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A LA DIÈTE RÉUNIE DE

La Prusse, telle qu'elle avait été restaurée lors des traités de 1815, avait tous les caractères d'an État autocratique et féodal. Cependant Frédéric- Guillaume 111 avait consenti, en lij'i5, à instituer des états provinciaux dans chacune des huit provinces de la monarchie. Rien d'ailleurs n'était moins libéral que cette institution. Seule, la pro-

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priété foncière y était représentée, et dans des conditions toutes spéciales; chaque état formait un compartiment isolé, sans communication avec les autres; il avait voix consultative, il émettait des vœux; là se bornait tout son pouvoir. Rien de comparable en un mot avec les institutions parlementaires qui fonctionnaient à la même époque en Angleterre et en France.

Le nouveau roi Frédéric-Guillaume FV, qui commença à régner en 1840, n'était pas suspect de céder aux nouveautés; toutefois il comprit qu'il pouvait être opportun de faire une concession aux idées libérales. Elle était médiocre ; elle consistait k réunir, dans les circonstances où il le jugerait à propos, les huit états provinciaux en une diète unique, dite la « Diète réunie •. Cette assemblée pi é nié re 'n'avait pas des attributions plus erBcaccs; le décor était un peu plus solennel, mais ce n'était toujours qu'un décor. La première de ces diètes se tint à Berlin, en 1847. Dans la séance d'ouverture, le 11 avril, Frédéric- Guillaume adressa aux députés une déclaration qui ne laissait place à aucune équivoque. « Héritier d'une couronne que j'ai reçue intacte et que je dois et veux laisser intacte à mes successeurs, jamais je ne transformerai le rapport naturel entre le prince et le peuple en un pacte constitutionnel; jamais je n'admettrai qu'une feuilli! écrite — c'est déjà le chiffon de papier cher à Bethmann-HoUweg — vienne s'interposer comme une seconde Providence, entre notre Dieu et ce pays, pour nous gouverner avec ses paragraphes et pour remplacer pareux la sainte et antique fidélité. ■

ANNÉES DE PFÉPARATION, 15

C'est à cette Diète réuaie de 1847 que BiHmarck fit sea débuis d'homme politique, par suite de circonstances accidentelles. Il avait été élu, depuis quelques mois, membre suppléant de l'ordre équestre au Landiag de la province de Saxe; il n'était pas destiné à siéger à Berlin ; mais la maladie du député titulaire laissa une place vacante, ce fut à Bismarck de )a remplir. Sur cette période de sa vie, Bismarck a écrit, dans ses Pensées et Souve- . nirs, qu'il n'était point imbu des préjugés de sa caste, qu'il n'avait jamais pensé qu'il fallût restaurer l'ancien pouvoir royal en Prusse avec son autorité absolue. Cependant il eût été difficile à la royauté conservatTice ou réactionnaire de trouver un champion plus convaincu.

11 est toujours curieux de connaître les débuts politiques d'un homme qui a été plus tard l'un des premiers personnages de son temps. Bismarck prit la parole pour la première fois à la séance du 17 mai 1847. Un orateur de la gauche venait de rappeler le soulèvement de la Prusse en 1813; il avait affirmé que la Prusse s'était battue alors pour avoir une constitution. • Un noble peuple, avait-il dit, un peuple éclairé comme le peuple prussien ne connaît pas de haine nationale. ■ L'affirmation était singulièrement audacieuse, et toute l'histoire de la Prusse la dément; on connaît des patriotismcs fondés sur des sentiments généreux et qui n'excluent pas la sympathie à l'égard des autres peuples; le patriotisme prussien n'a jamais été alimenté que par les jalousies et les haines.

Bismarck, lui, était l'homme de la haine natio-

nale, il ne s'en est jamais caché. Il protesta avec énergie contre les paroles de son collègue de gauche. • Comme si le mouvement populaire de 1815, s'écria-t-il, devait être attribué à d'autrus raisons et qu'il fallait un autre moUrque la honte de voir l'étranger commander dans noire pays. Ce serait, a mon avis, rendre un mauvais service à l'honneur national si l'on admettait que l'oppression el l'humiliation que les Prussiens avaient à souffrir de ta pari d'un dominateur étranger n'eussent pas suffi pour faire bouillir le sang dans leurs veines et pour étouffer tons les autres sentiments sous la haine de l'étranger. • Ces paroles soulèveraient aujourd'hui dans les chambre» prussiennes des acclamations enthousiastes; alors elles déchaînèrent une tempête. Bismarck n'en fut pas autrement ému; il prit un Journal qui traînait sur la tribune et il se mit à le lire tranquillement; quand l'orage fut passé, il termina son discours. Dés la première heure, il s'était posé non comme un orateur, il ne le sera jamais : ses phrases seront toujours trop heurtées et trop rudes; il s'était posé comme un homme qui dit nettement toute sa pensée, qui n'a nul souci de flatter et de plaire, arec qui ses adversaires seront obligés de compter.

Le premier Landtag réuni se sépara au bout de deux mois et demi, sans avoir rien fait de bien marquant. Bismarck, qui venait de se marier, fit son voyage de noces au pays € où fleurit l'oranger ». A Venise il rencontra le roi Frédéric-Guillaume, qui lui fit adresser une invitation à dîner et qui lui prodigua des marques de bienveilltnce. Il en

fut enchanté; c'était, en etîet, la preuve que son attitude politique à la Diète avait eu la pleine ap- - probation de son souverain.

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