‹ BismarckChapitre 47 sur 55 · UANTEUFFEL ET HOHENLOHE EN ALSACE-LO · texte numérisé non relu

UANTEUFFEL ET HOHENLOHE EN ALSACE-LO

Le premier gouverneur d" Alsace-Lorraine ce pays fut doté d'un régime régulier, ava maréchal de Manteuffel. Gentilhomme de li école, n'ayant à peu près rien de la raide manique, son choix, qui était dû à Guillai même, pouvait être regardé comme heureu le surveiller, le chancelier lui avait donné secrétaire intime sOn propre iils, le comi laume de Bismarck. Manteufl'el était arri un programme de conciliation. Il avai

Colmar : • Je re!>pecLe l'atlachemeDl que les Alsaciens éprouvent pour le grand pays auquel ils ont été unis pendanl deux cenlsans. Une aussi lon^^uc période ne s'efface pas. • Môme langage à Metz ; • Je ressens avec vous combien il doit vous êlre pénible d'être séparés de la France, si distinguée par son génie et sa vie antérieure.,. Je veux faire la" cour aux Alsaciens-Lorrains, parce i|ue je comprends leurs sentiments. » Ceci encore à Strasbourg : ■ De même que jadis les doges de Venise épousaient la mer, je veux en fairs autant avec l'Alsace-Lorraine. •

Les Allemands reprochèrent à Manleuffel- ses faiblesses; mais les Alsaciens-Lorrains ne se laissèrent pas gagner, parce que les mesures administratives n'avaient plus le même caractère de brutalité. Les élections de 1881 envoyèrent encore au Heichstag quinze députés protestataires. Manteuffei revint en partie aux mesures de rigueur ; il supprima, des journaux, il interdit des sociélés françaises. Le chancelier trouvait tout cela insuffisant; la germanisation ne faisait aucun progrès.

ManleufTel mourut en 1885, dans, la sixième année de son gouvernement. Bismarck lui donna pour successeur le prince de Hohenlohe. L'ancien ambassadeur à Paris fut un exécuteur plus docile des instructions venues de Berlin. Les rigueurs reprirent de plus belle. Un député de Metz, M. Antoine, fut expulsé, comme coupable d'intelligences avec l'ennemi héréditaire; des Alsaciens-Lorrains, qui avaient adhéré à la Ligue des Patriotes, furent condamnés par la cour de Leipzig à des années de

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LEMPIRB ALLEMAND.

forteresse; un passeport, visé à l'ambï mande de Paris, fut exigé iJ« tout Frar rendait dans le Reichsland; le séjour m sace-Lorraine pour les étrangers fut se nombreuses formalités. Ces vexations une g^rande tension dans les rapport France et l'Allemagne.

Quand le gouvernement avait demand le renouvellement pour sept ans des ci taires, des députés s'étaient plaints de lion des charges financières qui pesaient magne ; Moltke leur avait répondu : « \ rendre l'Alsace-Lorraine à la France^ gérait la question. Si vous ne le voulei vous reste qu'à adopter le projet. » De n 1886, le Keichstag lut saisi d'une demai menlation notable pour tes crédits milita rapportait à une autre période de sep de les obtenir, Bismarck dénonça, à la' Reichstag, les dangers que l'AlIcioagi courir du côté de la France.

« Entre nous et la France, dit-il, l'oeu' est difficile, parce qu'il y a depuis bien un procès historique qui divise les di c'est le tracé de la frontière, qui est d -teux et litigieux depuis l'époque où la 1 acquis' sa complète unité et sa puissani Ce procès n'est point lini et nous devo tendre à le voir continuer du côté fran sommes actuellement en possession de litige, si je peux qualifier ainsi l'Ait n'avOBS donc aucun motif de combattr

objeUà. Mais que la France ne rêve pas de le reconquérir, nul ne peut le prétendre, nul de ceux qui s'occupent quelque peu de la presse française... J'ai confiance dans les dispositions pacifiques du gouvernement français, de la majorité du peuple français; mais je ne puis m'en bercer avec une telle assurance que je puisse dire : nous n'avons plus à craindre une guerre française. Dans ma conviclion, nous avons à la craindre par l'attaque de la France : que ce soit dans dix jours ou dans dix ans, c'est une question que je ne saurais décider. »

Malgré tout, le Reichslag resta sourd à ces arguments; il ne consentit à voter les crédits demandés que pour trois ans; il fut dissous. Une campagne électorale très ardente s'engagea; les journaux officiels se servirent du général Boulanger, alors ministre de la Guerre, comme d'un épouvantai]. Le nouveau Beichstag vola l'augmentation des crédils et le septennat demandés. Et alors sur la terre de douleur d"Alsace-Lorraine régna ce que M. Preiss a appelé u la paix du cimetière >.

LAFFAHIE SCHN^BELÉ

Peu après se produisit un incident de frontière, qui eut tous les caractères d'une provocation de l'Allemagne. M. Schnfebelé, commissaire spécial à Pagn y-sur-Moselle, avait reçu de son collègue le coitimissaire allemand d'Ars-sur-Moselle une invitation à se rendre sur la frontière, pour régler en- ' semble une affaire. Schnœbelé se rendil au rendez-

l'empire allemand. 191

vous, le 27 avril (1887). II avait dépassé le poteau frontière, quand deux ag;enls se précipiteront sur lui pour le saisir. II parvint à se dégager, à regagner le territoire français; mais il y fui poursuivi par les agents allemands, arrêté par eux et emmené. Le guetrapens se doublait en conséquence d'une violation du territoire français. Notre ministre des Affaires étrangères, Flourens, fit remettre par l'ambassadeur Herbetle une note très ferme. Bismarck se déroba pendant quelques jours; il chargea son fils aîné, le comte Herbert, de suivre l'affaire. La France insisia; son bon droit était formel; l'empereur Guillaume, qui sentait sa fin approcher, ne voulait pas d'une guerre nouvelle. Au bout d'une semaine, le commissaire français fut remis en liberté. Si Bismarck avait médité un mauvais coup contre « l'ennemi héréditaire », l'alTaire était manquée.

La même année, la première période de la TripUce arrivait k expiration; Bismarck renouvela son alliance avec Vienne et avec Rome pour cinq nouvelles années, jusqu'en J892. Cela ne l'empêchait pas d'augmenter encore les armements. En 1888, nouvelle demande de crédits pour accrollre l'armée allemande de sept cent mille hommes. Une fois encore, la France fit les frais de la harangue belliqueuse du chancelier.

. Les perspectives du côté de la France, disaitil au Beichstag le 8 février 1888, semblent plus pacifiques, beaucoup moins explosives qu'il y a un an... Mais on ne fait pas toujours le guerre par haine. Car, s'il en était ainsi, la France devrait être

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incessamment en guerre, non seulement avec nous, mais aussi avec l'Angleterre et l'Halie: elle hait tous ses voisins... Nous pouvons facilement être gagnés par l'amitié et la bienveillance, trop facilement peut-être, — le bon apôtre! — mais par les menaces, bien certainement non. Nous, Allemands, nous craignons Dieu, mais rien autre chose au monde. •

Si le chancelier n'avait pas été saisi du furor teutonicus, on aurait pu lui demander d'où venaient les menaces. N'en étail-il pas lui-même le meilleur ou l'unique artisan? Que signiQaient ces paroles, gratuitement mensongères, qu'il proférait contre la France? Si la France avail de la haine, ce n'était ni contre l'Angleterre ni contre l'Italie: elle ne pouvait avoir avec ces puissances que des rivalités ou des malentendus, qui se dissiperaient à la première explication, La haine qu'elle gardait en son cœur s'attachait à l'Allemagne, qui lui avait volé son bien, et ne s'altachail qu'à elle. Le traité de Francfort avait incorporé à l'Allemagne deux provinces françaises, malgré les protestations formelles de leurs habitants; ne nous lassons pas de le répéter. Depuis lors, un ulcère — c'est le mot tout récent de Lloyd George — a infecté la paix européenne. Toutes les rodomontades d'uu Bismarck ne peuvent rien changer à la vérité. La paix du monde ne sera rétablie que le jour où la grande injustice faite à la France aura été réparée, que le jour où la patrie de Bismarck aura été mise dans l'impossibilité de nuire davantage au droit et à la liberté d'autrui.

Les partie au Reichstag. — Le Kulturkampf. — La eorialdéinocralie. — Les colonies alle-nandes. — Difflcultée avec le Reichstig. — Rapports avec Guillaume I" et l'impératrice Augusta. — L'empereur Frédéric III. — L'empereur Guillatime IL — La conférence internationale sur les questions ouvrières. — La démission. — Les dernières années à Friedrichsruh. — L'œuvre de Bismarcli.

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