berlin le 10 mai avec le chancelier GortschakofT, il avail trouvé son vieil oncle, l'empereur Guillaume, dans des disposition^ sincèrement pacifiques. Bismarck recevait en même temps du cabinet Disraeli une invitation pressante à maintenir la paix en Europe; il mit alors toute cette agitation belliqueuse sur le compte du vieux maréchal de Moltke, mais il trouva à qui parler. Gortschakotr avait eu avec lui à Berlin une conférence, à laquelle a^isista en tiers l'ambassadeur d'Angleterre, Odo Bussell. Bismarck se plaignit qu'on pût mettre en doute Kon désir de maintenir la paix; il passai! des nuits blanches à chercher les moyens de l'assurer. • Ce sont ces nuits blanches, répondit GortschakofT, qui nous inquiètent. Rappelez-vous que vous portez le poids de votre gloire; quand vous souffrez d insomnie, l'Europe a la fièvre. •

Le dépit de Bismarck fut extrême. Il s'en prit à tout le monde, à noire ambassadeur à Berlin, le vicomte de Gontaul-Uîron, qui, d'après lui, avait tout mis en branle, et au chancelier de Bussie. Il conseillait à GortschakolV de faire frapper des écus avec cet exergue ; • Gorlschakoff protège la France • ; il lui conseillait encore de paraître sur un théâtre déguisé en ange gardien avec une robe blanche et. des ailes, au milieu d'un beau feu de Bengale, Lui-même à un moment donna sa démission, qui ne fut pas acceptée; il en fui quitte pour aller passer sa colère dans son domaine de Varzin. Quatre ans seulement après le traité de Francfort, il avait rencontré devant lui l'intervention polie,

mais ferme, de la Russie et de l'Angleterre, qui avaient .empêché une nouvelle guerre contre la France.

En quittant Berlin, Alexandre 11 avait adressé à sa sœur, la reine de Wurtemberg, une dépêche rassurante : • J'emporte de Berlin des assurances formelles de paix. > La dépêche fut reproduite dans les journaux avec celte coquille, qui augmenta encore la fureur de Bismarck : « L'emporté de Berlin donne des assurances formelles de paix. » L' « emporté de Berlin • peut rappeler le toile Junker de la jeunesse du chancelier.

De cette alerte guerrière de 1875, deux constatations se dégageaient : l'une, que Bismarck et le parti militaire restaient toujours fidèles à cette idée, qu'il fallait à tout prix écraser la France; l'autre, que les relations de la Russie el de l'Allemagne n'avaient déjà plus ce caractère de cordialité qui avait marqué, en 1872, l'entrevue des trois empereurs. Le Congrès de Berlin allait bientôt amener entre Berlin et Pélersbourg une cause nouvelle et profonde de dissenlimenl.

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