CHAPITRE IV
La campagne de Piémont sous Boutières. — La journée de Cérisoles. — Les campagnes du Boulonnais.
Fr
(Novembre 1542-décembre 1545.)
Tandis que le dauphin et le maréchal d’Annebault échouaient misérablement devant Perpignan, la situation des Français en Italie devenait de jour en jour plus critique. Guillaume du Bellay, sieur de Langey, d’abord adjoint à d’Annebault, était, en fait, depuis la fin d'avril 1540, gouverneur du Piémont. Hésitant entre la défensive et l’offensive, sans instructions nettes, avec des ressources et des troupes insuffisantes, il y soutenait péniblement la lutte contre le marquis del Vasto. Après avoir surpris Cherasco, il avait dû, faute d'argent, faire rentrer ses soldats dans leurs garnisons et laisser les Impériaux s'emparer de Castiglione et de Gassino. En septembre, il avait proposé sans succès à del Vasto une trêve de six mois et n'avait pu l’empêcher de faire de nouveaux progrès. Au début de novembre, profitant de ce que le marquis était rentré dans ses quartiers d'hiver, il avait enlevé Monbaruzzo; mais ce poste avancé entre la Bormida et le Tanaro, vers Alexandrie, avait été aussitôt repris par lPennemi. Langey, déjà malade, réduit à une peu glorieuse défensive, demandait avec instance d'être secouru. Ses appels furent enfin entendus. Le Roussillon évacué, vers le milieu de novembre d’Annebault repassa les Alpes, à la tête de trois mille hommes de pied italiens et de nombreux chevau-légers ". Monluc en était, avec sa nou-
1. Voir, sur ces opérations, les deux récits assez différents, mais qui se com-
velle compagnie. Il a noté le fait, sans l'expliquer et sans insister sur les premières opérations de d’Annebault : concentration des troupes françaises à Poirino, prise de Carmagnola (21 novembre), échec devant Chieri (30 novembre)". Il a simplement fait allusion au siège malheureux de Coni (8-13 décembre) et au retour de d’Annebault en France dans les premiers jours de Janvier 1543°. De cette fâcheuse campagne, il n'avait conservé qu’un faible souvenir ou n’a pas jugé utile de la raconter : il s’est borné à en mentionner les plus gros faits.
Son récit présente ensuite une lacune de neuf mois : il ne reprend qu’en octobre 1543. On n’y trouve donc rien sur les premières opérations de Boutières, laissé par d’Annebault pour commander comme lieutenant général en son absence. Monluc a simplement noté qu'il avait été envoyé, avec sa compagnie et celle du capitaine Gavarret, pour tenir garnison à Savigliano, dont un Gascon, Paul de La Barthe, sieur de Termes, était gouverneur . C’est d’après du Bellay, on Pa vu, qu'il a fait, dans sa seconde rédaction, allusion aux belles « praticques » tentées par les Impériaux et les Français pour se surprendre mutuellement. Les opérations traïnèrent, du reste, la fin de lhiver et tout le printemps. Les Français demeuraient sur la défensive. De son côté, le marquis del Vasto était occupé à recevoir l'Empereur, qui traversait PTtalie pour revenir en Allemagne, où l’appelaient les affaires de Clèves*. En juin seulement, Boutières sorut de
plètent, de Srare, Carlo 71 di Savoia (Memorie della R. Accad. delle Scienze dé Torino, 1903, LIL, 166-167), fait d'après les dépêches de l'agent mantouan qui suivait del Vasto, et de Bourrircy, Guillaume du Bellay, pp. 394-358, fait d’après les lettres de Langey.
1. Du Brrray, XIX, 390-392. — Mioco, Cronaca (Miscell. di stor. ital., 1, 177). — CamBraxo, Aistor. discorso (col. 1064). a simplement traduit Martin du Bellay.
2. Dans sa seconde rédaction, où il amplifie, d’après du Bellay, ce qu'il avait dit du siège de Coni, Monluc commet une inexactitude en donnant, à cette date, à d’Annebault le titre d’amiral. Les provisions de l'office d’amiral de France en faveur de Claude d’Annebault, maréchal de France, en remplacement de Philippe Chabot, sont datées de Fontainebleau, 5 février 1544 (Catalogue, IV, n° 13994).
3. Du Bellay dit aussi que Termes commandait à Savigliano (XIX, 396). — Türcerni, dans sa Storia di Savigliano, n'apporte aucun fait nouveau sur le séjour de Monluc. Il se borne à citer (1, 769) Cambiano, qui a résumé, Comme on le verra plus loin, les Commentaires.