MONLUC LIEUTENANT DE LA LÉGION DE LANGUEDOC
d'armes ne lui parut pas, sans doute, alors à dédaigner.
La première rédaction des Commentaires. amplifiée plus tard, on Pa vu, à Paide de du Bellay, portait ensuite : « Et comme le Roy François dressa ses legionnaires, il en donna mil au senneschal de Tholoze,.… seigneur de Faudoas, lequel me feist son lieutennant »'. Cest, on le sait, le 24 juillet 1534 que François I signa, à Saint-Germain-en-Laye, l’édit en cinquante-six articles portant institution de sept légions d'infanterie, arquebusiers et hallebardiers, de six mille hommes chacune ?. Le 13 octobre suivant, il nommait colonel de la légion de Languedoc Antoine de Rochechouart, seigneur de Saint-Amand, sénéchal de Toulouse, avec charge de recruter mille hommes « en iceulx gouvernement, province et pays de Languedoc, savoir est ès ville et viguerie de Thoulouze, cappitainerye de Buzet et tout ce qu’est de la seneschaucée de Thoulouze, du cousté de la Guyenne » 3. Une permission spéciale du roi de Navarre, datée de Pau, 11 novembre 1534, autorisa le nouveau colonel à faire une partie de sa levée en ces pays de Gascogne, qui étaient par excellence «un magazin de soldats » *, tandis que le Languedoc passait pour fournir des hommes de qualité très inférieure’; et c’est ainsi
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2. Voir, dans le Catalogue, , n° 7252, la bibliographie de cet édit. — Sur l’organisation des légionnaires, imitée de celle de la milice florentine, dont la première idée fut due à Machiavel, voir Durceix, Hist. de France, 1644, in-fo, III, 376, J. Geseuis, Quid rer militaris doctrina renascentibus litteris antiquitati debuerit, 1881, pp. 55-56, et surtout Lemoxnier, Æéstoire de France publiée sous la direction de M. E. Lavisse, t. V, IT, pp. 84-88.
3. Lettres de François Ier, Amboise, 13 octobre 1534 (Arch. des Basses-Pyrénées, B, 2076, copie collat. sur l’orig. le 19 décembre 1934).
4. Lettre du roi de Navarre au sénéchal de Toulouse, suivie de lettres à l'archevêque de Bordeaux autorisant ledit sénéchal à lever 1.000 hommes de pied en Guienne, « pourveu que ce soit dans sadicte seneschaucée ». — Le roi de Navarre autorisa, par contre, le sieur de Oradea, nommé colonel de la légion de Guienne par lettres datées de Blois, 21 septembre, à faire sa levée en Comminge et Rivière-Verdun (Henri IT d’Albret au sénéchal de Toulouse, Nay, 12 décembre 1534, Arch. des Basses-Pyr., B, 2076).
5. L’ambassadeur vénitien Marino Giustiniano écrivait, dans sa Relation de 1535 : « Ha sette legioni de’ suoi paesani, di sei mila fanti l’una, che fanno fanti quaranta due mila; parte buoni, come quelli che sono alle frontiere di Borgogna, di Guascogna, del Delfinato, Champagna e Piccardia ; e parte non sono prattichi, come quelli di Normandia, Bretagna e Linguadoca. » (Fomma-
sE0, 1, 92.)
que Blaise de Monluc, homme d’armes de la compagnie du roi de Navarre, devint lieutenant du sénéchal de Toulouse et, de nouveau fantassin, participa à cette tentative de création d’une armée nationale, dont il voyait les avantages, mais dont 1l constate avec raison le médiocre succès, attesté par le témoignage de l'ambassadeur vénitien Francesco Giustiniano en 1537”.
Les Commentaires sont muets sur l’année 1535 et la première moitié de 1536. Monluc ne dit rien de cette période d’inaction à supposer qu'il en eût gardé le souvenir, aurait-il d’ailleurs daigné rappeler ici que les légionnaires de Languedoc commirent plus d’un méfait dans la province où ils tenaient garnison et qu'il y eut, à ce propos, des conflits de juridiction entre leur colonel et les capitouls de Toulouse *? C’était là chose commune et peu digne de passer à la postérité. Monluc dédaigne ces détails et entame un nouveau récit : l'expédition des moulins d’Auriol, épisode du siège de Marseille par l'Empereur en août 1536. Dans la première rédaction du livre, la transition était faite par un membre de phrase très vague : « Et au boult de quelque temps que l'Empereur Charles venoit pour entrer en France... » On a vu que Monluc avait ensuite fait un raccord au moyen des Meémoires de du Bellay. Il y a trouvé la confirmation de ce qu’il avait dit lui-même, plus brièvement, de la capitulation de Fossano + La clause qui obligeait les assiégés à abandonner leurs grands chevaux à la sortie était consignée dans du Bellay $. Les documents originaux concordent avec le texte de la capitulation qu'il reproduit et confirment ce que Monluc en avait dit de mémoire. C’est une lettre de Pagent mantouan Carlo da Fano, datée du camp impérial sous Fossano, le 7 juillet 1536, qui raconte de
1. Voir les raisons qu'il en donne : inexpérience de ces nouvelles troupes, indiscipline et surtout opposition de la noblesse, qui se crut menacée dans son privilège militaire (bd, [, 184-186).
2. Le 19 janvier 1536, les capitouls de Toulouse décidaient d'informer le roi d’un différend survenu entre eux et le sénéchal à l’occasion des « crimes et maléfices » des légionnaires (Arch. de la Haute-Garonne, B, 29, fo 93).