‹ BismarckChapitre 48 sur 55 · LES PARTIS AU REICHSTAG · texte numérisé non relu

LES PARTIS AU REICHSTAG

La constiluMon qup Bisraank avait donnée en 1871 à Tempire d'Allemagne ii'avaiL rien du régime parli^menlaire. Le chuncelier dépendait uniquement de l'empereur, lequel ne dépetiduit de personne, ptiigipie son pouvoir héréditaire tenait purement et simplement a sa qualité de chef de la maison des Hohen/ollern. Le Beichstug, issu du . suffrag- universel, n'avaitxju'un pouvoir négatif; il pouvait gêner l'action du chancelier, en refusant de vo.er les projets de loi qui lui élaient pré8< niés; mais ce refus équivalait pour lui à un suicide;car, dans ce cas, il élait dissous, pour faire place à une nouvelle assemblée, plus docile.

Cependant, tout- négatifs que fussent les pouvoirs du Reichslag, ils ne laissèrent pas de causer au chancelier bien des embarras; il lui était,

en effet, à peu près impossible de compter sur une majorité compacte et fidèle. Cela s'explique parl'espril particulariste qui avait longtemps régné en Allemagne et dont la brusque unification de 1866-1871 n'avait pu avoir raison. Eu laissant de côté tes fractions peu notables du Reichstag, on pouvait, au moins dans les années qui suivirent 1871, y compter cinq partis principaux.

Le parti conservateur, Deutschconservativ, était formé de grands propriétaires fonciers, les « agrariehs •; il se recrutait presque uniquement dans les régions agricoles de la Prusse orientale; il représentait essentiellement l'esprit prussien et non l'esprit allemand ; si les libéraux tendaient à » absorber la Prusse dans l'Allemagne », il avait exactement la tendance inverse, absorber l'Allemagne dans la Prusse; il était nettement protestant, militariste, partisan de la cour et des privilèges de la noblesse; son organe était la Kreuszeilung, la Gazette de la Croix, qui avait eu toutes les sympathies de Bismarck dans la première partie de sa vie.

Ce parti était très bien vu de Guillaume I*', de moins en moins bien dek Bismarck; car le chancelier, qui appartenait au parti par ses origines et son caractère de Junk-r, n'était plus, après la constitution de 1866 et la constitution de 1871, le conservateur de conception slrictement prussienne qu'il s'était montré au début de son ministère. En Prusse même, à la Chambre des seigneurs, le parti conservateur était à peu près le seul représenté; il avait très vivement soutenu Bismarck dans sa

lulte contre la seconde Chambre, mais il a\ail pris peu à peu position contre lui. Le chancelier a consacré tout un chapitre des Pensées et Souvenirs à raconter sa rupture avec les conservateurs. L occa sion fut Tournie en 1872 par une loi sur la sur veillance des écoles primaires. La Gazelle de la Croix lui déclara la guerre ; elle publia une série

- d'articles sur « l'ère btsmarckienne >, dont la noblesse provinciale faisait son régal, mais qui déplaisaient fort au maître tout-puissanl de la Wil helmstrasse.

Des conservateurs proprement dits se delachè rent les conservateurs libéraux, qui formèrent le • parti, d'empire », fieichspartei; à un moment en i878, le nombre de ses membres égala à peu près

-"le nombre des conservateurs,. 57 contre 59; mais il décrut sensiblement dans la suite. Le Reichspartei se recruta surtout parmi les grands industriels et les grands propriétaires, de la Silésie en particulier; il resta toujours fidèle à Bismarck.

Le • parti nattonalrlibéral • était une manière de centre droit; il se recrutait un peu dans tout l'empire, plus spécialement dans les régions à l'ouest de l'Elbe, qui"étaient des pays d'industrie, de commerce et d'universités. Ses éléments appartenaient tous à la bourgeoisie aisée et intellectuelle des industriels, des commerçants, des professeurs, 11 représentait tout à fait l'esprit allemand, par opposition à l'esprit prussien; c'était un peu l'esprit des membres du parlement de Francfort en 1848. Bismarck, l'auteur de l'unité allemande, était tout à fait l'homme dos nationaux-libéraux; mais, pour

conserver sa m^iorilé, il dut leur faire des concessions dans le sens du lîbre-échunge et de l'esprit laïque.

Les « progressistes » ont eu deux nom's : parli du progrès, ForfarcA'-iii, puis, depuis 1884, parti du libéralisme h'reL-inaiy' Ils se distinguaient des nationauK-libéraux, en ce sens qu'ils i^laieut opposés à la mili arisalion intensive de l'Allem^igne et qu'ils n^stèrent jusqu'au bout dis partisans opiniâtres du libre-échange, suivant les doctrines anglaises de l'école de Maichester. En 1881, ils comptaient 6i membres, originaires surtout des grandes villes de l'empire, du royaume de Saxe et, en Prusse, des p ■évinces de Holstein et de Prusse,

Le • Centre », Centrtim, était essentiellement le parti catholique; il se recrutait chez les Bavarois, les Badois et dans les provinces catholiques de la Prusse, a savoir la Prusse rhénane, le Hanovre et la Posnanie polonaise. Il représentait les idées conservatrices catholiques , spécialement antîlaïques; beaucoup d'électeurs du Centre apparlenaienl à la population bourgeoise et ouvrière des pays rhénans et des pays polonais; le Centre avait, par suite , des attaches avec les partis démocratiques.

Tels sont les cinq partis du Reichstag qui représentaient des effectifs nombreux, variant en moyenne de 50 à 100 membres. Mais il y avait encore divers partis, composés de quelques unités, les Polonais, les Alsaciens-Lorrains, les Guelfes, le parti démocratique (l'olkspartei), les socialistes, etc.

rxES. 197

Le chancelier de. fer afTeclait poqr Ions les membres du Reichsiag, au moius dans rinlimilé, ' un mépris souverain. • Je vais aller me montrer au Reichstag, disait-il un jour à son confident Maurice Busch.etles honorer de ma présence. Ah! tous ces députés, à quelque parti qu'ils appartiennent, ils se ressemblent. C'est nn troupeau d'esclaves. Tous à plat ventre devant le maître de demain. La seule différence, c'est que les conservateurs le sont en public, tandis que les libéraux le sont en secret. Mais,^ part cela... •

Il semble que ce jour-là c'était en 1880, Bismarck ait eu la mémoire un peu courte ; il oubliait que le Centre n'avait point plié devant lui, et que la Socialdémocratie restait — alors — un parli d'opposition irréductible.

LE KULTUBKAMPF

Le conflit enlre le chancelier et le Centre dura près d'une quinzaine d'années et donna lieu à une profonde agitation. Les partisans de Bismarck lui donnèrent le nom, injurieux pour ses adversaires, de KuUurkampf; le mot passe pour avoir été inventé par le physiologiste Virchow, chef du parti progressiste à la Chambre des députés prussienne. ■ Combat pour la civilisation », comme si la thèse que représenlait le Centre était par ellemême hostile à la civilisation, comme si le calholicism'- n'était pas une des formes supérieures de la civilisation. Au fond, c'est un épisode de la question éternelle des rapports de l'Église et de l'État.

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Bismarck était de l'église évangélique ou luthérienne, il en pratiquait officiellement les rites; il disait que s'il n'avait pas cru en une divine Providence, K qui a destiné cette nation allemande à quelque chose de hon et de grand >, il aurait abandonné immédiatement sa charge d'homme d'État. « Sachez hien, disait-il avec son orgueil colossal, que, si je n'avais pas été aussi bon chrétien, vous n'auriez pas eu un aussi grand chancelier de la Confédération. • Mais il semble bieo que cette foi, si portée à s'encenser, ait été assez voisine de TindifTérence et qu'il ait considéré les questions religieuses surtout au point de. vue utilitaire et politique. Quand il apprit, en septembre 1870, l'entrée des Italiens à Rome, il parla aussitdt d'accueillir le pape à Cologne ou à Fulda ; il chargea même, paratl-il, l'archevêque de Posen, Leilochowski , de négocier, auprès de Pie IX le transfert du Saint-Siège. Il parlait de la chose avec une singulière désinvolture. ■ Nous aurions pour nous, disait-il, les Polonais; l'opposition des ultramonlains cesserait aussitôt en Bavière. Seulement, il y a le roi. 11 ne voudra Jamais y consentir. Il a une peur du diable... Mais il n'y aura pas le moindre danger. Le pape sera assis au milieu de nous comme un bon vieux qui vient demander une petite place, qui mange et qui boîL tranquillement, qui prend sa prise de tabac cl même, au besoin, fume son cigare. ■ Voilà une manière à !a Bismarck de résoudre la question romaine.

Le Centre fut dès l'origine le groupement de

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DERNIÈRES LUTTES. Ift9

tous les dépulés calboliques du Reichstag. Parmi eux, certains avaient longleiïips résisté à (■unification de l'Allemagne, comme les Bavarois; d'autres étaient les ennemis jurés de la Prusse, comme les Polonais de Posnanie. ■ Quand j'engageai le Kulturkampf, a écrit Bismarck, j'y élais principalement déterminé par le côté polonais de la question. ■ On le croira très volontiers; car on sait les procédés des Allemands pour leurs voisins de Pologne, et la haine légitime des martyrs de Posnanie pour leurs oppresseurs. Un prêtre polonais, Schaffranek, élu au Relchslag, se signalait par son intransigeance patriotique- Le princeévêque de Breslau, sur la plainte du gouvernement, lui interdit de ■ siéger > à gauche; il ne siégea plus en effet, car les séances pouvaient durer six heures ou plus, on voyait toujours debout devant les bancs de la gauche, raide comme une sentinelle, un grand gaillard, qui prenait la parole, sans avoir à se lever, pour lustiger les Allemands : c'était le prêtre polonais Schatrranek. Le Centre, assez hétérogène à cause de l'origine de ses membres, fut organisé avec la discipline la plus étroite par Jan parlementaire de premier ordre, Windiborst; ancien ministre du roi de Hanovre, il n'avait point oubbé la brutale spoliation subie par son mattre en 1866. Dans une assemblée aussi divisée que le Reichslag, les quu Ire-vingt-dix à cent voix du Centre, toujours unies, n'étaient certes point une quantité négligeable.

Enjuillet 1871, Bismarck fit supprimer la * di- . rection catholique >, qui, depuis trente ans, avait

la charge, au ministère des Cultes, dos affaires calholiques en Prusse et qui élait exclusivfment confiée à des fonctionnaires calhoiiques Le prétexte de celle suppression élait la crise qui venait de se produire au sein de régli^'e CHlholique après la proclamation du dogme de rinfaillibilité puntifii'.ale. En vérité, les opposants étaient une infime minorité, qui, en Allemagne, se groupait autour de bœllingèr, le chef théorique des Vieux-Catholiques ; mais il ne déplaisait pas à Bismarck de faire pièce à ses adversaires catholiques du Reich-^tag ou du Landtag, en mettaut sur le même pied la petite minorité dissidente et la grande majorité fidèle au Vatican. Il confia le ministère des Cultrsà un fonctionnaire à pnigne, Falk, qui en tendit mener l'église catholique à la baguette. Le Centre avait pris position contre les adversaires de l'infaillibilité; il demandait que leurs chaires dans les universités et dans les gymnases ne leur fussent point consei-vées, La réponse de Falk fut de faire voler une loi qui ordonnait la fermeture dans tout l'empire des établissements tenus par les jésuites et l'expulsion de l'ordre. C'est alors que Bismarck prononçaau Beichstagla paroi" célèbre{l4 mai 18T2) : € Soye/Siins crainle : ni de corps, ni d'esprit, nous n'ii'ons à. CanosSa. •

Alors vinrent, en 1875, les lois de combat, spéciales au rojaume de Prusse omnues sojis le nom de lois de mai : él.ibUssement du mariage civil; obliga'ion pour les futurs prêtres de fitire trois ans d'étudfs dans les universités d'État: serment de fidélité exigé des évêques; nomination des curés

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soumises à l'approbalion des autorités laïques de la province. A propos de l'applicatiuii de ces lois, Bismarck prononça des paroles de guerre (7 février 1874} : « il s'agit d'extirper les excroissances de l'ambition cléricale, d'extirper ces excroissances qui, si l'on n'emploie pas à temps le tranchant de l'acier, finiraient par s'étendre à ce point que l'Élat devrait se soumettre au pouvoir clérical et ne serait plus en situation de remplir sa tâche visà-vis de toutes les communauli^s religieuses •

La protestation contre les lois de mai fut unanime <hez tous les catholiques de Prusse; elle fut surtout très Vive dans les milieux polonais. L'archevêque de Posen, Ledochowski, dédara qu'il ne se soumettrait pas; le gouvernement ie fit niettre en prison. Des commissions laïques furent chargées d'administrer les lures et les évêchés, tandis que les ecclésiastiques étaient arrêtés par centaines. Il semble que Bismarck en ait plus tard ressenti quelque honte. ■ L'erreur m'apparut clairement quand je vis des gendarmes prussiens, braves gens, mais maladroits, courant, en faisant sonner leurs éperons et en traînant leurs sabres, derrière des prêtres souples et agiles à se di^rober par de fausses portes et par des alcôves. • Pie IX avait pris ouvertement le clergé sous sa protection ; il envoya le chapeau de cardinal à l'archevêque Leilochowski, «lorsqu'il était en prison. Le Centre, de son rôle, faisait une opposition de plus en plus violente. La situation devtuiait tout à fait ' onfnse. Bismarck avait songé à faire du parti mitiimallibéral la base de sa majorité; mais, par ta voix de

son chef Bennigsen, le parti réclamait rétablissement du régime parlementaire. Sur ce point, le chancelier resta intraitable; plutôt que de céder, il était prêt à se rapprocher de ses adversaires. La situation se tendait de plus en plus. Bismarck, comme étonné de la gravité de cette crise, était indécis sur la conduite à tenir. Il faisait le jeu des ennemis déclarés du catholicisme, plus peut-être qu'il n'aurait voulu. • 11 faut bien que je les suive, puisque je suis leur chef. • C'est le mot qu'on lui prête; en réalité, le mot est de Dœllinger.

L'avénemeni de Léon XIII, au mois de février 1878, allait amener une détente. Le nouveau pape écrivit directement à l'empereur, qui était peu partisan de l'attitude violente de son ministre, pour lui demander de. rendre « à une grande partie de ses sujets la paix et ta tranquillité de leur conscience •. Bismarck avait alors besoin des voix du Centre pour sa politique protectionniste; il se rapprocha peu à peu de ses anciens adversaires. Wmdthorsl répondit à ses avances; il accepta une invitation à une de ces soirées de la , Wilhelmstrasse qu'on appelait Tabak-Partament, où le chancelier recevait les membres du Reichstag et leur donnait à fumer et à boire. Les deux adversaires se réconcilièrent en buvant de la bière de la brasserie des Franciscains. Falk fit les frais de ce rapprochement; il fut congédié au mois de juillet 1879. Les lois de mai furent bientôt suspendues, puis abolies, à L'exception de la loi sur le mariage civil.

La réconciliation avec le Vatican s'attesta bientôt

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par des acles significatifs, que les lîbéranx appelèrent la marche vers Canossa. En 1883, le prince royal de Prus«e, le futur empereur Frédéric III, fut reçu en audience par Léon XIII. Le Saint-Père envoya l'ordre du Christ à Bismarck; celui-ci en porta les insignes à un grand dîner officiel à Berlin, où il recevait tous les ambassadeurs. En 1885, quand un conflit fut sur le point d'éclater entre l'Allemagne et l'Espagne, à propos de la question des Carolines, le chancelier proposa de soumettre la question à l'arbilrage du pape, et il accepta sans mot dire la sentence pontificale, qui cependant donnait raison à l'Ei^pagne. En somme, le Kullurkampf, qui avait été une grande machine de , guerre contre le catholicisme, aboutissait au respect des droits de l'Église. Windthorst et le Centre l'avaient emporté.

LA SOCIALDÉMOCBATIE

Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, l'Allemagne est passée par une grande révolution économique. Ce pays, qui, jusqu'alors, était à peu près exclusivement agricole, est devenu 1res rapidement un' pays de grande industrie. Les industries minières, métallurgiques, chimiques, textiles, y ont pris un essor extraordinaire, on peut dire prodigieux; il en est résulté un afllux énorme de ta population rurale vers les villes : en 1912, l'Allemagne comptait 44 villes de plus de 100000 habitants, conire 39 en Angleterre, contre 15 en France. Par suite, la classe ouvrière s'était développée

iOi BISMARCK.

d'une manière aussi cxressive que rapide. Le terraio alIeiDHnd s'est trouvé ainsi préparé à merveille pour la dilTusioD des doctrioes socialistes.

Deux^ules se trouvaient en présence : l'école de La-'salle, qui était proprement alleman-le et qui se réclamait du socialisme d'État; l'école de Karl Marx, qui était internationale et qui prêchait le collectivisme; elles se fondirent en une seule, qui prit le nom de Socialdémocratie, lors du congrès de Gotha en 1875. La Socialdémocratie avait un • double programme, à la fois politique et socialiste, qui réclamait toutes les libertés, la suppression des armées permanentes, la propriété collective des mines, des moyens de production ei de transport, etc. Le parti était fortement organisé ; il voyait à chaque élection au Reichsta^ le nombre de ses voix augmenter : lOOuOOen 1871,350000 en 1874,,480000 en 1877; le nombre de ses députés à l'assemblée d'empire passait de 3 à 9 et à 12; en 1800, l'année de la chute de Bismarck, il devait être de 24. La Saxe, ■ le royaume rouge », était l'une 'les citadelles du parti.

Vis-à-vis de celle force redoutable, de jour en jour plus menai;ante, Bismarck se posa nettement en défenseur de l'ordre, de la propriété, de toutes les idées" conservatrices. L'empereur faillît ftre victime, en 1878, de deux attentats qui se succédèrent à moins d'un mois d'intervalle, l'un d'un ouvrier ferblantier, plus qu'à moitié fou, Hœdel, l'autre d'un anarchiste, docteur en philosophie, ]V"bilinj^. Le chancelier profita de l'indignalioD soulevée par ces attentats pour en rendre respon-

sables Ips socialistes et faire adopter une loi spéciale contre « les efforts subversifs de la soeialdémocralie ». Il avait exposé sa conception du problème social : d'une part améliorer la situation des ouvriers, d'autre part réprimer les excès de la démocratie; il commi-nçait par la répression. La loi dft 1878 n'était 'Olée que pour ^uatre ans; en fait, cette période fui prolongée deux fois, et la loi fut en vigueur pendant douze ans. Elle interdisait toute association, réunion ou journal, ■ qui avait pour but la subversion de J'ordre social ou dans lequel apparai.ssaient des tendances socialistes ». La formule était assez élastique pour pprmellrc, en u.ne seule année, de supprimer deux cent quarante asr-ociations et d'interdire cinq cents publica'ions; dans les douze ans où la loi fut en vigueur, neuf cents individus furent expulsés et quinze cents condamnés à la prison.

D'autre part, le chancelier, qui avait pris en 1880 le portefeuille du Commerce et de l'Industrie, se proposa de réformer le régime économique de la société. « Que l'on appelle socialisme ou non cette tendance de gouvernement, disail-il au Reichstag, le a avril 18«1, peu m'importe. Le gouvernement ne peut résoudre la question ouvrière en imitant l'autruche qui se cache la tête pour ne point voir le danger. > Dans ce même discours, il parlait de faire du i christianisme pratique ». Dans un message impérial, il faisait dire à Guillaume 1" : • Il faut entretenir dans les classes pauvres de la population, les plus nombreuses et les moins instruites, l'idée que l'État est une institution non seulement

nécessaire, mais bienfaisante. L'Etat doit aider au bien-êlre' de tous ses membres, en particulier des faibles. • II ajoutait lui-même (2 rpai'lSSi) : • Ces messieurs (les démocrates) enfleront vainement leurs pipeaux, sitôt que l'ouvrier verra que le gouvernement et les corps législatifs prennent sérieusement soin de son bien-Ctre. » Diverses lois sur les assurances contre les accidents des ouvriers, sur les secours aux vieillards et aux invalides du travail, furent l'application de ce programme de socialisme d'Élat.

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